Rechercher
Rechercher

Culture - Littérature

Quand Élias Khoury réapparaît sur les trottoirs de Beyrouth

Depuis lundi, des citations de l'écrivain disparu surgissent dans la ville, prélude anonyme à un événement annoncé en septembre.

Quand Élias Khoury réapparaît sur les trottoirs de Beyrouth

Une main anonyme a choisi de parsemer Beyrouth de fragments de littérature, là même où l'écrivain disparu Élias Khoury avait ses habitudes. Photos DR

Depuis deux jours, Beyrouth marche sur les mots d’un fantôme. Les passants lèvent les yeux de leur quotidien pour découvrir, entre leurs doigts, une feuille colorée. Devant la pâtisserie Amal Bohsali, à l'entrée du Sporting Club de Manara, à l’ombre d’un petit restaurant de foul à Sanayeh, au pied de l’immeuble des anciens locaux du journal an-Nahar, à l'ancienne adresse du théâtre de Beyrouth Aïn el-Mreisséou encore dans le camp de réfugiés palestiniens de Mar Élias, une phrase d’Élias Khoury s’invite soudain dans la routine urbaine. Une citation du romancier et journaliste disparu il y a bientôt un an, glissée dans la main comme un cadeau fragile.

Il ne s’agissait ni d’une campagne officielle ni d’un hommage institutionnel. Plutôt une incursion discrète, poétique, presque clandestine : une main anonyme a choisi de parsemer Beyrouth de fragments de littérature, là même où Khoury avait ses habitudes. Comme si l’écrivain, par éclats de papier, reprenait possession de la ville qu’il n’a cessé d’arpenter.

Des mots pour tous

Le geste était simple, mais d’une intensité rare : sortir les mots des bibliothèques, les faire tomber dans la rue, sur les genoux des passants, au détour d’un café ou d’une course. Offrir une phrase au hasard, à celui qui n’a pas forcément cherché à lire, mais qui se retrouve happé par la fulgurance d’une pensée. La culture, ainsi, ne s’érige plus en bastion élitiste : elle s’invite dans la vie courante, au coin d’une rue saturée de klaxons, dans la file d’attente d’une pâtisserie, dans un camp de réfugiés ou au seuil d’un immeuble de presse.

Lire aussi

Elias Khoury ou l'arabisme éclairé

Le choix du camp de Mar Élias, haut lieu de mémoire palestinienne, n’est pas anodin : il résonne avec l’œuvre de Khoury, qui n’a cessé d’écrire sur l’exil, les dépossessions et les blessures transmises de génération en génération.

Élias Khoury, disparu en 2024, reste une figure incontournable des lettres arabes, romancier des exils et des blessures, chroniqueur infatigable des guerres et des mémoires. Que ses mots ressurgissent aujourd’hui, anonymement et sans tambour, dit sans doute davantage de lui que n’importe quelle commémoration solennelle. L’apparition de ces feuillets a d’ailleurs quelque chose de fantomatique, rappelant le spectre bienveillant du journaliste assassiné Samir Kassir, dont la statue au centre-ville de Beyrouth distribuait, elle aussi, des citations venues se greffer dans la mémoire des passants.

Dans une ville hantée par ses absents, les écrivains demeurent-ils ses plus vivants fantômes ? Cette opération fugace, nous murmure-t-on, n’était qu’un prélude : elle sera suivie d’un événement inauguré début septembre, destiné à prolonger la présence de Khoury au cœur de Beyrouth. 

Depuis deux jours, Beyrouth marche sur les mots d’un fantôme. Les passants lèvent les yeux de leur quotidien pour découvrir, entre leurs doigts, une feuille colorée. Devant la pâtisserie Amal Bohsali, à l'entrée du Sporting Club de Manara, à l’ombre d’un petit restaurant de foul à Sanayeh, au pied de l’immeuble des anciens locaux du journal an-Nahar, à l'ancienne adresse du théâtre de Beyrouth Aïn el-Mreissé, ou encore dans le camp de réfugiés palestiniens de Mar Élias, une phrase d’Élias Khoury s’invite soudain dans la routine urbaine. Une citation du romancier et journaliste disparu il y a bientôt un an, glissée dans la main comme un cadeau fragile.Il ne s’agissait ni d’une campagne officielle ni d’un hommage institutionnel. Plutôt une incursion discrète, poétique, presque clandestine : une...
commentaires (1)

Superbe! Lors du siege de beyrouth en 82, des petits textes signes Ayoub avaient recouvert les murs des quartiers assieges. Elias Khoury en avait fait le sujet d’une piece de theatre montee par Roger Assaf.

Tabet Jad

18 h 06, le 21 août 2025

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Superbe! Lors du siege de beyrouth en 82, des petits textes signes Ayoub avaient recouvert les murs des quartiers assieges. Elias Khoury en avait fait le sujet d’une piece de theatre montee par Roger Assaf.

    Tabet Jad

    18 h 06, le 21 août 2025

Retour en haut