L'un des organisateurs d'une grève dans une sucrerie en Iran a été arrêté une deuxième fois, ont annoncé des médias d'Etat lundi, peu de temps après que le parquet eut réfuté des accusations de torture lors d'une première détention.
Esmail Bakhshi a été l'un des leaders d'une grève fin 2018 dans la sucrerie de Haft Tapeh, à Suse (à plus de 500 km au sud de Téhéran), en protestation contre des arriérés de salaires et des activités criminelles présumées de la part des nouveaux propriétaires de l'usine. Il "a été arrêté la nuit dernière" (de dimanche à lundi, ndlr), a indiqué le procureur général de Dezful, dans la province du Khouzestan (sud-ouest), à l'agence Mizan Online, qui dépend de l'Autorité judiciaire.
Samedi, la télévision d'Etat a diffusé un programme affirmant que M. Bakhshi et Sepideh Gholian, un autre militant ayant soutenu les grévistes de la sucrerie, avaient des liens avec des activistes basés en Europe "dont le but est de renverser l'Etat". Elle a montré des images sur lesquelles MM. Bakhshi et Gholian, assis derrière des bureaux avec en fond des rideaux bleu et rouge, détaillaient leurs liens présumés avec ces activistes qui seraient basés dans plusieurs pays européens. Ni le lieu, ni la date, ni les conditions dans lesquelles ces images ont été tournées, n'ont été dévoilés.
MM. Bakhshi et Gholian avaient été arrêtés l'année dernière au moment de la grève dans la sucrerie de Haft Tapeh, qui a été rouverte depuis après le paiement des salaires en retard. M. Gholian a également été arrêté une nouvelle fois dimanche, selon Mizan Online.
L'agence semi-officielle Fars, proche des conservateurs, a affirmé que M. Bakhshi avait tenté de fuir le pays pour "continuer son projet sur des allégations de torture" à l'étranger.
Le leader des grévistes avait affirmé début janvier sur son compte Instagram avoir été torturé lors de sa détention au Khouzestan fin 2018.
La semaine dernière, le procureur général iranien Jafar Montazéri avait qualifié ces accusations de "mensonges éhontés", laissant entendre que M. Bakshi les avait proférées "pour servir un but politique". Il avait précisé que des institutions gouvernementales avaient engagé des poursuites contre l'ouvrier de la sucrerie pour diffamation présumée des autorités.
Des enquêtes menées par le Parlement, le parquet et le ministère des Renseignements ont conclu que M. Bakshi n'avait pas été victime de torture.
De nombreux mouvements de grève ou de protestation contre les conditions de travail ont été observés en 2018 en Iran, essentiellement en dehors de Téhéran.
Le chef de l'Autorité judiciaire avait mis en garde en novembre les employés mécontents de leur situation contre la tentation de "créer du désordre dans le pays".


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