Image d'illustration L'Orient-Le Jour
Le procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar, a poursuivi lundi ses auditions dans l’affaire connue sous le nom d’ « Abou Omar », dans laquelle un garagiste originaire du Akkar, M.H., est présumé s'être fait passer, sous ce pseudonyme, pour un haut représentant saoudien auprès d’hommes politiques libanais, en leur affirmant qu’ils pouvaient obtenir le soutien de Riyad dans leurs campagnes, candidatures et activités, moyennant des paiements.
Le juge Hajjar a entendu tour à tour, en qualité de témoins, Sajih Attiyé et Ahmad Kheir, tous deux membres du bloc de la Modération nationale, et respectivement députés du Akkar et de Minié-Dennié. Leur audition fait suite à celle de leur collègue Mohammad Sleiman, membre du même bloc, menée vendredi dernier, également en tant que témoin. Si, au cours de la séance, M. Sleiman avait reconnu avoir reçu, en janvier 2025, peu avant la désignation du chef du gouvernement Nawaf Salam, un appel d’une personne se présentant comme proche de la cour royale d’Arabie saoudite, lui demandant de nommer M. Salam au poste de Premier ministre, il avait toutefois indiqué qu’ « Abou Omar ou quiconque n’a eu aucun rôle ni aucune influence dans la désignation du président Nawaf Salam, qui résultait d’une conviction de nommer un Premier ministre en harmonie avec le président de la République pour mettre en œuvre le discours du serment, dans l’intérêt national de restaurer la confiance arabe et internationale. »
Selon nos informations, Sajih Attié a réitéré les déclarations de Mohammad Sleiman. Il a indiqué que le 12 janvier 2025, à la veille de la désignation du chef du gouvernement, M. Sleiman avait été contacté par un homme « à l’accent saoudien », lui demandant au nom de l’Arabie Saoudite, de ne pas choisir, lors des consultations parlementaires, l’ancien Premier ministre Nagib Mikati, candidat à sa propre succession. L’imposteur aurait qualifié M. Mikati de « corrompu ». Interrogé par L'Orient-Le Jour, un député ayant requis l'anonymat estime que le cheikh Khaldoun Oraymet, mis en cause dans l’affaire, et actuellement en état d’arrestation, pourrait être à l'origine de cette accusation, M. Mikati n'ayant pas joué le jeu.
Toujours selon nos informations, M. Attié a indiqué au juge Hajjar que l’appel d’Abou Omar à Mohammad Sleiman était « superflu », le bloc de la Modération nationale ayant décidé un peu plus tôt de soutenir M. Salam, d’autant que ce dernier bénéficiait des voix de la majorité parlementaire (Forces, libanaises, Courant patriotique libre, Parti socialiste progressiste…).
Lever les ambiguités
De son côté, Ahmad Kheir a publié, à l’issue de son audience, un communiqué dans lequel il précise avoir évoqué devant le juge Hajjar « la division » qui régnait au sein du bloc concernant la désignation du chef du gouvernement, avant que « la balance » ne penche en faveur de Nawaf Salam. Il a affirmé que dans ce contexte, « Mohammad Sleiman a reçu un appel d’Abou Omar, présenté comme un prince du cabinet royal saoudien, et comportant des instructions indirectes de ne pas nommer M. Mikati ». Ce qui, selon M. Kheir, a conduit à « un quasi-consensus » parmi les membres du bloc pour nommer M.Salam.
Dans son communiqué, le député de Minié-Denniyé a précisé que l’appel du soi-disant « prince » avait éveillé en lui « le doute », ce qui l’avait conduit à contacter « à plusieurs reprises « l’ambassadeur de Riyad à Beyrouth, Walid Boukhari, afin de le mettre au courant de l’appel et de « clarifier la véracité des directives reçues ». M. Kheir a indiqué que sa démarche découlait de son souci de lever « toute ambiguïté », précisant qu’il maintient « un contact constant et direct avec les canaux officiels du royaume d’Arabie Saoudite (…) en réponse aux tentatives de diffamation et d’accusations médiatiques » portées contre lui. Selon une source judiciaire, le juge Hajjar devrait entendre incessamment, en tant que témoin, Serhan Barakat, qui, selon cette même source, ambitionne de se présenter aux élections législatives.
Le juge Hajjar avait, par ailleurs, entendu, le 31 décembre, Fouad Makhzoumi, député de Beyrouth, qui avait réfuté toute accusation de paiement à « Abou Omar », affirmant que sa relation avec les cheikhs sunnites se limitait à la gestion d’une caisse d’hospitalisation qu’il avait créée. Le même jour, le magistrat avait également auditionné l’ancien ministre Mohammad Choucair. Les deux hommes politiques ont eux aussi été entendus en tant que témoins. Un autre cheikh sunnite de la région du Akkar, Khaled Sabsabi, avait également été interrogé le 31 décembre, par la branche des renseignements de l’armée. Il a été maintenu en liberté sous condition de comparaître de nouveau pour un complément d’enquête.
Enfin, selon des informations médiatiques, l'avocate d'Abou Omar, Zahra' Saab, aurait déposé, lundi, une plainte contre l'homme d'affaires Ahmad Haddara, originaire du Akkar, qui avait présenté une note d'information auprès du parquet de cassation pour dénoncer Abou Omar, révélant ainsi l'affaire au grand jour. La plainte du prétendu émir porterait sur une agression présumée dont il attribue l’instigation à M. Haddara. Survenue après la découverte de l'arnaque, cette agression aurait causé la fracture de sa mâchoire. Contactée, une source proche du parquet de cassation indique que l’avocate d’Abou Omar avait effectivement fait part de son intention de déposer une plainte, estimant qu’elle aurait saisi le parquet du Liban-Nord.


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