« Le Petit Poucet », illustré par Gustave Doré.
Il était une fois un politicien qui s'appelait Jean-François Copé. Il présidait un parti baptisé UMP. Jean-François Copé avait quatre enfants, de deux mariages différents.
On s'étonnera que M. Copé ait découvert Tous à poil en février 2014, un livre pour enfants pourtant publié en 2011, mais c'est qu'une échéance électorale se profilait à l'horizon. Il était dans l'opposition, et cette situation l'incommodait beaucoup, parce qu'il préférait être au pouvoir. Ce qui le chagrinait encore, c'est que son propos portait beaucoup moins quand il ne surfait pas sur les vagues populistes du moment.
Un matin qu'un micro lui était tendu, il brandit Tous à poil, un livre où sont dessinés une série de personnages se déshabillant pour aller se baigner. « Tous à poil ! Je vous le recommande, c'est très intéressant. Il n'y a pas beaucoup de texte. "À poil le bébé, À poil la baby-sitter, À poil les voisins", je tourne les pages, "À poil la mamie, À poil le chien, À poil la maîtresse", vous voyez c'est bien pour l'autorité des professeurs... Quand j'ai vu ça, mon sang n'a fait qu'un tour », dit-il avant d'ajouter : « Ce livre vient du centre de documentation pédagogique » et « fait partie de la liste des livres recommandés aux enseignants pour faire la classe aux enfants de primaire. »
Or Jean-François avait menti. À grand renfort d'effets de style, il venait de perdre les auditeurs dans une forêt malfamée. Car en vérité, Tous à poil avait été, originellement, recommandé par une association encourageant la lecture chez les jeunes dans la Drôme et l'Ardèche. Et s'il est mentionné dans une liste indicative parmi d'autres sur le site des « ABCD de l'égalité » qui rassemble des outils pour aider les enseignants à aborder l'égalité entre les sexes, Tous à poil n'est pas recommandé officiellement, et aucun enseignant n'est tenu de s'en servir.
Dans la majorité, en mal de projets, de légitimité et de continuité dans la pensée, on saisit immédiatement l'opportunité pour accuser Copé d'avoir déliré et de s'être ridiculisé.
Mais personne ne se demanda pourquoi Jean-François avait été tellement indisposé par Tous à poil.
Ce que personne ne savait, c'est que dormait en Jean-François Copé un petit enfant traumatisé. Alors qu'il n'avait pas 10 ans, sa grand-tante, une vieille fille sadique dotée d'un poireau sur le nez, lui avait lu, un soir d'automne, un conte de Charles Perrault dont elle raffolait. Jean-François n'avait jamais oublié. Dans son lit, sous une couverture orange remontée jusque sous le nez, il guettait d'un œil sa tante toute à son récit, et de l'autre les ombres qui s'allongeaient sur les fusées du papier peint.
Pendant des semaines, il avait espionné ses parents, redoutant qu'ils parlent d'argent.
Si un jour ils n'avaient plus de quoi le nourrir, l'abandonneraient-ils au bois tandis qu'il s'amuserait à fagoter ? Et une fois perdu au cœur de la forêt, risquerait-il de tomber sur un ogre qui mange les petits enfants ? Un ogre qui n'aimerait pas tant les moutons encore tout sanglants, que la chair fraîche. Un ogre qui aurait enfanté sept petites ogresses ayant toutes le teint fort beau, parce qu'elles mangeaient de la chair fraîche, comme leur père. Des ogresses dotées de petits yeux gris et tout ronds, d'un nez crochu, et d'une fort grande bouche, avec de longues dents fort aiguës et fort éloignées l'une de l'autre. Des ogresses qui mordraient déjà les petits enfants pour en sucer le sang.
Et serait-il contraint d'échanger son bonnet de nuit avec la couronne d'or d'une fillette, afin que le papa égorge les petites ogresses et non lui ? Sept petites filles égorgées et nageant dans leur sang que leur mère découvrirait le lendemain matin.
À cinquante ans, il lui arrivait encore d'en cauchemarder.
(Ceci est un billet, ce texte est donc le produit de l'imagination de l'auteur)
On s'étonnera que M. Copé ait découvert Tous à poil en février 2014, un livre pour enfants pourtant publié en 2011, mais c'est qu'une échéance électorale se profilait à l'horizon. Il était dans l'opposition, et cette situation l'incommodait beaucoup, parce qu'il préférait être au pouvoir. Ce qui le chagrinait encore, c'est que son propos portait beaucoup moins quand il ne surfait pas sur les vagues populistes du moment.
Un matin qu'un micro lui était tendu, il brandit Tous à poil, un livre où sont dessinés une série de personnages se déshabillant pour aller se baigner. « Tous à poil ! Je vous le recommande, c'est très intéressant....


PEUT-ÊTRE LE COPÉ S'ÉTAIT... QUELQUE PART... FAIT COUPER ? ET IL N'EN AVAIT PLUS... POUR LA POUPÉE ?
22 h 19, le 14 février 2014