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Syrie: bras de fer Russie/Occidentaux sur l'aide humanitaire transfrontalière

Ghassan Hitto, président de l'organisation "Syrian Forum". Photo AFP / Ozan KOSE

A quelques heures de l'expiration d'une autorisation internationale permettant une aide humanitaire transfrontalière jugée vitale pour près de trois millions de Syriens, les Occidentaux bataillaient vendredi à l'ONU avec la Russie pour tenter de préserver ce mécanisme.

Un vote est attendu dans l'après-midi au Conseil de sécurité alors que deux textes sont en concurrence.

Moscou affirme ne pas être contre une prolongation de l'aide qui s'affranchit de tout aval de Damas, mais uniquement à ses conditions: deux points de passage à la frontière avec la Turquie (Bab al-Salam et Bab al-Hawa) et une autorisation renouvelée pour six mois seulement.

Le 20 décembre, la Russie, soutenue par la Chine, avait mis son veto (le 14e depuis le début du conflit en 2011) à un texte de l'Allemagne, de la Belgique et du Koweït prévoyant une prolongation de l'aide pour un an et avec trois points de passage: deux sur la frontière turque et un sur la frontière irakienne (Al Yarubiyah).

A l'époque, les Etats-Unis avaient dénoncé un veto "honteux". "Vous avez du sang sur les mains", avait ajouté le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo à l'adresse de Moscou et Pékin.

Dans la négociation, la position américaine n'a cependant pas été des plus subtiles, relève un diplomate sous couvert d'anonymat. Washington a commencé par demander cinq points de passage avant de faire marche arrière pour tomber à trois. Les Etats-Unis ont ensuite juré que Moscou n'irait pas jusqu'au veto, à tort, ajoute cette source.

En vigueur depuis 2014, l'autorisation transfrontalière porte jusqu'à aujourd'hui sur quatre points de passage (deux avec la Turquie, un avec l'Irak et un avec la Jordanie, à Al-Ramtha, inutilisé depuis longtemps).


"Position de force"

En accord avec sa position de poursuivre l'aide transfrontalière dans le nord du pays, notamment pour les Syriens reclus dans la région d'Idleb, la Russie avait proposé en décembre une résolution prévoyant une prolongation sur 6 mois et pour les deux points de passage situés sur la frontière turque.

Ce texte n'avait pas obtenu les neuf voix sur quinze nécessaires à son adoption, les Etats-Unis, le Royaume Uni et la France votant contre.

Jeudi, l'Allemagne et la Belgique, réduisant leurs prétentions, ont produit un nouveau projet de résolution prévoyant une prolongation de l'aide pour six mois seulement, jusqu'au 10 juillet, mais toujours sur trois points de passage. La Russie a aussitôt sorti un texte concurrent reprenant ses conditions de décembre: deux points de passage et six mois.

Moscou veut faire reconnaître la reprise de contrôle de Damas depuis un an sur le territoire syrien et est "en position de force" dans le bras de fer, concède un diplomate occidental sous couvert d'anonymat. Elle considère que l'autorisation transfrontalière est "une atteinte à la souveraineté, et c'est une réalité", ajoute-t-il.

Après un éventuel nouveau veto du texte germano-belge, il n'est pas exclu sous la pression de l'échéance que le texte russe recueille ensuite neuf voix ce vendredi. Que feront alors les Etats-Unis, le Royaume Uni et la France, doté d'un droit de veto? L'arrêt de l'aide transfrontalière pourrait leur être aussi imputé, qu'ils s'arrangent pour que la Russie n'ait pas neuf voix ou qu'ils utilisent leur droit de veto.

Dans un communiqué vendredi, Amnesty international a souligné à l'unisson d'autres ONG l'importance de poursuivre l'aide humanitaire transfrontalière pour le bénéfice des populations vivant dans la région d'Idleb, où les combats et les bombardements ont redoublé récemment.

"L'acheminement transfrontalier de l'aide humanitaire a été une bouée de sauvetage pour des millions de civils dans le nord de la Syrie", a souligné Lynn Maalouf d'Amnesty International, en mettant en garde contre un non-renouvellement de l'autorisation internationale.


A quelques heures de l'expiration d'une autorisation internationale permettant une aide humanitaire transfrontalière jugée vitale pour près de trois millions de Syriens, les Occidentaux bataillaient vendredi à l'ONU avec la Russie pour tenter de préserver ce mécanisme.Un vote est attendu dans l'après-midi au Conseil de sécurité alors que deux textes sont en concurrence.Moscou affirme...