Un militant irako-américain a été condamné à six ans de prison par une cour d'une province du sud-est de l'Irak pour "insultes et diffamation contre les institutions de l'Etat" dont il dénonçait la corruption, a indiqué vendredi une ONG.
Ces deux dernières années, Bassem Khashan avait présenté à plusieurs institutions de la province de Mouthanna, dont la Commission d'intégrité publique et le Conseil provincial, une pile de dossiers contenant selon lui des éléments prouvant la corruption de fonctionnaires locaux.
"Il a été condamné mercredi à deux fois trois ans de prison pour avoir écrit sur son compte Facebook que ces deux institutions +cuisaient à petit feu+", a indiqué à l'AFP vendredi Majid Abou Kalal, le directeur de l'ONG "Dhar" pour le développement dans la province de Mouthanna.
Le tribunal a dû faire venir un expert en langue arabe de l'université de Mouthanna pour comprendre la signification de cette phrase sibylline et ce dernier a expliqué que c'était une insulte signifiant que ces institutions ne faisaient rien, a-t-il expliqué.
M. Khashan, qui dirige l'organisation Ayoun al-Qanoun (L'oeil sur la loi, en arabe), a ironisé sur sa condamnation.
"Merci à Hassan al-Yassiri et à sa Commission d'intégrité publique pour l'immunité qu'il accorde aux corrompus ayant volé l'argent de l'État et qui demande dans le même temps de m'emprisonner et de me faire payer une amende pour l'avoir diffamé", a-t-il écrit sur Facebook.
"Merci à l'université de Mouthanna, car la justice s'est appuyée sur un de ses professeurs (...) pour décider que cette phrase représentait une insulte méritant mon emprisonnement", a-t-il ajouté.
Selon Majid Abou Kala, M. Khashan avait présenté pas moins de 350 dossiers aux différentes instances pour appuyer ses dires.
"Il a gagné plusieurs procès notamment contre l'ex-directeur général du ministère de la Santé de la province", a-t-il encore souligné.
Cette condamnation a fait un buzz sur la toile, provoquant un tollé parmi les internautes. "Bassem a (...) rapporté des milliards de dinars volés à l'Etat. Et il a été récompensé par six ans de prison!", s'est insurgé Anas al-Fallouji.
Quelques centaines de personnes ont défilé dans les rue de Samawa, la capitale provinciale, en scandant "les honnêtes en prison, les corrompus dans la 'zone verte', lieu ultra-protégé où se trouvent les ministères les plus importants dans la capitale Bagdad.
Le président de l'association des avocats de Mouthanna, Saleh al-Absawi, a confié à l'AFP avoir formé une équipe de 40 avocats et 30 organisations de la société civile pour défendre M. Khashan en appel.
L'Irak est, selon les classements internationaux, le dixième pays le plus corrompu au monde.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine