Des migrants assis sur les berges de la rivière Tunca, près du poste frontière de Pazarkule, en Turquie, le 5 mars 2020. Photo AFP / Ozan KOSE
Le président de la Fédération internationale de la Croix-Rouge, Francesco Rocca, a jugé jeudi "inacceptable" que les migrants massés depuis fin février à la frontière gréco-turque soient utilisés comme "des armes politiques" et appelé l'UE à respecter "la dignité" humaine.
"Des êtres humains ont été traités comme des armes politiques, des outils politiques. C'est inacceptable", a jugé M. Rocca à l'issue d'une visite dans la zone tampon entre la Grèce et la Turquie à Kastanies (nord-est de la Grèce). "Notre appel s'adresse à l'Union européenne pour qu'elle agisse différemment eu égard à la dignité humaine", a-t-il ajouté lors d'une intervention très ferme devant le poste-frontière fermé, côté grec.
Des milliers de migrants, désireux de venir en Europe, se sont massés depuis vendredi dernier le long de la frontière entre la Turquie et la Grèce, porte d'entrée dans l'UE, mais Athènes a bouclé ses frontières et déployé d'importants effectifs policiers et militaires.
Le Haut commissariat aux Nations unies pour les réfugiés a estimé à quelque 20.000 le nombre de personnes se trouvant le long de l'importante frontière terrestre et maritime que se partagent Athènes et Ankara alors que le président turc Recep Tayyip Erdogan, en quête de soutien en Syrie, a menacé les Européens d'envoyer des "millions" de migrants en Europe.
M. Rocca, qui a jugé "très mauvaise" la décision de la Turquie de ne plus empêcher les migrants de se rendre en Europe, a aussi vivement fustigé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, laquelle a jugé mardi à Kastanies que la frontière grecque était "un bouclier". "J'ai vu des femmes, des enfants derrière la barrière (côté turc). Vous n'avez pas besoin de bouclier pour vous protéger des enfants et des femmes", a jugé l'Italien qui a estimé à "quelques centaines" le nombre de migrants massés derrière les barbelés à Kastanies.
Enjoignant à la dirigeante européenne de recourir à "des symboles appropriés", il a souligné : le mot "bouclier" "nourrit les réactions xénophobes" en Europe.
Le responsable de la Croix rouge s'est dit "très déçu" qu'Ursula von der Leyen ait utilisé ce terme lors de sa visite à Kastanies mardi au cours de laquelle elle avait apporté son plein soutien aux autorités grecques, accusées par ailleurs d'utiliser la manière forte pour repousser les migrants en Turquie.


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