Architecte, designer et enseignante, Layal Merhi s’inscrit dans une génération de praticiens qui explorent les liens entre recherche, modes de représentation et étude des milieux urbains. À travers un parcours académique entre Beyrouth, Londres et Boston, son travail interroge la manière dont l’architecture peut révéler les strates d’histoire, d’écologie et de récits inscrits dans les villes.
Diplômée en 2023 d’un master en études de design à la Harvard Graduate School of Design, elle y développe une recherche centrée sur les imaginaires écologiques et la matérialité politique des paysages urbains. Elle est également titulaire d’un Master en architecture (accrédité RIBA), obtenu à The Bartlett School of Architecture (UCL), après une licence en architecture à la Lebanese American University.
Au cœur de ses recherches récentes se trouve Aamha, un projet de recherche en design mené à Harvard et présenté au GSD en 2023. Ce travail explore les relations complexes entre infrastructure, écologie et mémoire dans la ville de Beyrouth.
S’appuyant sur des archives, des analyses cartographiques, du travail de terrain et des formes expérimentales de représentation, Aamha s’intéresse à ce que Merhi désigne comme les « écologies fantômes » de la ville ; des conditions environnementales et spatiales latentes, issues de couches successives d’histoire politique et d’infrastructures. Le projet prend appui sur un phénomène survenu après l’explosion du port de Beyrouth en 2020, lorsque le blé stocké dans les silos s’est dispersé dans différents quartiers de la ville, donnant lieu à des formes de végétation inattendues.
Comme le souligne Merhi : « Beyrouth n’oublie jamais. Elle porte tout, souvent au-delà de ce que ses espaces peuvent contenir. Aamha s’intéresse à cet excès : ce qui fuit, ce qui persiste, ce qui refuse de se stabiliser. »
Loin de réduire ce phénomène à une simple métaphore de résilience, le projet en explore les implications plus larges dans le tissu urbain. À travers des dessins, des publications et des dispositifs d’installation, Aamha propose de nouvelles manières de lire la ville, où les infrastructures, l’environnement et la mémoire collective se croisent pour révéler de véritables récits du lieu.
Merhi précise : « Aamha est moins une publication qu’une structure ouverte. Il s’inscrit dans une histoire de prises de parole sous contrainte, tout en déplaçant la notion d’auteur afin que l’archive reste en mouvement, continuellement réécrite. »
Présenté à la fois comme installation et publication de recherche, le projet inscrit Beyrouth dans un débat international plus large sur le rôle de l’architecture dans la documentation et l’interprétation des transformations urbaines. En associant recherche en design et formes expérimentales d’expression, le travail de Merhi fait de l’architecture à la fois un outil d’analyse et un médium culturel.
Parallèlement à sa pratique de recherche, Layal Merhi développe une activité pédagogique active au sein de plusieurs institutions académiques. Son enseignement accorde une place centrale au dessin narratif, aux outils d’analyse et à l’articulation entre pratiques numériques et analogiques, invitant les étudiants à considérer le projet architectural comme une démarche critique.
Elle ajoute : « Ce qui apparaît comme une absence à Beyrouth est rarement vide. Cela signale souvent quelque chose de déplacé, de refoulé ou rendu invisible. Aamha reste avec ces états, sans chercher à les résoudre. »
En parallèle, Merhi est cofondatrice de OFFSH, un studio de design et de recherche qui évolue à l’intersection de l’architecture, de la recherche et des pratiques engagées. Ses projets vont de recherches urbaines spéculatives à des initiatives ancrées dans le terrain, notamment Karam Park, un espace de jeu conçu pour des enfants déplacés syriens et les communautés locales à la frontière turco-syrienne.
Entre enseignement, recherche et pratique, Layal Merhi explore le rôle que l’architecture peut jouer face aux transformations sociales, politiques et écologiques des villes contemporaines. Avec des projets comme Aamha, elle montre comment l’architecture peut dépasser ses fonctions traditionnelles pour devenir un outil de recherche, de narration et d’engagement public.

