Le président turc Recep Tayyip Erdogan. AFP
Le journaliste turc Fatih Altayli, l'un des commentateurs politiques les plus populaires du pays, a été condamné mercredi à quatre ans et deux mois de prison pour « menace » envers le président Recep Tayyip Erdogan, a rapporté l'ONG de défense des médias MLSA.
M. Altayli avait été arrêté et écroué fin juin après avoir déclaré, à propos d'un sondage indiquant qu'une large majorité des Turcs s'opposerait à une éventuelle présidence à vie de Recep Tayyip Erdogan, que plusieurs sultans ottomans avaient fini « assassinés » ou « étranglés ».
Le journaliste, détenu depuis cinq mois à la prison stambouliote de Silivri, est suivi par 2,8 millions d'abonnés sur X et près de 1,7 million d'abonnés sur YouTube, où il animait jusqu'en juin une émission quotidienne très suivie.
« Ce pays a déjà étranglé ses sultans par le passé. Quand il ne les appréciait pas, quand il ne les voulait pas… Nombre de sultans ottomans ont été étranglés, assassinés ou se seraient suicidés », expliquait M. Altayli sur sa chaine YouTube le 20 juin en commentant les résultats d'une enquête d'opinion.
Un procureur avait requis le placement en détention provisoire du journaliste de 63 ans, affirmant qu'il avait par son commentaire menacé le président turc.
Lors de sa garde à vue, M. Altayli avait dit n'avoir fait que fournir des « éléments de contexte historique », sans volonté de menace, selon plusieurs médias d'opposition citant un procès-verbal d'audition.
« La lourde peine infligée à Fatih Altayli en raison de propos sortis de leur contexte (...) constitue un message antidémocratique et inacceptable visant à intimider », a réagi mercredi Erol Önderoglu, le représentant en Turquie de l'ONG Reporters sans frontières (RSF), demandant la « libération immédiate » du journaliste.
RSF classe la Turquie à la 159e place sur 180 de son classement de la liberté de la presse, entre le Pakistan et le Venezuela.
Selon l'organisation de défense des médias, vingt journalistes ont été incarcérés en 2025 en Turquie en raison de leur travail, dont trois sont toujours détenus et trois autres assignés à résidence en attendant leur jugement.
Des journalistes et responsables de publications indépendantes ou proches de l'opposition sont régulièrement arrêtés et leurs médias suspendus ou soumis à de lourdes amendes.
Quatre journalistes, dont le photographe de l'AFP Yasin Akgül, comparaîtront de nouveau jeudi devant un tribunal d'Istanbul, accusés de participation à une manifestation illégale en mars en réaction à l'arrestation du maire d'opposition d'Istanbul.
Les quatre journalistes, qui avaient été incarcérés plusieurs jours alors qu'ils couvraient l'événement, dans l'exercice de leur métier, rejettent fermement cette accusation.


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