Le chef druze libanais Walid Joumblatt. Photo d'archives AFP
Le leader druze libanais Walid Joumblatt a exprimé dimanche sa crainte de voir le Liban "déraper vers l'inconnu", alors que le pays fait face à de profondes crises politique, économique, et dernièrement diplomatique avec ses voisins arabes du Golfe.
Dans un entretien accordé au journal saoudien "al-Bilad", le chef du Parti socialiste progressiste a exprimé sa crainte d'un "dérapage du pays vers l'inconnu, qu'il s'agisse de l'enfer ou de quelque chose de similaire". Il reprenait ainsi une expression du président de la République Michel Aoun, qui évoquait il y a quelques mois le risque que le Liban "se dirige en enfer". "Nous craignons que le Liban connaisse davantage d'effondrement économique, politique et social", a affirmé M. Joumblatt. "Le gouvernement doit se réunir, et pour cela, les forces qui sont d'accord pour empêcher de telles réunions doivent libérer ce cabinet", a plaidé le leader druze, dans une allusion au Hezbollah et ses alliés au sein de l'équipe de Nagib Mikati.
Le gouvernement, formé le 10 septembre dernier, ne s'est plus réuni depuis la mi-octobre, en raison de conflits politiques internes au sujet de l'enquête sur les explosions meurtrières au port de Beyrouth. Le tandem chiite Amal-Hezbollah boycotte en effet le gouvernement jusqu'à ce que le juge Tarek Bitar, en charge de l'instruction, soit dessaisi de l'affaire. Les dirigeants chiites, ainsi que d'autres responsables politiques poursuivis, notamment l'ancien Premier ministre Hassane Diab et l'ex-ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk, demandent que la Haute Cour chargée de juger les présidents et les ministres soit mise en place, et estiment que le magistrat est incompétent à ce niveau.
Parallèlement, une grave crise diplomatique a éclaté fin octobre entre le Liban et des monarchies du Golfe, avec à leur tête l'Arabie saoudite, suite à des propos de l'ex-ministre libanais de l'Information Georges Cordahi sur le rôle de Riyad dans le confit au Yémen. M. Cordahi avait fini par démissionner un mois plus tard sous la pression de la France. Mais ce départ n'a pas réussi à rétablir les relations entre Beyrouth et les monarchies du Golfe. Un appel téléphonique entre le président français Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane d'une part, et M. Mikati d'autre part, samedi dernier, était toutefois venu briser la glace, mais aucun déblocage concret n'a encore été enregistré.
"Il y a un camp qui est pro-iranien, mais ce camp ne représente pas tous les Libanais, car la majorité de ceux-ci n'est pas pro-iranienne. C'est pour cela que j'espère que l'Arabie saoudite et les pays du Conseil de coopération du Golfe feront preuve de compréhension face à cette situation", a affirmé M. Joumblatt.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine