Chère lectrice, cher lecteur,
Nous avons connu de nombreuses tragédies au Moyen-Orient ces dernières années. Des déferlements de violence sur fond de discours ultra-radicaux dont la grande majorité étaient et sont encore centrés sur l’impérieuse nécessité de faire disparaître l’Autre, en fonction de sa nationalité, de sa confession, de son ethnie, ou encore de ses engagements politiques.
À L’Orient-Le Jour , certains portent encore, comme nombre d'entre vous, les stigmates de la guerre civile ; d’autres ont connu les vagues de répression contre l’information lors de l’occupation syrienne ou, à l’échelle régionale, de l’hiver autoritaire ayant suivi les éphémères printemps arabes. Contraints de rendre compte des innombrables conflits qui, de la Libye à la Cisjordanie (en passant par l’Irak, le Yémen, le Soudan…), ne cessent de déchirer la région, nous pensions pour la plupart avoir connu le summum de l’horreur avec la guerre en Syrie, ses barils d’explosifs, son gaz sarin ou encore ses prisons de la mort.
Mais le drame qui se déroule à Gaza – et plus généralement dans les territoires palestiniens – est à bien des aspects inédit, y compris par rapport aux standards de la région. Au-delà de la nature des crimes qui s’y déroulent et que la communauté internationale s’avère incapable d’arrêter ; au delà de l’impact sans précédent – sur Israël, sur la question palestinienne, sur le Moyen-Orient et même sur l’ordre international –, qu’il ne manquera pas d’avoir dans les années à venir ; c’est précisément le cœur de notre mission collective – rendre compte, comprendre et, le cas échéant, dénoncer ces faits – qui est attaqué de manière délibérée, et dans l’impuissance générale.
Depuis 23 mois, les autorités israéliennes refusent aux journalistes extérieurs à Gaza l'accès indépendant à l’enclave, une situation sans précédent dans l'histoire moderne des conflits armés, rappelle l’ONG Reporters sans frontières (RSF). « Les journalistes locaux, les mieux placés pour relater la vérité, sont confrontés au déplacement et à la famine », poursuit-elle. Enfin, en deux ans et à ce jour, au moins 210 journalistes ont été tués par l'armée israélienne… Des chiffres qui donnent le vertige et constituent déjà l’un des bilans les plus sanglants de l’histoire récente en la matière. Surtout, comme pour nos confrères libanais tués lors de leur couverture du conflit opposant Israël au Hezbollah, de nombreuses études indépendantes ont conclu à un ciblage dans la plupart des cas.
C’est pourquoi il nous était littéralement impensable de ne pas participer aujourd’hui à l’opération lancée par RSF et Avaaz, à laquelle se sont associés 150 médias de 50 pays, pour dénoncer cette double atteinte directe à la liberté de la presse et au droit à l'information. Avec un même message en une : « Au rythme où les journalistes sont tués à Gaza par l’armée israélienne, il n’y aura bientôt plus personne pour vous informer. »
Si L’Orient-Le Jour et bien d’autres médias se sont habillés de noir, c’est pour défendre le droit de dire au monde l’horreur qui se déroule à Gaza sans être pris pour cible.
Si L’Orient-Le Jour porte les couleurs du deuil aujourd’hui, c’est aussi en hommage à Mariam Abou Dagga, à Anas al-Sharif, à Mohammad Salama, à Moaz Abou Taha, à Houssam el-Masri, à Ahmad Abou Aziz et à des dizaines et des dizaines d’autres journalistes tués par Israël.

Mais il ne suffit pas de leur rendre hommage. Il nous faut nous battre pour que les journalistes du monde entier puissent se rendre dans l’enclave afin de rendre compte de ce qui s’y passe et que nos confrères palestiniens qui ont encore la force de témoigner – alors qu’ils sont bombardés, terrorisés, affamés, et frappés par le deuil – ne soient pas éliminés à leur tour. Telle est notre mission. Telle est notre boussole.
La rédaction.


Entière solidarité en ce triste constat , Que ces martyrs de l'information reposent en paix !
17 h 17, le 01 septembre 2025