Les autorités turques enquêtaient lundi sur des centaines d'internautes qu'elles soupçonnent d'avoir partagé des commentaires relevant de la "provocation" au sujet de la livre turque qui connaît une chute brutale depuis plusieurs jours.
D'après l'agence de presse étatique Anadolu, le ministère de l'Intérieur a lancé une enquête préliminaire sur "346 comptes sur les réseaux sociaux" via lesquels des déclarations "à fins de provocation" ont selon lui été partagées.
Par ailleurs, le gendarme des marchés turcs (CMB) a indiqué lundi dans un communiqué qu'il engagerait des poursuites contre quiconque partagerait de "fausses informations" sur l'économie.
La livre turque, qui a perdu depuis le début de l'année plus de 40% de sa valeur face à l'euro et au dollar, s'effondre depuis vendredi sur fond de crise diplomatique avec les Etats-Unis et de défiance des marchés envers la politique économique du président Recep Tayyip Erdogan.
En dépit de l'ampleur de cette crise monétaire, les principaux journaux et les chaînes d'information couvrent a minima les tourments de la livre et reprennent en chœur les éléments de langage de M. Erdogan qui dénonce un "complot" visant à abattre la monnaie nationale.
"Nous avons mis au jour vos manigances et nous vous mettons au défi", a lancé dimanche le président turc à l'intention des Etats-Unis qu'il accuse de vouloir mettre Ankara "à genoux" avec le dollar. Cette citation barrait la une des principaux journaux lundi.
Face à cette situation, de nombreux Turcs et économistes se sont tournés vers les réseaux sociaux pour commenter les déboires de la livre. Un compte Twitter spécialement dédié au suivi du cours de la livre face au dollar a même été créé.
Dans un pays où les principaux médias sont contrôlés par des hommes d'affaires proches du pouvoir et où l'encyclopédie Wikipédia est bloquée depuis plus d'un an, les réseaux sociaux représentent un espace prisé, mais également sous étroite surveillance.
Cette année, les autorités turques ont ainsi arrêté plusieurs centaines de personnes accusées d'avoir fait de la "propagande terroriste" sur les réseaux sociaux pour avoir critiqué l'offensive d'Ankara contre une milice kurde dans le nord de la Syrie.


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