Le Premier ministre saluant le chef de la garde d’honneur du Grand Sérail. Dalati et Nohra
L'intérêt occidental dans le maintien, contre vents et marées, d'un niveau de stabilité acceptable au Liban a finalement porté ses fruits. Sans cet intérêt, il paraît aujourd'hui évident que la délicate opération d'aplanissement progressif des obstacles qui entravaient depuis plus de dix mois la formation du nouveau gouvernement n'aurait pu être menée à bien.
Et il est tout aussi clair que ce processus, voulu par les puissances occidentales ayant une influence certaine sur la scène libanaise, essentiellement les États-Unis et la France, n'a guère été contrecarré par les deux acteurs qui se disputent actuellement le leadership régional, à savoir l'Iran et l'Arabie saoudite – la Turquie et l'Égypte connaissant une éclipse due notamment à leurs difficultés intérieures.
À cette heureuse conjonction, s'ajoute un troisième facteur, non négligeable : l'inquiétude que suscite chez tous les protagonistes « traditionnels » libanais, qu'ils soient du 14 ou du 8 Mars et dans toutes les communautés, l'impact nouveau et grandissant au Liban des groupuscules jihadistes et terroristes, liés ou pas à la nébuleuse d'el-Qaëda.
Tous ces éléments ont ainsi concouru à rendre possible la mise sur pied d'une équipe qui, en théorie, n'a devant elle qu'une centaine de jours pour tenter de remettre plus ou moins le pays sur les rails. Paradoxalement, la brièveté de cette durée de vie programmée, pour cause de fin du mandat présidentiel, offre en soi une chance de succès à ce gouvernement. Pourquoi ? Justement parce qu'il se doit de modérer ses ambitions et de s'en tenir à des objectifs limités, clairs et à portée de main, ce qui le dispense d'avoir à se doter d'une déclaration ministérielle verbeuse et par conséquent source de frictions et de conflits.
D'ores et déjà, les sources du Premier ministre Tammam Salam font savoir que le texte de la déclaration ministérielle devra être « réduit », dans une tentative visant à faire en sorte que les éléments de désaccord entre les diverses composantes du gouvernement soient d'emblée contournés et, si possible, passés sous silence.
(Lire aussi : La photo officielle du gouvernement Salam a été « photoshopée »)
Dans les milieux proches de Mousseitbé, on définit, en effet, la mission du gouvernement dans trois directions prioritaires et quasi exclusives : le rétablissement d'un minimum de sécurité, la tenue dans les délais de l'élection présidentielle et l'inversion de la tendance plongeante de l'économie. Trois objectifs à court terme qui n'ont nul besoin de littérature d'accompagnement diserte. Un quatrième objectif pourrait aussi être ajouté, en cas de bonne marche des affaires : l'adoption d'un projet de loi électorale en vue des législatives.
Le cabinet réussira-t-il à franchir le cap de la déclaration ministérielle ? C'est la question que l'on se pose aujourd'hui, sans pouvoir donner de réponse. Le Conseil des ministres doit se réunir aujourd'hui même à Baabda, pour la première fois, afin de désigner la commission ministérielle qui sera chargée de rédiger la déclaration. Présidée par le chef du gouvernement, cette commission devra, selon notre chroniqueur diplomatique Khalil Fleyhane, englober les ministres des Affaires étrangères, Gebran Bassil, de l'Intérieur, Nohad Machnouk, des Finances, Ali Hassan Khalil, des Télécoms, Boutros Harb, de la Justice, Achraf Rifi, et de la Culture, Rony Araïji.
À en croire certains ministres, résolument optimistes, les mêmes facteurs qui ont permis de venir à bout de la crise gouvernementale permettront tout aussi bien de franchir l'obstacle de la déclaration ministérielle. Mais il n'empêche que la composition même du gouvernement et les positions des protagonistes, toujours aussi éloignées les unes des autres sur les sujets essentiels, continuent de jouer en sens inverse.
Le nouveau ministre d'État en charge de la Réforme administrative, Nabil de Freige, a résumé en quelques mots la situation dans une déclaration à l'agence al-Markaziya : un retrait du 14 Mars du gouvernement serait tout à fait d'actualité au cas où le camp adverse s'obstinerait à intégrer le triptyque « armée-peuple-résistance » au texte de la déclaration ministérielle. Sauf qu'il a pris soin d'ajouter que « ce n'est pas le moment de parler de choses négatives ».
(Voir la composition du gouvernement Salam ici)
Dans les milieux centristes, on semble convaincu que le triptyque cher au Hezbollah serait d'une façon ou d'une autre relégué aux oubliettes, alors même que la déclaration de Baabda, qui fonde la neutralité du Liban face à la politique des axes et chapeaute le dogme de la distanciation à l'égard de la guerre en Syrie, figurerait en bonne place dans le document ministériel.
Comment cela serait-il possible à l'heure où le secrétaire général du Hezbollah annonce la poursuite de l'implication de ce dernier dans le conflit syrien ? La question mérite d'être posée. Mais, le cas échéant, le Hezb n'en serait pas à sa première contradiction. Déjà, sous le gouvernement Mikati, qui était à bien des égards celui du Hezbollah, la « distanciation » était au centre de la politique officielle de l'Exécutif. Cela a-t-il empêché le parti de Dieu de s'inscrire en faux par rapport à cette doctrine ?
Il reste à se demander comment se dérouleront les séances du Conseil des ministres au vu des grandes aspérités du nouveau gouvernement. Dans ce cadre, il convient de souligner que le « trio de choc » du 14 Mars placé à l'Intérieur (N. Machnouk), aux Télécoms (Harb) et à la Justice (Rifi), a de quoi alarmer la base populaire du 8 Mars, aussi bien que l'ancien directeur général de la Sûreté générale Jamil Sayyed et l'ex-ministre Wi'am Wahhab.
Sur ce point, il est clair que le 14 Mars signe un retour assez « musclé » et donc une victoire d'étape face au camp adverse. Mais, d'un autre point de vue, le tandem chiite, désireux d'associer tout le monde à la bataille contre ceux qu'il nomme les « takfiristes », avait intérêt à ce que le 14 Mars, et en particulier des faucons du Futur comme MM. Machnouk et Rifi, se retrouve aux avant-postes de la bataille sécuritaire et judiciaire qui s'est ouverte.
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Durant les « 100 jours »de ce gouvernement , le rétablissement d'un minimum de sécurité est le plus important et le plus urgent pour apaiser la peur des libanais toutes confessions confondues .
13 h 34, le 18 février 2014