Nickolay Lamm : Visualiser l’invisible.
Entre une Barbie plus hollywoodienne que Hollywood et, sur les podiums, les tops models ados plus légères qu'une plume, l'anorexie bat son plein. Après 53 ans de règne absolu, la poupée la plus vendue tous azimuts est sérieusement remise en question par un artiste de la photographie numérique nommé Nickolay Lamm, qui a bien saisi son influence ambiguë et qui est lui-même au diapason de la tendance actuelle où prévaut le droit à la différence. C'est-à-dire sur la balance, toutes sont égales : maigres, potelées ou carrément fortes. Car il a pour la poupée le même œil critique qu'une bonne partie du public : arguant que ses proportions corporelles sont irréalistes et constituent des normes de beauté inexistantes qui, néanmoins, font rêver inutilement les petites filles. Alors, il a opté pour la bonne moyenne en concevant une Barbie à l'image de Mademoiselle Tout-le-monde.
Comme une jeune Américaine de 19 ans
Une métamorphose qui ne s'est pas faite au hasard, mais en fonction des données d'un centre médical spécialisé dans les saines mensurations humaines. Diplômé en marketing de l'Université de Pittsburg, où il est également chercheur, Lamm a conçu une Barbie aux formes d'une jeune Américaine de 19 ans. Elle est plus courte et plus large que l'originale (qui, elle, faisait l'équivalent de 91 cm de tour de poitrine et 45,7 cm de tour de taille), avec une tête plus petite et un cou plus épais. Il avait commencé par relooker Barbie (qu'il trouvait trop « hypersexualisée » ) grâce à Photoshop en commençant par lui ôter son lourd maquillage de mascara, son eyeliner et son rouge à lèvres pour accéder à la « normalité ». Puis il en a fait une version 3D pour la mettre davantage en relief « comme tout le monde ».
À noter qu'en 1990, la firme Mattel, productrice de Barbie, voulant la rendre plus réelle, lui avait réduit la poitrine et épaissi la taille. Elle est quand même restée une icône, même si souvent on lui cherche noise. Récemment, pour élargir sa popularité, on l'a « mexicanisée », ce qui n'a pas eu l'heur de plaire à nombre de Latinos qui l'ont trouvée trop folklorique avec sa robe de « fiesta » fuchsia, son chihuahua et son passeport en main, comme à la recherche d'autres horizons.
Enfonçant davantage le clou, sous prétexte d'antidiscrimination, un site de vêtements « grandes tailles » propose sa Barbie bien en chair : double menton et rondeurs à volonté. Bien sûr image refusée, car aussi nocive que l'extrême maigreur, puisqu'elle conforte la tendance à l'obésité qu'on tente d'endiguer aux USA.
Et, dans ce match de la mise en valeur du corps féminin, la Barbie normale et bien constituée de Nickolay Lamm tente de s'imposer. D'autant que cet artiste trouve son inspiration dans l'œuvre de Steve Job dont il dit : « Chacun doit voir "secret of life" », une courte interview de ce grand de la high-tech.
Par ailleurs, Lamm a pu visualiser par des techniques numériques des phénomènes invisibles, telles les images nocturnes captées par les chats (plus nettes que celles vues par l'œil humain) et le mouvement de transmission du wi-fi.


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