Le raid israélien à la frontière libano-syrienne, près de Janta dans la Békaa, n'a pas été sans susciter un certain embarras sur la scène politique et sécuritaire locale. Ses répercussions ont ainsi pesé sur le dialogue au sein de la commission ministérielle chargée de plancher sur la déclaration ministérielle, dans la mesure où l'opération menée par l'aviation israélienne a provoqué un raidissement des positions du tandem chiite Amal-Hezbollah, nettement perceptible dans la position exprimée hier par le président de la Chambre Nabih Berry lors de ses audiences du mercredi. Le leader d'Amal n'a-t-il pas affirmé qu'il s'attacherait à la mention du triptyque armée-peuple-résistance dans la déclaration ministérielle si le Hezbollah devait s'en désister, et ce en réponse aux revendications favorables à la mention de la déclaration de Baabda dans le texte ?
Si le Liban officiel a affiché une position plutôt floue, le Hezbollah, lui, s'est contenté de faire paraître un communiqué au terme de quarante-huit heures de silence, un texte jugé trouble et contradictoire par des sources du 14 Mars. Le texte reconnaît en effet l'existence d'un raid mené par l'aviation israélienne contre les positions du Hezbollah à la frontière libano-syrienne, sans toutefois préciser le lieu exact où l'attaque s'est produite, c'est-à-dire sans dire s'il a eu lieu en territoire libanais ou syrien. Le parti chiite a par ailleurs catégoriquement démenti tout ce qui a été rapporté dans certains médias concernant la prise pour cible de positions défensives ou de bases de missiles balistiques, ou encore au sujet de la mort de certains de ses combattants. Il considère enfin que l'agression vise le Liban et sa souveraineté territoriale et pas la résistance, appelant à une position claire de la part de toutes les parties à ce sujet.
D'aucuns auront été surpris, à juste titre, par l'absence de tout communiqué émanant de la direction de l'orientation de l'armée pour expliquer ce qui s'est produit à Janta. En fait, la zone où le raid a eu lieu reste vague, malgré l'inspection menée sur le terrain par une commission militaire pour déterminer cela, ce qui expliquerait l'absence de communiqué de la troupe. Le président de la République, Michel Sleiman, a aussitôt demandé au ministre des Affaires étrangères de collecter des données pour déposer, à la lumière des informations obtenues, une plainte devant le Conseil de sécurité de l'ONU contre cette atteinte à la résolution 1701.
Au sein du 14 Mars, on n'a pas caché sa stupéfaction face à cette absence totale de transparence officielle au sujet de l'incident. Mais quelle est donc la position du pouvoir concernant ce raid ? L'opinion publique est-elle appelée à prendre ce que dit le Hezbollah pour argent comptant, sachant que les communiqués du parti son dosés en fonction de considérations politiques qui ne prennent pas en compte la réalité des faits ? C'est pourquoi certaines parmi les forces politiques du 14 Mars continuent de réclamer à la direction de l'orientation de l'armée un communiqué établissant les faits, afin de mettre fin aux zones d'ombre. L'un des pôles de ce mouvement, un ancien député qui a requis l'anonymat, se demande ainsi s'il est encore possible d'accorder le moindre crédit à la version d'un parti illégal qui a retourné sa milice contre l'intérieur libanais le 7 mai 2008, avant de lancer ses fantassins à l'assaut du peuple syrien pour défendre un régime tyrannique, et qui continue de se considérer comme une « résistance ». Pour ce responsable, le parti chiite n'est qu'une légion au service des gardiens de la révolution iranienne, qui œuvre en fonction d'un agenda iranien régional et dont la fonction dépasse le cadre national libanais et la zone d'opérations de la « résistance » au Liban-Sud. Partant, le commandement de l'armée se doit de prendre position, du fait même que c'est à la troupe qu'incombe la responsabilité de protéger le pays.
De son côté, un responsable sécuritaire note qu'il est fort difficile d'accéder à la zone où le raid a eu lieu en raison de la nature accidentée du terrain et qu'il faudrait avoir recours à l'aviation pour inspecter le secteur en bonne et due forme, sans compter les équipements techniques et les radars nécessaires pour ce genre de mission et dont l'armée ne dispose pas.
L'irruption d'Israël dans les développements régionaux, notamment syriens, pousse un diplomate à mettre en garde contre un bouleversement dans les équilibres en place. Le 8 Mars estime en effet que le raid rend service aux rebelles syriens dans une tentative de modifier l'équilibre stratégique. Pour le 14 Mars, l'entrée en jeu d'Israël profite à l'axe syro-iranien, pour qui il représente une aubaine. Un député du 14 Mars souligne ainsi que le représentant du Hezbollah au sein de la commission ministérielle saura bien instrumentaliser cette agression pour arriver à ses fins et obtenir la mention dans la déclaration ministérielle du droit de la résistance à défendre le pays.
Il reste que pour certains observateurs, l'intervention israélienne ne fait que compliquer davantage la situation pour les puissances régionales et internationales. Aussi un ministre au sein du nouveau cabinet met-il l'accent sur la nécessité de décupler les efforts pour achever la rédaction de la déclaration ministérielle, afin de profiter du climat régional qui a permis la formation du gouvernement et de consolider le climat de concorde qui préside d'ailleurs dans les discussions au sein de la commission ministérielle. Israël pourrait en effet, selon lui, profiter de la moindre brèche pour venir jouer aux trouble-fêtes.
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LE TRY-TIQUES UNIT... LA TIQUE ISRAËLIENNE, LA TIQUE SYRIENNE ET LA TIQUE FAKIHIENNE... PAUVRES LIBANAIS ! IL VOUS FAUT BEAUCOUP DE D.D.T.!!!
18 h 02, le 28 février 2014