Photo fournie par Château Musar
Musar – un nom qui résonne autant au Liban qu’à l’étranger. Un vin qui accompagne la mémoire collective, dont peu pourtant connaissent l’histoire. Il incarne à la fois la ténacité d’une terre et la passion d’une famille. Dans un pays où la vigne a survécu à toutes les épreuves, Château Musar s’est imposé comme le symbole d’une identité viticole singulière, faite de patience, de courage et de fidélité à un terroir d’exception.
Un terroir d’altitude façonné par les saisons
À 34° de latitude nord, plus au sud que l’Espagne ou l’Italie, les vignes de Musar s’élèvent à près de 1 000 mètres d’altitude. Cette combinaison rare d’un soleil généreux et de nuits fraîches confère au raisin une lente maturation, gage d’équilibre et de complexité. Les sols calcaires, pierreux et graveleux rappellent ceux des grands terroirs méditerranéens : austères en apparence, mais d’une richesse minérale qui nourrit la vigne sans jamais la contraindre.
Les hivers enneigés, les étés secs, les écarts de température spectaculaires forgent des raisins concentrés, expressifs, empreints d’une pureté presque alpine. Peu de traitements sont nécessaires dans cet environnement préservé : la vigne y prospère librement, suivant le rythme des saisons, fidèle à un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération.
La signature Hochar, un équilibre rare
La société a été fondée en 1930 par le grand-père de Gaston Hochar, Gaston Sr. À l’époque du mandat français, sa philosophie reposait sur une production haut de gamme. Il dirige l’entreprise jusqu’à la fin des années 1950, lorsque son fils aîné Serge, le père de Gaston, reprend le flambeau avec son frère Ronald. Serge perpétue la vision originelle – celle de mettre la qualité avant tout – tout en y ajoutant une exigence nouvelle : une production entièrement naturelle. « On laisse alors le vin fermenter avec les levures sauvages présentes naturellement sur la peau du raisin, qui fait tout le travail », raconte aujourd’hui Gaston Hochar. Cette manière de produire le vin perdure à Musar jusqu’à aujourd’hui, et c’est à la fin des années 1970 que Serge atteint la formule qui définira à jamais le style du Château. « Il a mené beaucoup de recherches, a étudié l’œnologie à Bordeaux et, en 1977, il finit par adopter le processus qui, selon lui, conférerait au vin une identité spécifique, unique, pleine de caractère. » C’est alors que se dessine l’empreinte Musar.
Cette identité repose sur un équilibre rare : des vins qui n’obéissent pas à la mode, mais au temps. Ils ne cherchent pas la perfection immédiate, mais la beauté du vieillissement. Chez Musar, on parle volontiers de vins qui continuent d’évoluer une fois mis en bouteille, révélant au fil des années des couches aromatiques inattendues, presque musicales.
Pendant les années 80 et la guerre civile, Serge Hochar participe à de nombreuses foires internationales. Lors de dégustations et de dîners, il réalise que les vins produits à la fin des années 1950 sont en réalité des vins de garde, d’une longévité exceptionnelle.
« Nos vins des années 1950 et 1960 peuvent encore être dégustés aujourd’hui, et leurs caractéristiques sont extraordinaires, qu’il s’agisse des rouges ou des blancs », précise Gaston Hochar. Cette qualité remarquable sera largement reconnue à travers le monde, lors des tournées de Serge, de la fin des années 1970 jusqu’à son décès en 2014.
« Aujourd’hui, nous, la troisième génération, poursuivons cette lignée. J’ai personnellement rejoint la société en 1994, mon cousin en 1999 et mon frère en 2010. Nous continuons à promouvoir le vin du Liban à travers le monde. Entre 80 et 85 % de notre production est exportée dans plus de 60 pays. Ce qui nous différencie des autres, c’est notre capacité unique à exprimer le passage du temps : le goût changeant du vin lorsqu’on l’ouvre, les différentes couches gustatives qui se révèlent au fil des heures. Rares sont les vins offrant une telle palette aromatique, où chaque minute apporte une découverte nouvelle. Ce sont tous ces éléments qui ont impressionné les professionnels à travers le monde », poursuit-il.
Le vin Musar fait écho à cette conversation entre la terre, le climat et la main de l’homme. Un vin capable de réunir dans un même verre la chaleur du Levant et la fraîcheur des montagnes, la sagesse du passé et l’énergie du présent.
Château Musar n’élabore pas simplement du vin : il prolonge une mémoire. Une mémoire enracinée dans la pierre et la lumière, dans le souffle des montagnes et la patience des hommes. Un vin qui parle à chacun – profondément, sincèrement – comme un dialogue entre la terre et le temps.


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