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Moyen Orient et Monde - Le Billet

Fermer les écoutilles

Photo AFP

Il fut un temps où elle suivait les informations, l'actualité. Comme tout le monde. Elle feuilletait le quotidien qui lui tombait sous la main, regardait le journal télévisé quand le dîner coïncidait. Il faut bien se tenir informé. Il fut un temps où elle suivait les informations, l'actualité. Pas régulièrement, pas de manière acharnée. Peut-être un peu plus à l'université, où il aurait été compliqué de paraître totalement déconnectée de la marche du monde.

Mais à l'époque, déjà, elle restait un peu à la marge du monde. Se concentrait sur la périphérie, les mondes parallèles, les connexions qui ne font pas la une des journaux, les esprits, les flux, l'énergie. Aux arcanes de la géopolitique, elle a toujours préféré les articulations métaphysiques.

Un jour, le monde que sert la petite lucarne à 20h, ce monde prédigéré et recraché à l'heure du repas, le monde qui s'imprime sur les unes, en grosses lettres sous de grandes photos comme un pavé dans la face, ce monde elle a décidé de l'ignorer, de le quitter. Fermeture des écoutilles.

Quelle goutte a fait déborder son vase ? L'attentat de trop ? Le drame de trop ? Le fait divers sordide de trop ? La femme battue de trop ? Le manifestant fauché sur une barricade de trop ? Le chômeur de trop ? Le jeune sans avenir de trop ? Le massacre de trop ?
Un jour, l'angoisse fut trop forte, le dégoût trop violent. Trop de haine, trop de sang, trop de peur, de manipulations, de populisme, de raccourcis, d'extrêmes.
Trop de pollution pour son système, trop d'angoisse pour son cœur.

Elle a fui le monde, s'est réfugiée dans une bulle. Elle ne lit pas de quotidiens, n'écoute plus la radio, pas aux heures des bulletins en tout cas, ne regarde jamais le journal télévisé. La colère du monde reste à ses frontières.

Elle lit toujours des livres qui racontent d'autres histoires, celles d'un monde qui a rarement les honneurs de la une. Elle ne regarde plus la télévision. Un film, de temps à autre, pourvu qu'il ne lui rappelle pas ce qu'elle veut ignorer. La radio accompagne parfois ses trajets en voiture, moins depuis qu'elle a enregistré le bruit de la pluie sur une clé USB.

Son isolationnisme, on le lui a reproché. On le lui a aussi envié.

Parfois, rarement, elle entrouvre la frontière. Quand elle sent que le monde tourne trop vite, elle s'enquiert, timidement, de la situation.
Que lui répondre ? Comment lui répondre ? Comment dire le bruit et la fureur sans semer le chaos ? Tout doucement, lui dire que ça ne va pas très bien. Pas de détail, jamais de bilans. Mais elle n'est pas idiote, elle a vu le monde, elle sait les non-dits. Son regard se voile. On en a déjà trop dit.

 

Il fut un temps où elle suivait les informations, l'actualité. Comme tout le monde. Elle feuilletait le quotidien qui lui tombait sous la main, regardait le journal télévisé quand le dîner coïncidait. Il faut bien se tenir informé. Il fut un temps où elle suivait les informations, l'actualité. Pas régulièrement, pas de manière acharnée. Peut-être un peu plus à l'université, où il aurait été compliqué de paraître totalement déconnectée de la marche du monde.
Mais à l'époque, déjà, elle restait un peu à la marge du monde. Se concentrait sur la périphérie, les mondes parallèles, les connexions qui ne font pas la une des journaux, les esprits, les flux, l'énergie. Aux arcanes de la géopolitique, elle a toujours préféré les articulations métaphysiques.
Un jour, le monde que sert la petite lucarne à...
commentaires (1)

Difficile dans ce pays de se forcer à ne pas entendre, refuser de savoir que le pays glisse vers le chemin de l 'enfer en restant bras croisés.

Sabbagha Antoine

14 h 20, le 21 février 2014

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Commentaires (1)

  • Difficile dans ce pays de se forcer à ne pas entendre, refuser de savoir que le pays glisse vers le chemin de l 'enfer en restant bras croisés.

    Sabbagha Antoine

    14 h 20, le 21 février 2014

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