Le criminel photographié de dos par les FSI. Photo tirée du site Facebook des Forces de sécurité intérieure.
Près de deux mois après le crime effroyable au cours duquel une jeune Syrienne de 21 ans (H.A.), a été ébouillantée par son époux A. M., ce dernier a été arrêté jeudi, alors qu’il avait pris la fuite avec l’aide de son père. La jeune Syrienne est décédée à l’unité des soins intensifs de l’hôpital Saint Georges à Hadath, des suites de graves brûlures à l’huile bouillante que son mari lui avait infligées à leur domicile à Ouzaï, dans la banlieue sud de Beyrouth.
Sur instruction du procureur général du Mont-Liban Sami Sader, A.M. a été appréhendé par la police judiciaire de Baabda, après plusieurs semaines de cavale, a affirmé à L'Orient-Le Jour une source judiciaire proche du dossier.
Vendredi, les Forces de sécurité intérieures ont annoncé dans un communiqué sur leur compte X « l'arrestation de A M. (Libanais, né en 1996), soupçonné d’avoir torturé et provoqué la mort de sa femme H.A. en la brûlant avec de l’huile bouillante ». Selon les forces de l'ordre, la procédure fait suite à une plainte présentée le 8 octobre 2025 par la mère de la victime auprès de la gendarmerie de Hadath. « L’homme, déjà connu pour des délits de drogue et de violences, avait tenté de se cacher pendant près d’un mois en vivant dans une tente à Saïda, avant d’être finalement appréhendé à Ouzaï », note le communiqué.
Selon les investigations et les témoignages des enfants de 10 et 11 ans que l'homme avait eus d'un précédent mariage, A.M. « infligeait des violences régulières et systématiques à sa femme et à ses précédentes compagnes », précisent les FSI. « Il utilisait divers instruments de torture, notamment des fils électriques, des bâtons et des objets brûlants, et forçait les enfants à être témoins de ces actes », ajoute le communiqué. L’examen des lieux et des preuves a confirmé que la version de l’accident avancée par le suspect était fausse : il avait affirmé que son épouse s'était brûlée en cuisinant.
Le criminel présumé a indiqué à la police que « les violences avaient débuté après des disputes conjugales liées à des appels téléphoniques entre la victime et son ex-mari ». Après le crime, le suspect aurait laissé sa femme à domicile pendant deux jours avant de la transporter à l’hôpital, puis de prendre la fuite, poursuit le communiqué.
Les autorités ont pris en charge les deux enfants mineurs du couple, et saisi les téléphones portables du suspect pour les besoins de l’enquête. Les procédures légales ont été engagées conformément aux instructions du juge compétent.
Dans une vidéo accordée au média thisislebnews et diffusée le 27 octobre, soit après la mort de son épouse, A.M. avait nié l’ensemble des faits. Il y affirmait que sa conjointe et lui « s’aimaient, qu’aucun problème ne les opposait et accusait ses détracteurs de mensonge ». Il soutenait qu'en son absence « deux hommes auraient frappé à la porte, agressé sa femme et l’auraient laissée dans cet état pour des motifs liés à de l’argent ». Selon son récit, il serait arrivé après les faits et aurait tenté de la transporter à l’hôpital, affirmant qu’aucun établissement ne l’aurait acceptée sans paiement préalable, jusqu’à son admission à l’hôpital Saint-Georges.
Contactée par notre publication, Nahila Salamé, journaliste et militante féministe a condamné un « schéma de torture infligé à la victime qui s’est inscrit dans la durée ». « Il avait gardé ses enfants de son premier mariage, et c’est sa seconde épouse, seulement âgée de 21 ans, qui avait été contrainte de les élever. Ce sont ces mêmes enfants qu’il a forcés à assister aux sévices », raconte-t-elle, évoquant un cas « de violence domestique prolongée et de souffrance continue, commise non seulement contre son épouse, mais aussi contre les enfants, désormais victimes de traumatisme psychologique ». « Sa famille était impliquée : son père l’a aidé à s’enfuir. Personne n’a pu la sauver. Il s’agit d’une succession de violences et d’une complicité collective », a-t-elle ajouté.
Au-delà du crime, la militante dénonce le système. « L’absence de mécanismes de signalement efficaces, la complicité ou le silence de la communauté, le manque de protection pour les survivantes, l’absence de refuges fournis par l’État, alors même que la loi sur la protection contre la violence domestique stipule qu’après un signalement une protection doit être assurée... tout cela montre les failles structurelles du pays », gronde Nahila Salamé. Et de regretter que lorsque les femmes portent plainte et déclarent être victimes de violence, elles sont souvent renvoyées chez leur agresseur. Elles se retrouvent alors sous une pression énorme, marquée par la peur de celui qui les maltraite. « Dans les cas de violence domestique, nous sommes face à une violence structurelle : dans la loi, dans la société et dans la manière dont les individus sont éduqués », constate-t-elle.

