Le secrétaire d'Etat britannique pour le Moyen-Orient, Andrew Murrison. Photo tirée du compte Twitter de M. Murrison
Téhéran a reçu fraîchement dimanche un ministre britannique venu plaider pour une "désescalade urgente" entre l'Iran et les Etats-Unis, reprochant à Londres de s'aligner sur Washington et de ne pas tenir ses promesses.
"Malheureusement", le message passé par les Britanniques "ne contribue pas à améliorer les relations et réduire les tensions", a estimé Kamal Kharazi, haut responsable au sein de la diplomatie iranienne, après avoir rencontré Andrew Murrison, ministre d'Etat chargé du Moyen-Orient.
"A Téhéran, j'ai été clair sur les inquiétudes britanniques, qui ne datent pas d'hier, à propos des activités de l'Iran" au Moyen-Orient, a déclaré M. Murrison dans un communiqué publié à l'issue de sa visite. "J'ai répété la conclusion du Royaume-Uni selon laquelle l'Iran porte très certainement la responsabilité des récentes attaques contre des tankers dans la mer d'Oman", a-t-il ajouté. M. Murrison a redit également "la détermination du Royaume-Uni à perpétuer l'accord sur le nucléaire" iranien conclu en 2015 à Vienne, en insistant sur le fait que l'Iran "doit continuer de remplir intégralement ses engagements, y compris celui de respecter la limite imposée à ses réserves d'uranium faiblement enrichi".
Emboîtant le pas aux Etats-Unis, Londres avait accusé Téhéran d'être derrière les explosions d'origine inconnue ayant endommagé le 13 juin, en mer d'Oman, un navire-citerne japonais et un autre appartenant à une compagnie cotée en Norvège.
Téhéran a démenti la moindre implication et M. Kharazi a dit avoir "protesté" auprès de M. Murrison contre les accusations britanniques formulées "sans la moindre enquête préalable", selon l'agence de presse officielle iranienne Irna.
A propos de l'accord de Vienne, M. Kharazi a reproché à M. Murrison de répéter les "remarques habituelles" des Européens, qui ne prennent "aucune mesure sérieuse pour tenir leurs engagements et ne cessent de répéter que l'Iran doit continuer de tenir les siens."
Les tensions entre Washington et Téhéran ne cessent de monter depuis le retrait américain en mai 2018 de l'accord de Vienne suivi du rétablissement par les Etats-Unis de lourdes sanctions contre l'Iran, qui privent ce pays des bénéfices économiques qu'il attendait de ce pacte. Elles se sont encore accrues depuis que l'Iran a abattu jeudi un drone américain. Téhéran affirme que le drone a violé son espace aérien, ce que dément Washington.
La Grande-Bretagne est avec la France et l'Allemagne l'un des trois Etats européens parties à l'accord de Vienne.
Le 8 mai, un an jour pour jour après le retrait américain de ce pacte, Téhéran avait annoncé qu'il allait s'affranchir de deux de ses engagements: ceux limitant ses réserves d'eau lourde et d'uranium faiblement enrichi. Le 17 juin, Téhéran a précisé que ses réserves d'uranium enrichi dépasseront la limite imposée par l'accord à partir du 27 juin. Jusqu'ici, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avait certifié que l'Iran avait agi en conformité avec les engagements pris dans ce pacte international.
Téhéran a également adressé en mai un ultimatum à ses partenaires encore parties à l'accord (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie), en leur donnant jusqu'au 8 juillet pour l'aider à contourner les sanctions américaines. Paris, Berlin et Londres ont lancé en début d'année un mécanisme de troc ("INSTEX") censé aider l'Iran à contourner les sanctions américaines, mais celui-ci n'a encore accouché d'aucune transaction. A défaut, la République islamique menace de s'affranchir de deux nouveaux engagements et de sortir progressivement de l'accord.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine