Des visiteurs parcourent les intérieurs endommagés du palais historique du Palais du Golestan, à Téhéran, le 4 avril 2026. Photo ATTA KENARE / AFP
Dans le palais du Golestan à Téhéran, comme sur d'autres sites patrimoniaux endommagés par la guerre, des experts s'activent pour une première estimation des dégâts, mais s'inquiètent de l'ampleur des restaurations à mener, alors que plane la menace d'une reprise des hostilités.
L'ancienne résidence royale de la capitale, un site emblématique inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2013, expose ses plaies, infligées par les frappes israélo-américaines. Miroirs brisés, portes fracassées et gravats tombés des plafonds ornés jonchent désormais le palais, réputé pour ses vastes jardins, ses bassins et ses salles d'apparat.
Même si le complexe - l'un des plus anciens sites de la capitale, parfois comparé à Versailles - reste fermé au public, la fragile trêve en vigueur depuis le 8 avril a permis aux experts de commencer à faire le point.
« Les dégâts ont été évalués à plusieurs niveaux, mais une expertise spécialisée plus détaillée est toujours en cours », explique à l'AFP Ali Omid Ali, spécialiste de la restauration et responsable du département d'ingénierie technique du palais. Pour l'instant, précise-t-il, les équipes s'emploient à stabiliser les structures endommagées et prévenir de nouveaux effondrements, avant que des travaux plus étendus ne puissent commencer. « Nous avons besoin d'une situation plus stable pour entamer le processus de restauration », dit-il.
Les premières estimations suggèrent que le chantier pourrait coûter environ 1,7 million de dollars, une somme qui pourrait augmenter après une évaluation complète, ajoute-t-il, soulignant que les réparations pourraient durer « deux ans ou plus ».
Le site, connu pour son mélange d'arts et architecture persans du XIXe siècle avec des styles et motifs européens, figure parmi au moins cinq lieux inscrits à l'Unesco endommagés pendant le conflit. « Entre 50 et 60% des portes et fenêtres sont brisées », selon Jabbar Avaj, directeur des musées du palais du Golestan, cité par l'agence de presse officielle Irna. La célèbre salle des Miroirs - renommée pour les mosaïques scintillantes qui recouvrent ses plafonds et murs - ainsi que le Trône de marbre, soutenu par des statues représentant des symboles mythologiques et royaux, ont aussi été « gravement endommagés », selon lui.
« L'ombre de la guerre »
Parmi les autres sites Unesco touchés figurent également le palais Chehel Sotoun, incarnant l'art du jardin persan, et la mosquée Jameh, réputée pour son dôme et sa céramique, à Ispahan (centre), ainsi que les vestiges préhistoriques de la vallée de Khorramabad (est). Au-delà, la guerre a affecté au moins 140 lieux d'importance culturelle et historique à travers l'Iran, selon Hassan Fartousi, qui dirige la Commission nationale iranienne pour l'Unesco.
La liste inclut notamment le palais de Marbre de Téhéran, le musée Teymourtash, et l'immense complexe du palais de Saadabad, une ancienne résidence royale nichée sur les hauteurs verdoyantes du nord de la capitale. « L'ombre de la guerre plane encore dans le ciel de l'Iran et, dans cette situation, nous ne pouvons pas très bien planifier la restauration », déplore M. Fartousi.
Si le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril a en grande partie mis fin aux bombardements dans les grands centres urbains où se trouvent des sites culturels, des affrontements sporadiques ont eu lieu dans les zones côtières et les eaux du Golfe, et les tractations diplomatiques en cours n'ont pas encore dégagé d'issue durable au conflit. M. Fartousi s'inquiète également de ce que les sites patrimoniaux endommagés ne retrouvent jamais leur caractère originel.
« Même si nous menons la restauration avec nos grands artistes et les spécialistes de la restauration, où sera l'authenticité? » interroge ce responsable, pour qui « les sites du patrimoine culturel incarnent le concept même d'authenticité ».
Le financement demeure aussi un défi majeur, le gouvernement iranien n'ayant pas encore annoncé de budget pour la restauration, alors qu'il peine à compenser l'impact de la guerre et d'un blocus américain qui a gravement perturbé les exportations.
« Malheureusement, l'Unesco et d'autres organisations internationales disposent de budgets limités », affirme M. Fartousi, indiquant que des négociations sont en cours pour obtenir un soutien. Mais quel que soit le coût des restaurations, la valeur de tous les sites endommagés est « inestimable », souligne-t-il.

