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Culture - Rencontre

Adham al-Dimashki : une passion, un chien, un salon

Dans un havre discret où l'été se fait onirique, l’artiste ouvre ses portes à une scène culturelle où l'art et l’intimité s’entrelacent.

Adham al-Dimashki : une passion, un chien, un salon

Adham al-Dimashki et son chien Godot. Photo Noir Barakat

Dans la douce chaleur d’une soirée d'été beyrouthine, une poignée d’amateurs d’art sont réunis dans une petite pièce pour (re)découvrir le film Ya 3omri (2017) du cinéaste libanais Hadi Zaccack, qui sera suivi d’une brève discussion avec le réalisateur et historien du 7e art.

Dans ce petit 16 mètres carrés, des dizaines de tableaux, des centaines de livres, des milliers d’idées et autant d’émotions se côtoient. C’est dans une ruelle du quartier de Geïtaoui à Achrafieh, dans un petit appartement chaleureux, que des créateurs, artisans, peintres, auteurs, interprètes, performeurs, compositeurs et réalisateurs se réunissent sous un même toit pour célébrer l’art et la culture. Dans une salle de séjour modeste mais bouillonnante d’imagination et d’inventivité, Adham al-Dimashki ouvre les portes de son cocon pour jongler sur des sujets culturels le temps d’un été, au sein d’un salon littéraire : « Avant, on considérait que les salons littéraires n’étaient qu’un privilège propre à l’aristocratie. Je souhaite prouver qu’aujourd’hui n’importe quels endroits, même les plus modestes, peuvent le devenir », confie l’hôte à L’Orient-Le Jour. Et il n’a pas tort, car chez lui, chaque coin murmure des histoires et des rêves d'artiste, les murs deviennent des toiles vivantes où s'entrelacent une myriade de créations artistiques, et les meubles patinés par le temps portent fièrement des livres de littérature arabe et quelques bibelots précieux, dont une photo du maître des lieux en compagnie de son chien Godot, sa « plus grande inspiration », comme il dit. Il a ainsi intitulé son minifestival  « Anbar wa Godot ».

Une séance de ciné-club dans la maison d'Adham al-Dimashki. Photo DR

Le  programme hebdomadaire et diversifié s’étale du 18 juin au 19 septembre 2024. Les mardis et jeudis, des artistes, toutes disciplines confondues, sont invités à exposer leurs œuvres dans l’intimité d’un public de 20 à 30 personnes, sur réservation préalable : « En petit comité, je sens que la performance atteint mieux le public, le touche au plus près, comme si  je leur versais moi-même mes poèmes dans les oreilles. » Malgré les conditions économiques difficiles auxquelles sont confrontés les artistes au Liban, l’événement reste entièrement gratuit. Il est financé par Dimashki lui-même, qui reçoit parfois des aides ponctuelles. Parallèlement, l’artiste gagne sa vie grâce à son métier d’enseignant, étant maître de conférences à l'université en art-thérapie et développement personnel et maître d’école en littérature arabe.

Enfance et parcours

L’artiste a trouvé sa prédilection pour la culture dès son plus jeune âge. À l’école, il appréciait particulièrement les cours d’art. De nature timide, le jeune élève consacrait son temps à la lecture, dévorant parfois plus de 50 ouvrages par an, de Gibran Khalil Gibran à Mikhaïl Naïmé, en passant par Gergi Zeidan, remportant chaque année le prix du meilleur lecteur de son établissement. À 17 ans, il publie son premier livre  Jisr al-kalimat (Le pont des mots), dans une petite imprimerie locale, où il a travaillé en tant que correcteur de vieux manuels scolaires en contrepartie de l'impression de son œuvre.

Malgré son refus du système académique scolaire, Adham al-Dimashki rassemble une collection de diplômes universitaires. Il a étudié la littérature arabe à l’Université libanaise, le dessin et la sculpture à la faculté des beaux-arts à Furn el-Chebbak, le théâtre à l’école de théâtre moderne auprès de Mounir Abou Debs et la dramathérapie au centre Catharsis. Il possède de nombreux certificats, médailles et prix à son actif, et ses poèmes ont été publiés dans le monde arabe et traduits en anglais, français, arménien et allemand, et ont fait l'objet de plusieurs récitals de poésie au Liban, en Arménie, au Soudan, en Jordanie et ailleurs. Bien qu’il soit communément connu comme un artiste visuel et poète libanais, l'artiste polyvalent, lui, se décrit comme un « chercheur à l’âme d'enfant en perpétuel renouvellement », confie-t-il à L'OLJ. 

L'entrée de la maison d'Adham al-Dimashki dans une ruelle du quartier de Geïtaoui à Achrafieh. Photo DR

L’idée d’ouvrir son salon à l’art est née d’un déclic après l’explosion du 4 août, lorsque son chien Godot, malgré les dégâts, a accueilli son maître avec autant d'enthousiasme que le premier jour, comme si de rien n’était : « Dans ses bras, j’ai ressenti une sécurité que mon État n’a pas su me procurer, son jardin est devenu ma patrie alternative », d’où l’idée de la pièce de théâtre Hadikat Godot  (Le Jardin de Godot) jouée par Godot lui-même sur la scène du théâtre Monnot : « Godot a un talent théâtral impressionnant », révèle, pince-sans-rire, Adham al-Dimashki. L’artiste dévoile que cette tragédie a créé une relation de « trauma bonding » (lien traumatique) avec son chien, mais a aussi fait naître l’espoir de renouveler sa relation et la relation des autres avec Beyrouth. Ainsi, après avoir reconstruit sa maison dévastée par l'explosion, il l'a transformée en une galerie d’art baptisée « Anbar », ouvrant ses portes à la communauté artistique. Alors que de plus en plus d'artistes franchissent son seuil, une certaine communauté se forme. Il ressent alors le besoin de créer un événement rassembleur, donnant naissance au festival « Anbar wa Godot » : « Chaque jour je dois affronter la réalité difficile de notre pays, mais je sais que lorsque je ferme la porte, je retrouve un havre de paix où je peux vivre et faire vivre », confie-t-il.

En plus de chapeauter un salon littéraire et culturel, l’hôte est aussi parfois lui-même l’artiste vedette de sa propre scène. En effet, il a récemment joué une pièce de théâtre au sein même de son séjour, intitulée Saj, où il était accompagné de sa mère, son « premier soutien », qui d’ailleurs préparait simultanément des galettes sur son saj (four traditionnel). Les deux acteurs ont livré une performance poignante, se racontant des passages difficiles de leur passé : « Si tu veux voir à quel point le lien du sang est faible, rends-toi dans les tribunaux et observe les plaintes entre frères et sœurs. J'ai compris que pour fortifier ma relation avec ma mère, il fallait plus qu'un lien de sang : il fallait une connexion d'âme et d'esprit, il fallait qu'elle devienne mon amie. » Au cours de la pièce, il a révélé une expérience traumatique d’abus lors de son enfance. En parler aujourd’hui ne demande pas de courage, estime l’artiste, « parce que les courageux disent parfois des choses qu’ils regrettent. Ça demande de la réconciliation avec soi-même, qui est une forme de liberté », note-t-il. Victime de son succès, une reprise de la pièce est prévue ces 26, 27 et 28 juillet. 

Fervent adepte des salons littéraires, Adham al-Dimashki invite les particuliers à offrir aux artistes un espace chez soi pour abriter des performances ou des débats littéraires. À l’image de son salon, humble en apparence, mais riche en programmation.  

Dans la douce chaleur d’une soirée d'été beyrouthine, une poignée d’amateurs d’art sont réunis dans une petite pièce pour (re)découvrir le film Ya 3omri (2017) du cinéaste libanais Hadi Zaccack, qui sera suivi d’une brève discussion avec le réalisateur et historien du 7e art.Dans ce petit 16 mètres carrés, des dizaines de tableaux, des centaines de livres, des milliers d’idées et autant d’émotions se côtoient. C’est dans une ruelle du quartier de Geïtaoui à Achrafieh, dans un petit appartement chaleureux, que des créateurs, artisans, peintres, auteurs, interprètes, performeurs, compositeurs et réalisateurs se réunissent sous un même toit pour célébrer l’art et la culture. Dans une salle de séjour modeste mais bouillonnante d’imagination et d’inventivité, Adham al-Dimashki ouvre les...
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C’est dans une ruelle du quartier de Geïtaoui à Achrafieh, dans un petit appartement chaleureux, que des créateurs, artisans, peintres, auteurs, interprètes, performeurs, compositeurs et réalisateurs se réunissent sous un même toit pour célébrer l’art et la culture. Pendant que les vendus se réunissent dans les sous sols pour décider de la destruction de notre pays, sa culture, ses Us et coutumes pour les tronquer contre des lois archaïques et obscurantistes afin qu’elles deviennent nôtres.

Sissi zayyat

10 h 22, le 24 juillet 2024

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  • C’est dans une ruelle du quartier de Geïtaoui à Achrafieh, dans un petit appartement chaleureux, que des créateurs, artisans, peintres, auteurs, interprètes, performeurs, compositeurs et réalisateurs se réunissent sous un même toit pour célébrer l’art et la culture. Pendant que les vendus se réunissent dans les sous sols pour décider de la destruction de notre pays, sa culture, ses Us et coutumes pour les tronquer contre des lois archaïques et obscurantistes afin qu’elles deviennent nôtres.

    Sissi zayyat

    10 h 22, le 24 juillet 2024

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