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Notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani. Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour

Direct Q&A

Liban-Israël, la pression monte encore d'un cran : Notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani répond à vos questions

Ce qu’il faut retenir

Ce jeudi, Israël a mené des attaques massives contre plusieurs localités du Liban-Sud.

Ces frappes s'inscrivent dans le cadre d'une intensification de la pression exercée sur Beyrouth pour le désarmement du Hezbollah.

Posez vos questions en commentaire (si vous êtes abonnés) ou par mail à l'adresse suivante : livechatolj@lorientlejour.com

15:33 heure de Beyrouth

Ça y est, c'est la fin de notre session Questions/Réponses.

Merci d'avoir été aussi nombreux à nous solliciter et à nous lire !

À très bientôt 👋

15:31 heure de Beyrouth

Pensez-vous que la demande de Joseph Aoun à l'armée d'intervenir en cas d'incursions israéliennes soit de nature à impliquer l'armée dans un prochain conflit ?

Si oui, est-ce le retour du triptyque armée-état-résistance ou au contraire l'avènement d'un État fort ?

Bonjour Pierrick, merci pour votre question, ce sera la dernière pour aujourd'hui, 

Joseph Aoun est coincé. Les Israéliens piétinent la souveraineté libanaise tous les jours sans aucune limite. Et son dialogue avec le Hezbollah n’a donné aucun résultat. Sa menace est surtout symbolique, afin de montrer que l’armée a les moyens de défendre le Liban-Sud et de donner des gages au Hezbollah et à ses partisans. Mais que fera-t-il si les soldats israéliens mènent à nouveau une opération en territoire libanais ? Prendra-t-il le risque de sacrifier des soldats Libanais dans un bras de fer perdu d’avance et de mettre l’État dans une position de conflit direct avec Israël ? Je ne le crois pas.

15:11 heure de Beyrouth

La visite du Pape et la « trêve des confiseurs » sont-elles vraiment des éléments que prend en compte Israël pour retarder d’éventuelles frappes d’envergure sur le Liban ?

Ou s’agit-il plutôt d’une coïncidence de calendrier ?

Bonjour A&A, merci pour votre question

Honnêtement je ne sais pas. Il me semble que même Netanyahu ne peut pas faire abstraction des enjeux qui entourent quelque chose d’aussi important que la première visite à l’étranger du nouveau pape qui, en plus, s’avère être américain. Mais je me fourvoie peut-être complètement.

15:09 heure de Beyrouth

Pensez-vous que les attaques actuelles dans le sud sont le prélude à une guerre totale contre le Hezbollah dans tout le pays ?

Ou estimez-vous que c'est simplement un moyen de (re)mettre la pression sur le gouvernement libanais pour l’amener à « négocier » avec Israël (acceptation des conditions inacceptables en l'état), ou que le Liban mette en application le désarmement du Hezbollah ?

Bonjour Jean-Bernard, 

C’est la question à un million de dollars. Personne ne peut y répondre. Je pense que c’est un moyen de pression mais je crois aussi qu’Israël n’est pas satisfait par la situation actuelle et n’hésitera pas à intensifier ses opérations pour la modifier. Une guerre totale aurait toutefois des désavantages pour Israël.

Un : elle peut obliger le Hezbollah à riposter, même si celle-ci sera limitée cela pourrait provoquer un déplacement de populations. Deux : elle pourrait créer un mécontentement de l’administration Trump qui ne veut pas d’une nouvelle guerre. Toute la question est de savoir de quel degré d’intensité militaire Israël pense-il avoir besoin pour accomplir ces objectifs. Ceux-ci sont assez clairs : affaiblir le Hezbollah, contraindre le Liban à signer, à minima, un accord sécuritaire, créer, de facto, une zone tampon au Liban-Sud.

14:58 heure de Beyrouth

Les relations entre Aoun et Salam semblent plus que froides… Que pouvez-vous nous en dire ?

Ne sont-elles pas le reflet d’une certaine fracture dans la société libanaise ? D’après vous quelles sont les pistes pour dépasser ces différends et avancer pour le bien du Liban (dans son intégralité) ?

Bonjour Magali, merci d’être avec nous, 

L’un comme l'autre ne cessent de répéter en public que les relations sont excellentes. Une preuve, s’il en fallait, qu’elles ne le sont effectivement pas. Cela est lié à leurs différences de parcours, leur personnalités, de méthodes, et même quelque part de vision. Ils semblent toutefois tout faire pour ne jamais atteindre un point de rupture, conscients qu’ils ont besoin l’un de l’autre, pour ouvrir une nouvelle page. Le Liban a intérêt à ce que le fossé entre les deux hommes soit le plus petit possible. Ils ont l’avantage (ou non) d’être soutenus à l’extérieur par les mêmes acteurs (États-Unis, France, Arabie Saoudite). Mais le problème fondamental dépasse Joseph Aoun et Nawaf Salam : il vient du fait que le Liban n’a toujours pas tranché la question de savoir qui détient l’autorité exécutive dans ce pays. Est-ce un régime parlementaire, comme le dit la Constitution, et dans ce cas là le président devrait surtout jouer un rôle symbolique ? Ou est-ce un régime présidentiel et quels poids peut alors avoir le Premier ministre ? La question n’est pas tranchée parce qu’elle touche à des peurs communautaires. Or ce système rend la gouvernance inefficace si ce n’est impossible.

14:44 heure de Beyrouth

Je ne parviens pas à comprendre l'attitude du Hezbollah et de ses dirigeants qui jouent perdants en n'acceptant pas le rapport de force en leur défaveur (Israël et les US ne les lâcheront pas).

Ne vont-ils pas tout perdre en adoptant cette attitude de défi ?

Il est toujours délicat d’analyser le comportement du Hezbollah, puisque nous ne disposons pas de tous les éléments. Je pense toutefois que le parti a conscience du rapport de force actuel et du fait qu’il ne peut plus mener la guerre contre Israël. Il cherche un moyen de s’adapter, de survivre à cette nouvelle donne. Mais il n'est pas prêt pour autant à changer fondamentalement de logiciel. Le Hezbollah, à mon sens, voit le moment actuel comme une période, qui peut potentiellement être très longue, mais pas comme le début d’une nouvelle ère. À partir de là, il considère que même une nouvelle guerre le menacerait moins, dans son existence, qu’un changement de logiciel qui l’amènerait à déposer les armes et, de facto, à renier son ADN.

14:41 heure de Beyrouth

Pensez-vous que Donald Trump aura assez de poigne pour tordre le bras de Netanyahu, ou ce dernier, habitué à l'impunité, ajouté à la peur de la prison dans son pays, est désormais inarrêtable ?

Bonjour Anne-Sophie, 

Merci beaucoup pour votre question et pour votre retour, 

Donald Trump a déjà tordu le bras de Netanyahu à Gaza, et dans une moindre mesure en Cisjordanie où il s’est opposé à l’annexion des territoires occupés par Israël. Mais il ne l’a pas fait parce qu’il est convaincu que rien ne sera réglé tant que les Palestiniens n’obtiendrons pas justice mais pour des raisons internes et liées à ses intérêts avec les pays du Golfe. Tout cela demeure très fragile. Surtout : Netanyahu a de la ressource et le souffle long contrairement à Trump qui croit sincèrement que la paix peut, comme toute autre chose, se monnayer. 

14:35 heure de Beyrouth

Selon vous, une victoire des alliés de l'Iran en Iraq durant les prochaines élections pourrait-elle pousser Israël à se concentrer sur ce front ?

Bonjour Majed, merci pour votre question, 

Il n’est pas évident d’y répondre. Je pense que cela dépend moins de la victoire que de ce qu’ils feraient éventuellement de celle-ci. Les milices irakiennes affiliées à l’Iran sont globalement restées loin des nombreux théâtres de guerre depuis le 7-Octobre. Si le cap venait à changer il y aurait très certainement une réponse américaine et israélienne.

14:30 heure de Beyrouth

Aoun et Salam sont-ils au courant de ce qui se passe ou le tandem Berry-Kassem va-t-il nous entraîner vers une guerre encore plus dévastatrice, dernière chose dont le Liban a besoin ?

Bonjour Johnny, merci pour votre question. 

Personne ne veut la guerre côté libanais. Pas Nabih Berry et encore moins le Hezbollah. Le problème, c’est que nos responsables, chacun à son niveau, n’ont pas compris que les règles du jeu avaient totalement changées et que leur façon d’aborder la question, qui pouvait encore fonctionner avant le 7-Octobre, est aujourd’hui totalement dépassée. Israël peut faire ce qu’il veut au Liban et personne ne viendra nous sauver. Voilà la réalité. A partir de là, si nous voulons éviter une nouvelle guerre, nous n’avons pas d’autres choix que d’agir. Mais comment le faire sans risquer une guerre civile ? Nous ne sommes toujours pas parvenus à sortir de cette équation.

14:25 heure de Beyrouth

Tout le monde sait que Benjamin N. utilisera toujours le prétexte du Hezbollah pour guerroyer avec le Liban.

Ne faudrait-il pas que la communauté internationale arme le Liban en lui octroyant de nouveaux moyens de pression tels que des avions de chasse pour contrer l’expansion croissante et galopante de l’ambition de Benjamin N. de récupérer les gisements offshore du Liban, comme actuellement à Gaza ?

Bonjour Nicolas, merci pour votre question,

On peut le souhaiter. Mais cela n’arrivera pas. Partant, il faut être réaliste. Le Liban n’aura jamais les moyens, ni via son armée, ni à travers des milices, de rivaliser militairement avec Israël.

La question doit donc être posée autrement : quels peuvent être nos leviers pour empêcher une éventuelle menace israélienne à notre encontre ? Ils sont limités et forcément de nature diplomatique. Et plus l’État est passif par rapport au Hezbollah, moins il a de marges de manœuvres, à mon sens, pour être un acteur diplomatique influent face à Israël car personne ne nous considère comme crédible aujourd’hui.

14:16 heure de Beyrouth

Pensez-vous que si le Hezbollah est désarmé Israël cessera ses incursions, occupations, assassinats, survols et attaques ?

Ne prendra-t- il pas pour prétexte, pour continuer, qu'il reste encore des caches d'armes non divulguées ? Pensez-vous que l'objectif d'Israël soit vraiment de vivre en sécurité ou bien que son grignotage de notre territoire soit un début de réalisation du « Grand Israël » ?

Bonjour politiquement incorrect(e). Merci d’être avec nous aujourd’hui. 

Je pense que votre question est centrale dans le sens où elle occupe de nombreux esprits aujourd’hui mais tend aussi, à mon sens, à figer, voire parfois à fausser, le débat. Deux thèses s’opposent au Liban depuis des décennies à ce sujet. La première, qui était déjà développée par Michel Chiha, le fondateur du Jour, estime que le modèle libanais est si antinomique au modèle israélien qu’il constitue une menace en tant que tel pour l’État hébreu. Selon cette thèse, Israël aurait de toute façon intérêt à nous diviser pour que le modèle libanais échoue. S’ajoute parfois à cette vision l’idée qu’Israël lorgne sur le Liban-Sud, qui pourrait faire partie du « Grand Israël » selon certaines conceptions, depuis des décennies. La seconde considère au contraire qu’il n’y a pas d'hostilité naturelle entre les deux pays et que les interventions israéliennes sont avant tout liées à la présence armée sur le territoire libanais de groupe voulant ouvrir un front contre l’État hébreu, qu’il s’agisse des fedayins palestiniens ou plus récemment du Hezbollah. 

De mon point de vue, j’estime que la politique israélienne menée au Liban a été beaucoup plus motivée par des raisons sécuritaires que par une volonté d’affaiblir le Liban en tant qu’anti-modèle. La longue occupation israélienne dans le sud du pays n’a plus non plus donné lieu à une politique de colonisation à l’instar de ce qui a pu avoir lieu en Cisjordanie, à Jérusalem-Est, à Gaza ou encore dans le Golan. Mais deux nuances importantes doivent être apportées. La première c’est que dans l’histoire israélienne les projets « sécuritaires » ont souvent ouvert la voie à des projets coloniaux, comme en Cisjordanie. Israël pourrait vouloir, Hezbollah ou non, repousser ses frontières sécuritaires en faisant d’une partie du Liban-Sud une zone tampon. La deuxième, c’est qu’il y a un courant ultra-minoritaire en Israël qui rêve effectivement de coloniser le Liban-Sud et qu’on ne peut pas exclure, vu la tendance à l'œuvre dans le pays, qu’il prenne de plus en plus d’espace. 

Pour finir, et désolé pour la longueur, je dirais qu’il faut sortir de cette logique puisque de toute façon nous n’avons pas la réponse. Il faut définir, avec les éléments dont nous disposons, quel est notre intérêt, quelles sont nos lignes rouges et comprendre quelles sont nos marges de manœuvres plutôt que de rester figés dans un débat qui limite nos perspectives plutôt qu’il ne nous éclaire.

14:07 heure de Beyrouth

Nous débutons à présent notre session de Q&A. Vous êtes très nombreux, nous allons tenter de répondre à un maximum de questions !

09:51 heure de Beyrouth

Bonjour à tous !

Alors qu'Israël semble avoir fait le choix de l'escalade au Liban à l'approche du mois de décembre, notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani répondra à vos questions ce vendredi 7 novembre à 14h.


commentaires (7)

Sans changement de regime en Iran, il n'y aura pas de paix au Liban.....

Cadmos

17 h 29, le 07 novembre 2025

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Commentaires (7)

  • Sans changement de regime en Iran, il n'y aura pas de paix au Liban.....

    Cadmos

    17 h 29, le 07 novembre 2025

  • En cas de guerre civile quelles sont les forces en présence au Liban?

    Georges Raffoul

    15 h 02, le 07 novembre 2025

  • En cas de guerre civile quelles sont les forces en face à face au Liban

    Georges Raffoul

    14 h 57, le 07 novembre 2025

  • Pensez vous que le président Aoun est à la hauteur de sa tâche? Le président syrien est attendu à washington et notre président passe son temps au Vatican.

    Achkar Carlos

    14 h 42, le 07 novembre 2025

  • Pensez-vous que la demande de Joseph Aoun à l'armée d'intervenir en cas d'incursions israéliennes soit de nature à impliquer l'armée dans un prochain conflit ? Si oui, est-ce le retour du triptyque armée-état-résistance ou au contraire l'avènement d'un Etat fort ?

    Pierrick Poisson

    14 h 28, le 07 novembre 2025

  • D’après moi Israël veut le sud Liban pour faire le grand Israël ?

    Eleni Caridopoulou

    13 h 02, le 07 novembre 2025

  • A supposer que le Hezbollah obtempère et remette son arsenal à l'état , qui nous garantit qu'Israël ne va pas continuer à nous occuper et à nous attaquer au prétexte que le Hezbollah a menti et conserve encore des armes? Ce serait une justification facile pour continuer les incursions et se comporter comme en terrain conquis. Pensez- vous que l'objectif d'Israël soit vraiment la paix ? Ou plutôt le grignotage de territoires en vue du Grand Israël?

    Politiquement incorrect(e)

    11 h 35, le 07 novembre 2025

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