Empoignade, le 3 juin 2020, entre députés au Parlement tunisien en désaccord sur la politique à adopter sur le conflit qui fait rage dans la Libye voisine. AFP / FETHI BELAID
Le président du Parlement et chef du mouvement d'inspiration islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, dont les prises de position diplomatiques étaient au centre d'un débat parlementaire, a regretté que la guerre en Libye soit instrumentalisée à des fins politiques en Tunisie.
"On dirait que la guerre en Libye se déroule en Tunisie", a déclaré M. Ghannouchi jeudi à l'aube, après plus de 20 heures de débats houleux au Parlement, regrettant que des députés se battent "au nom de la Libye". M. Ghannouchi a déploré également une "diabolisation" de toute opinion contraire dans le débat politique tunisien, un "mal" qui "représente un danger pour la démocratie" selon lui. Concernant la Libye, "nous n'avons pas à être dans un camp ou un autre", a-t-il ajouté, assurant "il n'y a pas de place pour la concurrence ni le conflit" au sein de la diplomatie tunisienne.
La polémique a éclaté après une conversation téléphonique fin mai, révélée par des dirigeants libyens, dans laquelle M. Ghannouchi a félicité le chef du gouvernement d'union nationale (GNA) en Libye, Fayez al-Sarraj, pour la conquête d'une base détenue par les forces du maréchal Khalifa Haftar. M. Ghannouchi s'est vu reprocher d'avoir mené une "diplomatie parallèle", proche du Qatar et de la Turquie.
La politique étrangère est une prérogative du chef de l'Etat, Kaïs Saïed, et Tunis observe la neutralité sur le conflit en Libye, pays voisin déchiré entre le GNA reconnu par l'ONU et soutenu par la Turquie, et le maréchal Haftar appuyé notamment par les Emirats arabes unis et la Russie. "Au vu de vos observations, je vais réexaminer mes positions" et "identifier les lacunes pour les corriger", a déclaré M. Ghannouchi à la fin de son intervention au Parlement, dans un mea culpa implicite. Mais il a également reproché à ses détracteurs, au premier rang desquels le parti anti-islamiste PDL, d'avoir "instrumentalisé" cette conversation "protocolaire à l'occasion de ramadan" pour s'en prendre à la jeune démocratie tunisienne. "Leur but annoncé est de cibler le chef du Parlement, mais en réalité ils ciblent le Parlement et donc l'expérience démocratique tunisienne", a-t-il accusé. "Il y a actuellement un conflit entre ceux qui choisissent la démocratie et ceux qui choisissent la dictature".
Plusieurs centaines de sympathisants du PDL, petit parti dirigé par Abir Moussi, figure du régime déchu de Ben Ali, ont manifesté contre Ghannouchi mercredi. Au Parlement, une motion proposée par Mme Moussi condamnant les ingérences de la Turquie et du Qatar en Libye, sans citer d'autres pays impliqués dans le conflit, a été rejetée.


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