Des proches de victimes de la double explosion au port de Beyrouth manifestant devant le siège des douanes, à Beyrouth, le 19 janvier 2026. Photo Claude Assaf / L'Orient-Le Jour
Le tollé provoqué par la nomination de Gracia Azzi, fonctionnaire poursuivie dans le cadre de l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth du 4 août 2020, au poste de directrice générale des douanes continue de s’amplifier. Parmi les réactions les plus virulentes, celles des proches des victimes et d'activistes qui ont manifesté lundi matin devant le siège des douanes, protégé par un important dispositif sécuritaire. Les manifestants ont mis le feu à des pneus et brandi des photos de leurs proches disparus ainsi que des pancartes appelant le gouvernement à revenir sur sa décision. « Ça ne passera pas », a lancé Nohad Abdo, tante de Jacques Baramakian, tué dans la déflagration.
Dans un communiqué publié avant le sit-in, les familles ont qualifié la nomination d’« une des formes les plus abjectes de partage politique et confessionnel du pouvoir », estimant que les autorités cherchent à « clôturer un dossier sanglant et récompenser ceux qui sont impliqués ou protégés politiquement ». Elles ont affirmé se sentir « revenues au point de départ » et promis de poursuivre leurs actions dans la rue. DFace aux critiques, notamment de députés indépendants, l’avocat de Mme Azzi, Ziad Wassaf, a dénoncé une « campagne de diffamation, de dénigrement et d’intimidation » visant sa cliente. Celle-ci est poursuivie comme d’autres responsables accusés de la mauvaise gestion du nitrate d’ammonium à l’origine de l’explosion.
Déception
Interrogé lors du sit-in, Paul Najjar, père d’Alexandra, tuée à l’âge de trois ans dans ce crime, indique à L’Orient-Le Jour qu’une réunion s’est tenue la veille au soir entre les familles des victimes et le Premier ministre Nawaf Salam. Ce dernier avait défendu la décision du gouvernement au nom du principe de la présomption d’innocence. Il a rappelé aux familles qu'elles peuvent contester la nomination devant le Conseil d’État. « Nous lui avons demandé de convoquer une nouvelle réunion du cabinet pour annuler cette décision, mais il a précisé qu’une telle mesure nécessite une majorité des deux tiers », a ajouté M. Najjar. Plusieurs députés issus de la contestation, dont Mark Daou et Paula Yacoubian, ont également réclamé l’annulation de la nomination.
De son côté, Mariana Fodoulian, sœur de Jessica, tuée dans la tragédie, a imputé la responsabilité de la désignation au chef de l’État, au chef du gouvernement et son équipe, à l’exception du ministre de la Justice, Adel Nassar. Ce dernier a affirmé lundi s’être opposé à la décision lors du Conseil des ministres, la jugeant « inappropriée », d’autant que la fonctionnaire concernée fait l’objet de poursuites. À l’issue d’une réunion avec le patriarche maronite Béchara Raï, il a assuré que la nomination de Gracia Azzi « ne constitue en aucun cas une ingérence dans les affaires judiciaires » et a répété qu'elle était « inadéquate ».
Accusations de corruption
William Noun, frère de Joe, pompier tué lors de l’explosion, a estimé que l’opposition du ministre de la Justice à cette promotion démontre que « des charges pèsent » sur la fonctionnaire, rappelant que Mme Azzi est « accusée de corruption ». L’ancienne procureure générale près la cour d’appel de Beyrouth, Ghada Aoun, avait engagé des poursuites à son encontre, avant de déférer son dossier devant le juge d’instruction, notamment pour l’achat d’un terrain à un prix jugé dérisoire. Une enquête de la Commission spéciale d’investigation de la Banque du Liban aurait également fait état de fonds laissant soupçonner un enrichissement illicite, selon nos informations.
À la fin du sit-in, les proches des victimes sont entrés dans le bâtiment des douanes pour tenter de rencontrer Mme Azzi, qui n’a pas encore pris ses fonctions. Une réunion devrait par ailleurs se tenir mardi entre des représentants des familles et le bureau des plaintes de l’ordre des avocats de Beyrouth, afin d’examiner les recours juridiques possibles.
Dans un communiqué, l’avocat de Mme Azzi a dénoncé une « campagne de diffamation, de dénigrement et d’intimidation », estimant qu’une partie est « orchestrée » par la juge Ghada Aoun et son entourage. Il a assuré que sa cliente avait répondu aux convocations du juge Tarek Bitar, affirmant qu’elle est « convaincue de son innocence et n’a rien à cacher ». « Ma cliente n’a pas fait exploser le port ! » a enfin lancé Me Wassaf.



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