De nombreux résidents de Mansoura ont accusé les Frères musulmans qu’ils ont qualifiée d’« organisation terroriste », d’être à l’origine de l’attaque à la voiture piégée qui a fait 14 morts et une centaine de blessés.Mahmoud Khaled/AFP
Treize personnes ont péri hier dans un attentat contre la police, l'un des plus sanglants en Égypte depuis la destitution du président islamiste Mohammad Morsi.
Dans la nuit, un camion chargé de plusieurs dizaines de kilogrammes d'explosifs, selon le ministère de l'Intérieur, a explosé devant un bâtiment de la police dans la ville de Mansoura, chef-lieu de la province de Daqahleya, tuant 13 personnes, dont 12 policiers, et en blessant plus d'une centaine d'autres, selon des sources médicales locales. Sur son lit d'hôpital, Mostafa Hadi, un policier blessé, a raconté avoir « entendu une énorme explosion » puis, a-t-il dit, « j'ai été projeté en l'air et j'ai perdu conscience ». Un immeuble voisin s'est écroulé, des façades ont été soufflées et un blindé de la police a été littéralement écrasé par l'explosion, selon un journaliste de l'AFP.
De nombreux résidents, excédés, s'en prenaient aux Frères musulmans, la confrérie dont est issu
M. Morsi. « C'est une organisation terroriste internationale, ils sont responsables de ce qui s'est passé », a lancé Hamada Arafat, accusant la confrérie d'« adopter les tactiques d'el-Qaëda ». Peu après l'attentat, un conseiller du Premier ministre Hazem Beblawi affirmait d'ailleurs à l'agence officielle MENA que le chef du gouvernement avait qualifié les Frères musulmans d'« organisation terroriste ». Cette déclaration, à forte portée politique à trois semaines d'un référendum constitutionnel que la confrérie a appelé à boycotter, ne devrait toutefois pas entraîner de conséquences dans l'immédiat pour le mouvement islamiste, déjà suspendu par la justice.
Toutefois, MENA a ensuite publié des déclarations de M. Beblawi lui-même, dans lesquelles il n'accuse plus la confrérie directement. Il y réaffirme que « le terrorisme ne parviendra pas à entraver » la transition promise par les autorités dirigées de facto par les militaires qui doit se terminer avec la tenue d'élections législatives et présidentielle mi-2014. Depuis Mansoura, le ministre de l'Intérieur Mohammad Ibrahim a estimé que l'attentat était « une tentative de terroriser les Égyptiens à cause du référendum ». Mais, a-t-il promis, « il y a un plan pour sécuriser (le scrutin) et cela n'aura aucun impact sur le référendum » prévu les 14 et 15 janvier.
« Plus sophistiquée... »
Les autorités accusent régulièrement la confrérie, qui a remporté toutes les élections organisées depuis la révolte ayant chassé Hosni Moubarak du pouvoir en février 2011, d'aider et de financer les auteurs des attaques contre les forces de l'ordre, quasi quotidiennes depuis le début de l'été. « Il n'y a rien de surprenant à ce que Beblawi, le Premier ministre-marionnette de la junte militaire, décide d'exploiter le sang des Égyptiens innocents avec des déclarations incendiaires destinées à créer plus de violence, de chaos et d'instabilité », ont rétorqué dans un communiqué les Frères musulmans, condamnant « dans les termes les plus forts » cet attentat.
« Cette attaque est plus sophistiquée que les précédentes. Cela pourrait être un signe annonciateur de ce qui va suivre (...) la contestation dans le Sinaï est renforcée et s'étend au-delà » de la péninsule, a estimé Shadi Hamid, directeur de recherche au Brookings Doha Center. Depuis début juillet, des attaques visant la police et l'armée se sont multipliées dans le pays, tuant plus d'une centaine de soldats et de policiers, en majorité dans la péninsule désertique du Nord-Sinaï, une région majoritairement peuplée de Bédouins aux rapports tendus avec les autorités de longue date. Des groupes jihadistes, dont certains liés à el-Qaëda, revendiquent régulièrement ces attentats.
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