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Les SR tentent d'arrêter le journaliste Radwane Mortada au siège d'al-Jadeed

Les SR tentent d'arrêter le journaliste Radwane Mortada au siège d'al-Jadeed

Le journaliste du quotidien local al-Akhbar, Radwane Mortada. Photo issue de son compte Facebook.

Les services de renseignement de l’armée libanaise ont tenté d'arrêter vendredi le journaliste du quotidien al-Akhbar Radwane Mortada devant les locaux de la chaîne locale al-Jadeed, à Beyrouth, après son refus de comparaître pour "atteinte à l'armée et fabrication de crimes contre l'establishment militaire", rapporte la fondation Samir Kassir pour les médias (Skeyes). L'armée a décidé de bloquer les deux entrées de l'immeuble abritant la chaîne, où se trouverait le journaliste, afin de fouiller toute voiture désirant sortir, rapporte al-Jadeed.

Ces derniers jours, M. Mortada avait mis en cause une éventuelle responsabilité du commandement de l'armée dans le cadre de la double explosion du port de Beyrouth du 4 août dernier, qui a fait plus de 200 morts et ravagé des quartiers entiers de la capitale, notamment en ce qui concerne le stockage des milliers de tonnes de nitrate d'ammonium ayant causé la déflagration. Dans le courant de la semaine, le journaliste avait été interdit d'entrée au tribunal militaire dans le cadre de son travail, suite à une décision du commandant en chef de l'armée, Joseph Aoun. Il avait réagi en qualifiant cette décision de "stupide" sur Twitter.

Dans un tweet, le journaliste a indiqué que la convocation à une enquête qui lui avait été présentée comme émanant du bureau du procureur général près la cour de cassation, Ghassan Oueidate, avait en fait été émise par la direction du renseignement, et qu'aucune mention n'était faite du Parquet dans cette convocation, mais qu'elle avait été envoyée "par le commissaire du gouvernement" près le tribunal militaire. Et d'ironiser : "Si ces dirigeants avaient été aussi enthousiastes en envoyant une patrouille pour enlever le nitrate d'ammonium qu'ils le sont aujourd'hui pour m'arrêter, au lieu de laisser traîner ces matières aussi longtemps, l'explosion du port n'aurait pas eu lieu".

Dans la soirée, le juge Oueidate a réclamé à ce que le dossier concernant le journaliste Mortada lui soit transféré et à ce que toutes les procédures en cours soient suspendues, le temps qu'il étudie cette affaire et prenne les décisions adéquates.

L'ordre de la presse a de son côté rappelé que les journalistes ne pouvaient être jugés que devant le tribunal des imprimés, tandis que le bâtonnier de Beyrouth, Melhem Khalaf, a chargé trois avocats du suivi de cette affaire. 

"Signe de faiblesse" de l'Etat

Ce déploiement sécuritaire visant à arrêter M. Mortada a provoqué une vague d'indignation. 

"Sommes-nous devenus un Etat policier ? Ils essaient de l’arrêter illégalement devant chez lui", s'est indignée Karma Khayyat, journaliste à al-Jadeed selon laquelle une tentative d’arrêter le journaliste avait eu lieu auparavant devant le domicile de ce dernier. 

"Quand un Etat envoie des membres des forces de sécurité pour arrêter un journaliste dont le seul crime est d'avoir exercé de manière pacifique son droit à la liberté d'expression, cela est un signe de faiblesse, pas de force", a pour sa part commenté Aya Mazjoub, de l'ONG Human Rights Watch. Au Liban, HRW milite notamment, avec d'autres organisations, pour la liberté d'expression et pour que les affaires impliquant des civils ne soient plus traitées devant le tribunal militaire. 

Depuis des mois, la vague de répression contre les journalistes et activistes se renforce au Liban et les convocations et arrestations arbitraires se multiplient. D'après Amnesty International, des dizaines d'entre eux ont été convoqués et interrogés depuis le 17 octobre, certains à plusieurs reprises, en raison de publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles ils critiquent les autorités. Le Liban se situe à la 102ème place sur 180 pays dans le dernier classement annuel de la liberté de la presse établi par Reporters sans Frontières, perdant une place supplémentaire par rapport à 2019 dans une trajectoire descendante entamée en 2015.


Les services de renseignement de l’armée libanaise ont tenté d'arrêter vendredi le journaliste du quotidien al-Akhbar Radwane Mortada devant les locaux de la chaîne locale al-Jadeed, à Beyrouth, après son refus de comparaître pour "atteinte à l'armée et fabrication de crimes contre l'establishment militaire", rapporte la fondation Samir Kassir pour les médias (Skeyes). L'armée a...