Photo REUTERS/Mohammad Ismail
Des hommes armés ont pris d'assaut mercredi matin un temple hindou-sikh du centre de Kaboul, dont les forces de sécurité tentent de reprendre le contrôle, une nouvelle attaque contre les minorités religieuses revendiquée par le groupe Etat islamique (EI) en Afghanistan.
L'attentat a tué au moins un enfant et fait une quinzaine de blessés, transportés dans des hôpitaux de Kaboul, selon Wahidullah Mayar, le porte-parole du ministère afghan de la Santé. "La plupart de ceux coincés à l'intérieur ont été secourus, mais il y a malheureusement des victimes et des morts", a précisé à l'AFP Tariq Arian, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, ajoutant que "l'opération était toujours en cours".
Selon une représentante de la communauté hindou-sikh au Parlement, il y avait "environ 150 personnes dans le temple" où des familles du quartier viennent régulièrement prier le matin. "Certaines personnes à l'intérieur du temple se cachent et leurs téléphones sont éteints", a raconté Anarkali Kaur Honaryar à l'AFP, qui s'est dite "très préoccupée". Des photos vues par l'AFP montrent des enfants en larmes évacués par des hommes armés. Des corps, des blessés et une mare de sang sont également visibles. Les talibans ont très rapidement nié tout lien avec cet assaut. "L'attaque n'a rien à voir avec nous", a déclaré sur Twitter leur porte-parole Zabihullah Mujahid.
Minorités religieuses visées
La dernière attaque majeure remonte à la semaine dernière, lorsqu'au moins 24 policiers et soldats ont été tués par des talibans dans le sud de l'Afghanistan. L'EI a multiplié les attentats dans la capitale afghane, souvent contre les minorités religieuses. Début mars, il a revendiqué une attaque contre un rassemblement politique de la minorité hazara, dont les membres sont très majoritairement chiites. Une trentaine de personnes avaient alors été tuées. En juillet 2018, le groupe avait revendiqué une attaque suicide à Jalalabad (est) visant des sikhs et hindous afghans et tuant 19 personnes.
Environ 1.000 sikhs et hindous vivent en Afghanistan, un pays presque entièrement musulman. Cette attaque intervient à un moment critique pour l'Afghanistan, confronté à une crise politique interne, une offensive des talibans, ainsi qu'au nouveau coronavirus.
Les Etats-Unis ont signé le 29 février à Doha un accord historique avec les talibans, qui prévoit un retrait des troupes étrangères d'Afghanistan sous quatorze mois en échange de garanties des insurgés. Parmi celles-ci, les talibans se sont engagés à lutter contre des groupes extrémistes comme l'EI afin d'éviter que l'Afghanistan ne leur serve de sanctuaire. L'accord prévoit aussi l'ouverture de négociations entre les talibans et Kaboul, qui devaient débuter le 10 mars, mais ont été retardées par une dispute au sujet de la libération de milliers de prisonniers talibans, et par une crise politique
La situation pourrait être encore aggravée par une réduction d'un milliard de dollars de l'aide de Washington, annoncée lundi par le secrétaire d'État américain Mike Pompeo. Cette décision fait suite à une visite à Kaboul durant laquelle M. Pompeo n'a pas réussi à résoudre la crise politique en cours. Le président Ashraf Ghani, déclaré vainqueur de la présidentielle de septembre, et son ex-chef de l'exécutif Abdullah Abdullah, arrivé deuxième mais qui revendique aussi la victoire d'un scrutin entaché d'accusations de fraude, ont plongé le pays dans une forte instabilité.
À ces difficultés s'ajoute la menace du nouveau coronavirus, qui a déjà fait deux morts dans le pays, avec 75 autres cas positifs parmi les Afghans et 4 parmi les troupes étrangères, qui avaient contracté le virus avant leur arrivée dans le pays.


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