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HUMEUR À l’eau, la « sobhiyyé » !


Dix personnes dans l’eau jusqu’aux épaules. Barbotements, mouvements circulaires, valses aquatiques. Trois mois déjà. Trois fois par semaine. Une heure durant. Immersions aux cours d’aquagym. Pas un son, pas un salut. À peine l’ombre d’un sourire esquissé si, par hasard, les prunelles se rencontrent. Une onzième personne entre en scène. D’un saut dynamique et éclaboussant. Sourire éblouissant. Une bonne place au fond, là où les cancres se barricadent généralement. « Tu travailles ? », demande la nouvelle venue. « Oui ». « Quoi ? ». « Journaliste ». « Ah, sympa, j’ai exercé pendant quatre ans le métier d’enseignante mais là, je m’offre une année sabbatique. »
Les phrases s’allongent, le souffle devient court. Haltères aux poings, pour réveiller les biceps. La stagiaire en jeux aquatiques poursuit son bla-bla. Couper court au verbiage ? Lui dire que «pour la sobhiyyé, faut repasser un autre jour » ? Mais la vannerie ne sort pas. Quelques pas vers l’avant et la naïade en herbe est esquivée. Cinq minutes de silence pleinement savourées. Puis un coup d’œil risqué vers l’arrière. Air buté et concentration extrême. Y’a des sentiments froissés dans l’air. Une vague de remords déferle sur ma conscience. Flash-back, trois mois plus tôt. Le rôle de l’océanide pataugeuse, c’est bibi qui l’endossait. C’est bibi également qui essuyait sa déconvenue en se heurtant au mur d’indifférence des salles de sport. L’eau, par une réaction chimique contraire aux lois de la physique, endurcit-elle les liens sociaux ?
Retour sur la terre ferme, les mêmes codes semblent être en vigueur. Dans la rue, au supermarché, au cinéma, dans les restaurants, les ascenseurs, les endroits publics, on s’observe, on se guette, on se jauge. Lorsqu’une personne se montre affable, courtoise avec des inconnus, elle est regardée d’un mauvais œil. Si elle est du sexe opposé, on dégaine automatiquement l’arsenal antidrague. Sinon, c’est la paralysie aphasique.
Sommes-nous devenus des asociaux par défaut ?

Maya GHANDOUR HERT
Dix personnes dans l’eau jusqu’aux épaules. Barbotements, mouvements circulaires, valses aquatiques. Trois mois déjà. Trois fois par semaine. Une heure durant. Immersions aux cours d’aquagym. Pas un son, pas un salut. À peine l’ombre d’un sourire esquissé si, par hasard, les prunelles se rencontrent. Une onzième personne entre en scène. D’un saut dynamique et éclaboussant. Sourire éblouissant. Une bonne place au fond, là où les cancres se barricadent généralement. « Tu travailles ? », demande la nouvelle venue. « Oui ». « Quoi ? ». « Journaliste ». « Ah, sympa, j’ai exercé pendant quatre ans le métier d’enseignante mais là, je m’offre une année sabbatique. » Les phrases s’allongent, le souffle devient court. Haltères aux poings, pour réveiller les biceps. La stagiaire en jeux aquatiques...