Photo tirée de la page Facebook du collectif de la société civile « Vous puez ! ».
L'impensable est arrivé. La crise des déchets, qui a éclaté le 17 juillet suite à la fermeture de la décharge de Naamé, a duré assez longtemps pour survivre aux premières pluies. Résultat : des scènes cauchemardesques, hier, d'ordures flottant dans des rues transformées en cours d'eau, d'une montagne de sacs poubelles effondrée sur les rives du fleuve de Beyrouth, de canaux obstrués... Au-delà des images spectaculaires, à l'instar de cette vidéo de déchets flottants qui a circulé sur les réseaux sociaux et les téléphones portables, c'est l'ampleur de la pollution qui effraie : quel impact à long terme sur les nappes phréatiques, le sol, l'air, la santé humaine ?
Alors que le problème écologique s'accentue en ce début d'hiver, du côté des responsables, on constate une tiédeur sans appel. Le plan national de sortie de crise préparé par la commission d'experts présidée par le ministre de l'Agriculture Akram Chehayeb n'a toujours pas été appliqué. Des tractations politiques, notamment sur le choix d'un site de décharge dans la Békaa, retarderaient la mise en place d'une solution temporaire. Les échecs se suivent et se ressemblent alors que personne n'en assume la paternité. Les accusations fusent en l'absence de toute action concrète sur le terrain... Le pire, c'est qu'il semble impossible de voir le bout du tunnel.
Interrogé par L'Orient-Le Jour sur les ravages constatés hier dans la rue, M. Chehayeb a estimé que « ceci est le résultat de la non-application du plan, c'était prévisible ». Il pointe du doigt « le manque de sérieux de certaines parties politiques, les campagnes de dénigrement menées par certaines franges du mouvement civil et la contestation de certains écologistes ».
Rappelons que les détracteurs du plan lui reprochent, entre autres, de ne concevoir que la solution des décharges centralisées, de choisir des sites inaptes à les accueillir (situés dans des régions au sol poreux et riches en eau, par exemple), de ne pas prendre en compte le développement de pratiques telles que le tri à la source...
Une alternative au coût exorbitant
Le ministre affirme qu'il se donne jusqu'à jeudi pour tout révéler au public sur les obstacles à son plan, et refuse de se prononcer, malgré l'insistance des questions. « Je me suis donné un délai qui expire jeudi, je n'ai rien d'autre à dire d'ici là », affirme-t-il. Est-il vrai que le nœud essentiel réside dans la désignation d'un site dans la Békaa, notamment par le Hezbollah ? « Ce n'est pas tout à fait vrai puisque l'incitation de certains membres de la société civile continue aussi de créer une résistance à Srar, dans le Akkar, dit-il. Pour ce qui est du Hezbollah et d'Amal (NDLR : les deux formations devant faciliter la désignation d'un site dans la Békaa-Nord), ils nous ont déjà désigné deux sites qui se sont avérés non aptes à accueillir des décharges, d'un point de vue écologique. Nous leur avons fait savoir qu'il faudrait un autre site. »
Qu'attend-il donc, sachant que la pollution se généralise ? Que dit-il à la population paniquée ? Y a-t-il une alternative à son plan ? « Je sais bien que la pollution est très grave, voilà pourquoi j'ai multiplié les mises en garde, répond-il. D'après moi, il n'y a pas d'alternative au plan. J'ai souvent demandé aux parties politiques qui font obstacle à son application si elles en avaient, or elles n'en ont pas. Ce que j'attends ? C'est qu'il y ait une coopération avec nous sur ce plan, sinon je suis prêt à tout révéler jeudi. »
Selon des sources bien informées, les signaux contradictoires envoyés par le Hezbollah sur les sites potentiels dans la Békaa seraient à l'origine du blocage actuel. Le pays pourrait être face à une impasse. La seule alternative au plan envisagée à un niveau officiel serait alors de recourir à l'exportation de ces déchets. Une compagnie a déjà présenté une offre sérieuse à ce sujet, selon certaines informations, mais il y aurait des bémols : le délai de quelques semaines au moins pour mettre en application cette option, et son coût exorbitant.
D'autres sources évoquent trois sites en gestation dans la région allant de Qaa à Ersal, trois sites jugés « acceptables » par la commission officielle pour accueillir des décharges, mais sur lesquels aucun consensus politique n'a été trouvé. Pour ce qui est de Srar, au Akkar, les travaux s'y poursuivent et la membrane protectrice de la décharge (celle qui recouvre le sol de la décharge pour empêcher la pollution du sol) est presque installée. Selon ces sources, le mot d'ordre actuellement est l'attentisme, le Premier ministre lui-même serait en train d'attendre les développements, sachant qu'une réunion élargie de la commission chargée de régler la crise des déchets devrait avoir lieu jeudi. Dernière proposition envisagée : demander à l'armée et d'autres services sécuritaires d'emballer les déchets amoncelés dans des sacs en plastique, comme le fait à une échelle plus réduite la société civile.
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Appel à manifester jeudi
Pour sa part, face au désastre d'hier, la société civile, notamment le mouvement civil, n'a pas tardé à se faire entendre. Des militants se sont rassemblés hier vers 17h à la place Riad Solh pour crier leur désarroi face à cette catastrophe écologique plus qu'annoncée. Les militants portaient des banderoles dénonçant le degré de pourrissement de la situation actuelle dans le pays. Ils font assumer la responsabilité du désastre au gouvernement et accusent l'ensemble de la classe politique d'être derrière « la corruption à la source de cette catastrophe écologique et sanitaire ».
Le militant Ayman Mroué a prononcé le mot du mouvement civil, appelant la classe politique, qu'il accuse d'avoir « échoué », à « partir ». Il a appelé « le peuple libanais à redescendre dans la rue ».
Les manifestants se sont ensuite rendus au domicile du Premier ministre Tammam Salam à Mousseitbé, où ils ont scandé des slogans hostiles à la gestion des déchets par le gouvernement. Ils ont terminé leur sit-in en appelant à un rassemblement jeudi, assurant que les détails seront annoncés ultérieurement.
Le matin, le collectif « Vous puez ! » a organisé une campagne de nettoyage du lit du fleuve de Beyrouth, aux abords duquel des tonnes de déchets se sont amoncelées. Les fortes pluies avaient causé la chute d'un grand volume d'ordures dans le fleuve. Les militants, portant masques et gants, ont tenté autant que possible de trier les matières recyclables et d'emballer les déchets dans des sacs, sachant que la tâche est énorme...
Il convient de noter que le ministre de la Santé, Waël Bou Faour, est entré en contact hier avec le ministre des Travaux Ghazi Zeaïter, le mohafez de Beyrouth, Ziad Chbib, et le président du conseil municipal de la capitale, Bilal Hamad, pour s'enquérir des mesures prévues suite aux premières pluies.
Ailleurs, dans les régions, les protestations se sont poursuivies tout le week-end. Samedi, un collectif né au Akkar contre l'établissement de la décharge de Srar a organisé une conférence à l'ordre des avocats de Tripoli pour affirmer que « le plan Chehayeb, dans la forme comme dans le fond, ne répond pas aux critères de la science, de l'écologie ou de l'économie, et ne s'élève pas au niveau d'un plan stratégique et durable ».
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À peine quelques averses, et voici le résultat...


Oui c'est ca foutez le camp.....messieurs
14 h 22, le 26 octobre 2015