Des membres des Neturei Karta manifestent contre l'État d'Israël, le 26 avril 2023. Photo AFP
À peine publiée, déjà fustigée. Une nouvelle ébauche de loi sur la conscription des juifs ultra-orthodoxes, dont le soutien est crucial à la survie du gouvernement de Benjamin Netanyahu, suscite une polémique en Israël, où l’opposition dénonce un passe-droit pour les « déserteurs ».
Les haredim (« Ceux qui craignent Dieu » en hébreu) bénéficient depuis des décennies d’une exemption du service militaire obligatoire, que le reste de la société israélienne n’accepte plus à l’heure où des dizaines de milliers d’appelés et de réservistes restent mobilisés sur plusieurs fronts malgré la trêve fragile à Gaza.
La nouvelle proposition de loi, devant être débattue dès lundi au Parlement, a été publiée jeudi par le président de la Commission de la défense de la Knesset, Boaz Bismuth, et présente des changements majeurs par rapport à la mouture rejetée en juillet par les partis ultra-orthodoxes alliés de M. Netanyahu.
Cette version prévoyait d’enrôler chaque année un nombre croissant d’ultra-orthodoxes et imposait des sanctions financières aux insoumis.
À l’inverse, le texte de M. Bismuth ne prévoit plus que des sanctions individuelles minimes (interdiction de voyager à l’étranger ou de passer le permis de conduire) contre les ultra-orthodoxes rétifs, abaisse les quotas d’enrôlement en jouant sur des critères techniques et facilite l’exemption des hommes étudiants dans les yeshivas (écoles talmudiques).
« Conscription sur le papier seulement », titre vendredi en Une le quotidien de centre-droit Yediot Aharonot, qui dénonce « une escroquerie évidente » : « la nouvelle loi sur la “conscription” ne recrutera personne ».
M. Bismuth défend une loi « équilibrée » et « responsable » et assure ne pas chercher à « stabiliser une coalition » gouvernementale, alors que le parti ultra-orthodoxe séfarade Shass reconsidère son alliance avec le Premier ministre.
« Corrompus et déserteurs »
Depuis le départ en juillet du parti juif orthodoxe ashkénaze Judaïsme unifié de la Torah de la coalition gouvernementale, M. Netanyahu ne dispose plus que d’une majorité relative (60 députés sur 120).
Shass, l’autre grand parti orthodoxe, reste dans la majorité, mais menace de faire tomber le gouvernement si M. Netanyahu ne parvient pas à faire voter la loi d’exemption qu’il a promise.
L’opposition est, elle, vent debout contre le projet qu’elle promet de faire échouer. Son chef, Yaïr Lapid, a qualifié le texte de « honte antisioniste » et dénoncé une magouille « lamentable de corrompus et de déserteurs ».
« Le gouvernement a déclaré la guerre aux réservistes et fait voter officiellement une loi pour les déserteurs », a renchéri l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, qui ambitionne de succéder à M. Netanyahu à la faveur des élections prévues au plus tard d’ici novembre 2026.
Depuis la création d’Israël en 1948, les haredim bénéficient d’une exemption militaire de facto, à condition qu’ils se consacrent à l’étude à plein temps en yeshiva.
Cette exception a été remise en cause par la Cour suprême au début du siècle, forçant les exécutifs successifs à bricoler des arrangements législatifs temporaires pour contenter les ultra-orthodoxes, faiseurs et tombeurs de gouvernements.
« Inégalité flagrante »
Depuis juin 2024, le gouvernement actuel est sous pression de la justice pour procéder à l’enrôlement des ultra-orthodoxes en l’absence d’une loi garantissant valablement leur exemption. Il a aussi dû couper certaines subventions aux yeshivas, au grand dam des partis ultra-orthodoxes.
Selon l’armée, qui a créé des unités spécialement pour eux, seuls 2 % des ultra-orthodoxes servent sous le drapeau.
La Cour suprême, dont le gouvernement Netanyahu cherche depuis 2022 à rogner les pouvoirs, a pris le 19 novembre un arrêt l’obligeant à présenter une proposition efficace pour la conscription des haredim.
L’arrêt relève que « l’inégalité flagrante » créée par leur exemption s’est « fortement aggravée » avec la guerre déclenchée par le Hamas le 7 octobre 2023. La conscription des haredim répond à « un besoin sécuritaire réel » alors que l’armée a besoin d’environ 12 000 soldats pour compléter ses rangs, ajoute le texte.
La population ultra-orthodoxe représente 14 % de la population juive d’Israël, et un réservoir d’environ 66 000 hommes en âge de servir dans l’armée.
La Cour suprême n’a pas fixé d’ultimatum pour l’adoption d’une loi mais seulement pour un débat sur la question au Parlement. Yediot Aharonot en déduit que la proposition Bismuth est destinée « à gagner du temps ».
M. Netanyahu, qui à 76 ans a déjà annoncé son intention de se représenter, aurait ainsi les coudées plus franches pour provoquer des élections anticipées au moment qu’il juge favorable, plutôt que d’y être acculé en cas de perte de sa majorité.
À peine publiée, déjà fustigée. Une nouvelle ébauche de loi sur la conscription des juifs ultra-orthodoxes, dont le soutien est crucial à la survie du gouvernement de Benjamin Netanyahu, suscite une polémique en Israël, où l’opposition dénonce un passe-droit pour les « déserteurs ».Les haredim (« Ceux qui craignent Dieu » en hébreu) bénéficient depuis des décennies d’une exemption du service militaire obligatoire, que le reste de la société israélienne n’accepte plus à l’heure où des dizaines de milliers d’appelés et de réservistes restent mobilisés sur plusieurs fronts malgré la trêve fragile à Gaza.La nouvelle proposition de loi, devant être débattue dès lundi au Parlement, a été publiée jeudi par le président de la Commission de la défense de la Knesset, Boaz Bismuth, et...

