Le Maïdan, la place de l’Indépendance dans le centre de Kiev, était hier soir à feu et à sang... David Mdzinarishvili / Reuters
La police ukrainienne a lancé hier dans la nuit l'assaut contre les milliers de manifestants hostiles au président Viktor Ianoukovitch rassemblés sur le Maïdan, la place de l'Indépendance dans le centre de Kiev. Précédés de trois véhicules blindés équipés de canons à eau, plusieurs centaines de Berkout, les redoutables policiers antiémeute, ont commencé à progresser vers la place du Maïdan, dépassant plusieurs barricades dressées en vain pour les arrêter.
Équipés de porte-voix, les policiers avaient auparavant demandé aux femmes et aux enfants de quitter les lieux, évoquant le lancement d'une « opération antiterroriste ». Des policiers équipés de fusils d'assaut Kalachnikov étaient stationnés en seconde ligne. Les policiers ont utilisé des grenades lacrymogènes et assourdissantes, ainsi que des canons à eau, pour faire reculer les manifestants en première ligne, qui ripostaient à l'aide de pavés et de cocktails Molotov. Derrière eux, plusieurs milliers de manifestants entonnaient l'hymne national ukrainien. Plusieurs tentes installées sur le Maïdan ont brûlé.
Cet assaut survient après une journée d'affrontements, les plus meurtriers depuis le début de la contestation. Les violences ont ainsi fait hier au moins quatorze morts, huit civils et six policiers. À l'expiration de l'ultimatum fixé par les autorités pour mettre fin aux violences, les principaux responsables de l'opposition ont mis en garde la foule rassemblée sur le Maïdan. « Ne tirez pas sur les Ukrainiens », proclamait l'un des orateurs à l'intention des policiers, tandis qu'un des dirigeants de l'opposition, l'ancien champion de boxe Vitali Klitschko, a appelé les femmes et les enfants à évacuer la place.
De son côté, le procureur général Viktor Pchonka a promis « les peines les plus sévères » pour les responsables des violences « et ceux qui en sont les instigateurs ». Les autorités ont aussi annoncé que le trafic routier en direction de Kiev serait « limité » à partir de minuit, afin d'éviter « l'escalade des violences et de nouvelles victimes ». Des manifestants de villes de province et notamment de Lviv, bastion de la contestation, avaient annoncé leur volonté de se rendre à Kiev.
Condamnations unanimes
La Russie a aussitôt condamné ce regain de violences, qu'elle a attribué à la politique des Occidentaux, « qui ferment les yeux sur les actes agressifs des forces radicales en Ukraine ». De son côté, Washington s'est dit « consterné » et a appelé le président Ianoukovitch à « mettre fin aux affrontements » et à renouer le dialogue avec l'opposition. La chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton, a exhorté Kiev « à s'attaquer aux racines de la crise », alors que Berlin menaçait l'Ukraine d'éventuelles sanctions de l'UE. Pour sa part, le Premier ministre polonais Donald Tusk a réitéré son offre d'aide pour trouver un compromis, afin d'éviter « une guerre civile à petite ou grande échelle ». Paris a dénoncé « un usage indiscriminé de la force », appelant l'ensemble des parties à (...) reprendre immédiatement le chemin du dialogue. Un appel semblable a été lancé par le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen. À New York, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a appelé le gouvernement et les opposants à faire preuve de retenue et « à reprendre un dialogue véritable » afin d'éviter « de nouvelles violences ».
Pour mémoire
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Équipés de porte-voix, les policiers avaient auparavant demandé aux femmes et aux enfants de quitter les lieux, évoquant le lancement d'une « opération antiterroriste ». Des policiers équipés de fusils d'assaut Kalachnikov étaient stationnés en seconde ligne. Les policiers ont utilisé des grenades lacrymogènes et assourdissantes, ainsi que des canons...

