L'entrée du Palais de justice de Baabda. Photo d'archives ANI
La première juge d’instruction du Mont-Liban, Nada el-Asmar, a ordonné, mercredi, la remise en liberté du frère de Ali Hassan Khalil, Mohammad Khalil, un officier de la Sûreté générale (SG) arrêté depuis six mois dans le cadre d’une affaire de contrebande de médicaments et d'escroquerie, révélée en mai dernier.
La décision de la juge Asmar, qui fait suite à une requête présentée par le détenu, a suscité une vive indignation dans certains milieux du Palais de justice qui estiment qu’« au vu de l’ampleur de l’affaire ayant impliqué plusieurs dizaines de millions de dollars et mis en danger la santé de nombreux patients, cette remise en liberté n’est pas compréhensible ».
Un magistrat contacté par L’Orient-Le Jour réagit à ces critiques en indiquant que M. Khalil ne semble pas avoir joué « un rôle principal » dans l’affaire et que dès lors, son maintien en détention préventive au-delà de six mois ne se justifie pas. Il affirme, en outre, que le prévenu souffre d’« un état de santé physique et mental précaire », ce qui aurait également pesé dans la décision de le libérer. « Aucune intervention ou pression n’a été exercée pour obtenir sa remise en liberté », assure, par ailleurs, ce juge en référence à des rumeurs faisant état d’influences politiques.
Onze mille dollars de caution
Selon nos informations, M. Khalil a été libéré sous caution financière d’un milliard de livres (environ 11 000 dollars), un montant jugé dérisoire par certains au regard de l’importance des fonds impliqués. La décision de la juge Asmar n’a pas fait l’objet d’un recours devant la chambre d’accusation de la part du parquet d’appel du Mont-Liban qui lui avait lui-même transféré le dossier, il y a près de deux mois, après avoir engagé des poursuites sur base d’investigations menées par l’ancienne cheffe du parquet financier par intérim Dora el-Khazen. Cette dernière avait fait arrêter Mohammad Khalil, en mai dernier, ainsi qu’une dizaine d’autres personnes, notamment des propriétaires de pharmacies, gérants d’entrepôts, représentants de sociétés pharmaceutiques, livreurs, ainsi qu’un officier des FSI, suspecté d’avoir facilité les opérations de contrebande.
Parmi les personnes recherchées, figure l’épouse de Mohammad Khalil, M.F., dont la société d’importation de médicaments est présumée avoir introduit, via l’Aéroport international de Beyrouth, des traitements contre le cancer sans passer par les services douaniers et sans les enregistrer auprès du ministère de la Santé. Échappant aux tests de contrôle, de nombreux produits frelatés ou périmés auraient été ainsi introduits dans le pays et distribués dans des dépôts ou écoulés dans des pharmacies, auprès desquelles les malades se les procuraient à des prix exorbitants.
Ayant quitté le territoire aussitôt après la révélation de l’affaire, l’épouse de Mohammad Khalil, M.F., reste en fuite, affirme une source judiciaire informée. Elle se serait réfugiée en Géorgie, d’après des informations médiatiques.
Dès l’annonce de l’arrestation de Mohammad Khalil, en mai dernier, sa famille s’était dépêchée de dissocier son nom de l’affaire. Ali Hassan Khalil avait publié sur X un message précisant que M.F. n’était plus l’épouse de son frère. « En ce qui concerne l’affaire récemment soulevée, relative à l’ex-épouse de mon frère et à sa relation avec elle, je tiens à affirmer qu’il s’agit d’une affaire judiciaire qui les concerne uniquement. Je n’ai aucun lien, de près ou de loin, avec ce qui est relayé, et je n’entretiens aucun rapport professionnel avec les personnes mentionnées. Je rejette fermement toute tentative d’impliquer mon nom dans cette affaire. »
La partenaire de M.F. dans la société d’importation des médicaments, Z.C., est également en fuite. Jusqu’à nouvel ordre, le mari de Z.C. est en état d’arrestation. Il pourrait être libéré prochainement, tout comme d’autres prévenus, notamment des livreurs et une personne ayant investi de l’argent auprès de la société importatrice. Ce détenu pourrait ne pas avoir été au courant de l’illégalité des activités de la société, explique un magistrat. Son éventuelle remise en liberté suscite toutefois de fortes réserves chez des observateurs intéressés au dossier, qui croient savoir qu’il fournissait les fonds en pleine connaissance de cause.



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