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@Slim404, blogueur, cyberactiviste, ex-ministre tunisien...

@Slim404, blogueur, cyberactiviste, ex-ministre tunisien...

Interview

Pour Slim Amamou, l’un des militants anti-Ben Ali les plus en vue lors de la «révolution de jasmin , « le temps est désormais à la reconstruction ».

04/07/2011

Il se présente comme un « éternel activiste ». Emprisonné pendant la révolution de jasmin, Slim Amamou, alias @Slim404, accède à la notoriété internationale après avoir été nommé secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, au sein du gouvernement tunisien de transition, trois jours après la chute de Ben Ali. Le cybermilitant démissionne quatre mois plus tard en expliquant se sentir plus utile en dehors du gouvernement. Rencontré lors d’un séminaire organisé par Canal France International (CFI) à Montpellier, ce jeune informaticien de 33 ans confie à  L’Orient-Le Jour  sa vision de la Tunisie moderne.

Q- Quelles sont vos principales préoccupations aujourd’hui en Tunisie, notamment à l’approche des élections qui se tiendront le 23 octobre ?
R- Nous sommes mobilisés pour soutenir les candidats indépendants. Après la chute de Ben Ali, les plus grands et anciens partis d’opposition (comme le PDP, al-Tajdid, al-Takattol), ainsi qu’ennahda, le nouveau parti islamiste qui est assez important, reviennent en force. Face à cela, j’ai créé avec un groupe d’amis un think tank qui s’appelle « Afkar Moustakilla ». Sa mission est de créer une plate-forme de débat avec l’aide d’outils technologiques. Nous encourageons les candidats indépendants qui partagent nos valeurs les plus basiques, dont la transparence, la démocratie et la liberté d’expression. Nous voulons que la majorité de l’Assemblée constituante soit tenue par des Tunisiens qui représentent leurs propres idées et non pas une idéologie quelconque. Notre travail, dans « Afkar Moustakilla » est de donner les moyens à ces listes indépendantes en les connectant entre elles et en leur fournissant des services, de la formation et pleins d’outils, notamment informatiques, afin qu’elles puissent gagner les élections de manière indépendante.

Tout cela doit coûter beaucoup d’argent. Comment financez-vous vos projets ?
Non, pas du tout. Cela ne nécessite pas beaucoup d’argent. Nous allons essayer de trouver des fonds, bien sûr. On tient beaucoup à la transparence. Le financement sera nominatif : nous publierons qui a donné quoi et comment sur notre site lorsqu’il sera mis en place. Tous les membres fondateurs vont adresser un message vidéo et toutes nos formations seront diffusées sur vidéos aussi.

La révolution n’est-elle donc pas finie ?
Je pense que la révolution est finie le 14 janvier (date de départ de Ben Ali). Le temps est désormais à la reconstruction. C’est maintenant que le travail commence.

Seriez-vous prêt à répéter votre expérience au sein du gouvernement tunisien ?
Oui, je suis absolument prêt à revivre cette expérience. J’étais entré dans le gouvernement dans l’optique de préparer une élection libre. Je voulais vérifier par moi-même que le gouvernement transitoire était capable de mener des élections transparentes. Il fallait que je le fasse et ça a été fait. Là, les élections sont sur les rails, une nouvelle loi électorale est sortie et il y a une commission qui a été créée pour gérer le scrutin, ce n’est donc plus le gouvernement qui le fait. J’ai démissionné après cela parce que je n’avais plus rien à y faire.

Beaucoup dans la presse internationale évoquent la « crainte » d’une islamisation de la Tunisie. Ce risque existe-t-il vraiment ?
La crainte existe bel et bien chez certains Tunisiens. Il est vrai que des partis comme en-nahda sont très bien organisés et financés, mais personnellement ils ne me font pas peur. On a eu peur pendant 23 ans, cela suffit. Maintenant, il faut bosser. Il faut faire en sorte que la représentation d’ennahda soit insignifiante à l’Assemblée.

Pendant des années, vous avez inlassablement lutté contre la censure dans votre pays. Se fait-elle ressentir encore aujourd’hui en Tunisie ?
Disons qu’elle avait disparu pendant un moment, puis elle est revenue par la petite porte de la loi. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai démissionné du gouvernement. Avant, la censure était complètement illégale, alors que maintenant elle a été en quelque sorte règlementée. Elle est surtout dirigée contre les sites dits « pornographiques » ou « portant atteinte aux mœurs ». Mais ceci n’est qu’un prétexte, un coup politique qui profite aux islamistes. Nous sommes nombreux aujourd’hui à nous mobiliser contre la censure. Et je suis très optimiste. Nous appelons à ce que le droit à un accès libre au savoir soit inclus dans la nouvelle Constitution. Cela coupera court à toute forme de censure. C’est-à-dire que si j’ai le droit constitutionnel d’accéder au savoir, tout peut être un savoir. Un sociologue peut penser que la pornographie sur Internet est un sujet d’étude et donc la censure de ces sites deviendrait anticonstitutionnelle. Cette question est d’ailleurs débattue depuis plus de six mois en Tunisie. En tolérant la censure, toute forme de censure, les Tunisiens ne réalisent pas les implications sur les libertés individuelles.

Les Tunisiens se sont montrés très solidaires des Égyptiens lors de la révolution anti-Moubarak, leur offrant conseils et astuces. Quelle est votre action aujourd’hui vis-à-vis des activistes syriens ?
Malheureusement, en ce moment, on est focalisés sur la Tunisie. On est tellement occupés par ce qui se passe dans notre pays qu’il est difficile de fournir du support à nos amis syriens, bahreïnis et autres. On se sent tiraillés, surtout qu’on a des amis qui ont été détenus ou qui vivent dans la clandestinité dans ces pays. Mais il est important de savoir que les activistes du monde arabe étaient connectés avant le début de la révolution tunisienne. C’est d’ailleurs ce réseau de soutien mutuel interarabe qui a fait la révolution en Tunisie.

Que pensez-vous du procès de Ben Ali ?
« Je suis très, très content qu’un procès a été ouvert contre Ben Ali. Selon la Constitution tunisienne actuelle, il risque la peine de mort. Mais je suis tout à fait contre la peine capitale et je souhaite qu’elle ne figure plus dans la nouvelle Constitution. En l’abolissant, on donnerait un signe à Ben Ali et au monde entier pour dire qu’on est prêt à juger cet homme dans les conditions de la Tunisie moderne. Pour moi, le plus important dans ce procès, c’est l’histoire qu’il va raconter. J’espère même qu’il écrira ses Mémoires un jour.

C’est un personnage qui vous intrigue...
Je suis un militant de la transparence et je ne suis pas quelqu’un d’animé par le désir de vengeance. Il faut bâtir la nouvelle Tunisie avec tout le monde. Peut-être qu’il est un peu tard pour Ben Ali, vu son âge, mais je souhaite qu’il soit bien traité en prison. Je veux qu’il nous explique quelles étaient ses motivations et pourquoi il a fait ce qu’il a fait. Je voudrais éventuellement qu’il condamne d’autres personnes parce que c’est tout un système qui était en place. Il ne faut pas qu’il porte à lui seul toute la responsabilité.

Christophe Ayad, de Libération, a récemment publié un article faisant état de l’intox qui entourait la révolution tunisienne, notamment le cas de la gifle reçue par Mohammad Bouazizi et qui n’aurait jamais eu lieu. Vous qui étiez au centre de la mobilisation anti-Ben Ali, pensez-vous qu’il y avait un besoin de gonfler certaines histoires afin d’accélérer le mouvement de contestation ?
Non, je ne le pense pas. Bouazizi n’a été véritablement important qu’à Sidi Bouzid. C’est-à-dire que les manifestations qui ont suivi n’étaient plus à propos de Bouazizi, mais en soutien à Sidi Bouzid. Il y avait certainement une activité politique derrière ces histoires, et le mythe de Bouazizi a bien servi. Mais moi, je n’aime pas beaucoup les mythes. Je suis pour une éthique même dans la fabrication des histoires. Le phénomène de l’immolation est navrant. Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas eu que Bouazizi. Selon le dernier décompte, il y a eu 110 personnes qui s’étaient immolées par le feu. Et c’est un phénomène qui s’est répandu dans le reste de la région. C’est une horreur. C’est dommage qu’on soit dans cette culture de chahid (martyr). Il faudrait véhiculer une meilleure éthique pour le XXIe siècle. Tu n’es pas un héros si tu meurs. Un héros est un héros pendant sa vie.

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