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Culture - Cimaises

Poésie, vin et art libanais : Gérald Foltête signe une exposition sous influence khayyamienne

Hanté par les réseaux visibles et souterrains qui relient les êtres, il affirme être né à l’art au Liban, il y a vingt ans. Pour sa première exposition beyrouthine, l’artiste français module une poésie de l’éphémère.

Poésie, vin et art libanais : Gérald Foltête signe une exposition sous influence khayyamienne

« Tête 63 ». Sculpture en céramique 35 x 30 x 30 cm de Gérard Foltête. Avec l’aimable autorisation de l’artiste

Avant de se consacrer pleinement à l’art, Gérald Foltête avait navigué entre plusieurs univers professionnels. Le hasard a voulu que, venu travailler à Beyrouth au milieu des années 2000, il y rencontre dès son arrivée son « âme sœur ». De leur union, dit-il aussi, naîtront « deux enfants libanais ». Depuis lors, de départs en retours, il entretient avec le Liban une relation de tous les instants. En 2008, il arrête l’ensemble de ses activités pour se dédier à la création. En plus d’être une plongée dans l’inconscient, l’art est surtout pour lui un pont vers l’autre. En 2023, à la veille de se lancer dans la réalisation d’un nouvel opus, il découvre les Robaiyat d’Omar Khayyam et en est ébloui. Toujours creusant la thématique de la connexion, il s’interroge sur ce qui rassemble, et une simple bouteille de vin posée sur une table autour de laquelle les liens se resserrent entre rires et conversations s’impose à sa vision. Le vin, la vigne dont les sarments s’étendent et s’attachent, les ceps comme ancrage commun, s’invitent dans son univers visuel. Ce qui pouvait dangereusement basculer dans la banalité devient entre ses mains une poignante célébration de l’instant, de l’éphémère, du «devenir poussière». « Regarde : la rose s’est ouverte au vent du matin ; le rossignol s’enivre de sa jeune beauté. Buvons du vin, car combien de roses par le vent ont été jetées à terre et sont redevenues poussière ! » chante Omar Khayyam. Foltête fait de ces vers le fondement de son œuvre. Dans cette recherche vitale, il est accompagné par la littérature, la poésie, les grands auteurs qui bien souvent constituent la matière première de son travail. À Omar Khayyam et ses Robaiyat s’ajoutent, dans ce socle, Artaud, Camus et Dostoïevski, Ogawa, Hesse et Van Gogh, Forough Farrokhzâd, Sohrâb Sepehri, Nader Naderpour, Simine Behbahani et Khalil Gibran, Amin Maalouf et Etel Adnan.

L’artiste au travail dans son espace de création, où prennent forme les pièces de l’exposition « Le rossignol s’enivre ». Avec l’aimable autorisation de Gerard Foltête
L’artiste au travail dans son espace de création, où prennent forme les pièces de l’exposition « Le rossignol s’enivre ». Avec l’aimable autorisation de Gerard Foltête


Grégoire Prangé, d’Etel Adnan à l’art libanais

« De deux ceps de vigne surgissent des têtes en terre cuite. Elles émanent de leurs racines et sarments, de ces réseaux sinueux qui sont autant de canaux relationnels, symboles de nos relations passées, présentes et à venir. Elles en viennent et s’y attachent, comme une métamorphose en cours, ou la personnification de nos cultures sociales. Ces réseaux se retrouvent dans toute l’exposition, composent les dessins à l’encre, relient les vers de Gibran ou ceux de Khayyam. Fluides, ils rejoignent le vin – cette ‘‘eau de feu’’ – et dialoguent avec Dionysos aux multiples visages, représentent l’impermanence, le mouvement et finalement la vie et ses promesses de renaissance », commente le commissaire Grégoire Prangé dont l’accompagnement moral a été fondamental pour l’artiste. La présence de Prangé auprès de Foltête est elle-même le résultat d’une de ces connexions miraculeuses dont le hasard a le secret. « Sans jamais être venu au Liban, cela fait dix ans que je travaille avec des artistes et des personnes liées à ce pays. Mon premier projet, alors que j’étais étudiant en formation à ce métier, était en relation avec l’œuvre d’Etel Adnan », confie-t-il à L’Orient-Le Jour. Sa première découverte de Beyrouth il y a quelques jours est pour lui « merveilleuse », malgré le filtre des années 1950 et 1960 qui, selon ses propos, déforme son regard à force d’avoir fréquenté l’œuvre de Adnan.

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Omar Khayyam sous les treilles de « Sept » à Nehla, Batroun

« En réfléchissant sur cette exposition, j’avais envie de l’inscrire dans un projet plus ambitieux qui impliquait plus de rencontres : un vigneron, un vignoble avec qui je pourrais échanger. Je ne voulais pas faire un deal avec une grosse entité mais avec un humain avec qui discuter. C’est ainsi que j’entends parler de Maher Harb, qui a un tout petit domaine acheté il y a 12 ans. Le hasard fait que lui-même avait été grandement influencé par Omar Khayyam qui l’a poussé à devenir vigneron. Une connexion qui m’a encouragé à démarrer ce projet. Je suis allé chez lui à Sept, son domaine à Batroun », détaille l’artiste. Véritable pionnier de la vinification naturelle au Liban, Maher Harb cherche pour sa part à exprimer l’essence même de ses terroirs à travers une intervention minimale, laissant la nature et l’esprit du lieu s’épanouir dans chaque bouteille. Il s’attache à élaborer « des vins honnêtes, purs reflets de leur terroir ».

Toile issue du nouveau cycle de Gérald Foltête, où matière et récit s’entrelacent. Avec l’aimable autorisation de l’artiste
Toile issue du nouveau cycle de Gérald Foltête, où matière et récit s’entrelacent. Avec l’aimable autorisation de l’artiste


Gibran et Hermann Hesse

« On a décidé de faire le projet en deux étapes. Ce sera un diptyque dont le premier volet serait exposé à Mission Art, la galerie de Toufic el-Zein et Ghiath Machnouk, dont l’objectif, comme son nom l’indique, est d’accompagner les artistes en leur proposant des résidences et des espaces pour travailler », indique Gérald Foltête. « Nous créons aussi des liens avec le monde de l’éducation et offrons une visibilité à des œuvres inédites d’artistes en lien avec le Liban et le Moyen-Orient », précisent les galeristes. Le second volet de l’exposition « Le rossignol s’enivre » fera écho au premier, au printemps, à Nehla au domaine viticole Sept. En attendant, il reste à se laisser prendre dans le réseau – ou l’écheveau – tracé par l’artiste. Contempler Le Prophète, une œuvre à l’encre de Chine sur papier japonais marouflé où le texte entier du Prophète de Gibran se déploie sur vingt-six échelons, un par chapitre, qui invitent à s’élever en lisant. Ou bien Le Fleuve, même technique, où se révèle le Siddhârta de Hermann Hesse. Circuler entre les pierres et la terre du Liban récupérées au domaine Sept, respirer le parfum des racines et le mystère des relations.


Gérald Foltête, « Le rossignol s’enivre », galerie Mission Art, 948, rue d’Arménie, du 3 au 20 décembre.

Avant de se consacrer pleinement à l’art, Gérald Foltête avait navigué entre plusieurs univers professionnels. Le hasard a voulu que, venu travailler à Beyrouth au milieu des années 2000, il y rencontre dès son arrivée son « âme sœur ». De leur union, dit-il aussi, naîtront « deux enfants libanais ». Depuis lors, de départs en retours, il entretient avec le Liban une relation de tous les instants. En 2008, il arrête l’ensemble de ses activités pour se dédier à la création. En plus d’être une plongée dans l’inconscient, l’art est surtout pour lui un pont vers l’autre. En 2023, à la veille de se lancer dans la réalisation d’un nouvel opus, il découvre les Robaiyat d’Omar Khayyam et en est ébloui. Toujours creusant la thématique de la connexion, il s’interroge sur ce qui rassemble, et une simple...
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