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Au Liban, une compagnie "dure à cuire" qui vole sous les bombes

Sous sa photo Instagram prise depuis un hublot d'avion, Tanaz Agha se dit "fière de Middle East Airlines", la compagnie libanaise désormais seule à desservir l'aéroport de Beyrouth, à quelques encablures de la banlieue sud bombardée par Israël.

Depuis deux semaines, l'aviation israélienne mène des frappes aériennes sur ce bastion du Hezbollah, dont certaines ont fait trembler toute la capitale. 

Une à une, les compagnies étrangères ont cessé de desservir Beyrouth. Quelques chancelleries organisent des vols d'évacuation mais les près de six millions de résidents au Liban - et les millions de Libanais de la diaspora - n'ont plus qu'un transporteur, la MEA, pour rallier l'aéroport Rafic Hariri ou fuir le pays une nouvelle fois en guerre.

Le 27 septembre, Tanaz Agha, 46 ans, roulait "sur le pont qui va à l'aéroport" avec ses deux filles de 11 et 13 ans quand les bombes israéliennes se sont abattues sur la banlieue sud, fauchant le tout-puissant chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

"J'ai entendu les explosions, ça faisait très très peur", raconte à l'AFP cette conservatrice d'art, arrivée en salle d'embarquement complètement terrorisée.

"Les stewards, les hôtesses se sont occupés de nous tout en se soutenant entre eux", poursuit-elle. "Certains recevaient des appels de leur famille et avaient les larmes aux yeux", se rappelle-t-elle encore. "Tous les gens étaient incroyables".

- Compagnie "dure à cuire" -

Malgré tout, son avion a décollé à l'heure au milieu des colonnes de fumée et atterri comme prévu sur l'île proche de Chypre.

"Je suis fière d'être Libanaise et d'avoir une compagnie nationale qui peut prendre soin de moi en temps de guerre et m'emmener loin, en sécurité", dit Mme Agha. "Grâce à des personnels et des avions qui, quelques heures plus tard, reviennent sur un terrain de guerre".

Des "héros" selon de nombreux internautes sur les réseaux sociaux où, il y a peu encore, les commentaires dénonçaient la flambée des tarifs ou la qualité des plateaux repas de la MEA.

"Chez MEA, ils ont les équipes les plus dures à cuire de la planète", commente un post. "Respect aux pilotes et hôtesses de l'air qui volent même en temps de guerre", affirme un autre.

A bord d'un vol Ryad-Beyrouth mardi, ne transportant qu'une demi-douzaine de passagers, ces derniers, anxieux ne cessaient de demander à l'hôtesse s'ils se poseraient en sécurité, a raconté une journaliste de l'AFP.

Le ministre des Transports, Ali Hamié, a déclaré mardi à l'AFP que le Liban n'avait obtenu, via des "contacts internationaux", que des "engagements", et aucune "garantie" ferme qu'Israël ne bombarderait pas l'aéroport.

Lundi, Washington avait mis en garde contre toute atteinte au terminal et routes y menant, pour ne pas bloquer les départs de ceux souhaitant quitter le Liban.

Alors que de nombreuses compagnies d'assurance ont cessé de couvrir les dessertes du Liban, le gouvernement à Beyrouth a pris sur lui d'assurer les liaisons de la compagnie nationale.

- Sous les feux croisés -

En 2006, lors de la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah, l'aviation israélienne avait frappé à plusieurs reprises l'aéroport, ses citernes de carburant et des pistes, le mettant rapidement hors d'usage.

Elie al-Rassi, pilote retraité de la MEA, se remémore d'autres épisodes effrayants.

Durant la guerre civile (1975-1990), pour aller à l'aéroport, "on traversait à pied les checkpoints en obtenant des permis des partis" et de leurs milices qui tenaient les différents quartiers de la capitale, raconte ce Libanais de 68 ans, parti s'installer au Canada après la faillite économique du pays en 2019.

Lors de l'invasion du Liban par Israël en 1982, l'aéroport de Beyrouth s'était retrouvé au coeur des combats entre troupes israéliennes et combattants palestiniens qui avaient leurs quartiers aux abords du terminal.

Des années avant, en 1968, un commando israélien était entré dans l'aéroport après le détournement d'un avion par des membres du Front palestinien de libération de la Palestine (FPLP. Ses hommes avaient détruit la moitié de la flotte libanaise - 14 avions civils - en un quart d'heure. 

Parmi eux, un certain Benjamin Netanyahu, l'actuel Premier ministre, qui a menacé mardi les Libanais de subir des "destructions" comme à Gaza s'ils ne "libéraient" pas leur pays du Hezbollah pro-iranien. 

Mais "aucun personnel naviguant ne peut refuser de voler. C'est comme les médecins, on continue à opérer en temps de guerre", estime Elie al-Rassi. 

lar/sbh/cf/at/cab

© Agence France-Presse

Sous sa photo Instagram prise depuis un hublot d'avion, Tanaz Agha se dit "fière de Middle East Airlines", la compagnie libanaise désormais seule à desservir l'aéroport de Beyrouth, à quelques encablures de la banlieue sud bombardée par Israël.

Depuis deux semaines, l'aviation israélienne mène des frappes aériennes sur ce bastion du Hezbollah, dont certaines ont fait trembler toute la capitale. 

Une à une, les compagnies étrangères ont cessé de desservir Beyrouth. Quelques chancelleries organisent des vols d'évacuation mais les près de six millions de résidents au Liban - et les millions de Libanais de la diaspora - n'ont plus qu'un transporteur, la MEA, pour rallier l'aéroport Rafic Hariri ou fuir le pays une nouvelle fois en guerre.

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