Il y a ceux qui se disent scandalisés. Quoi ? Placer en garde à vue un ancien président de la République ? Inimaginable pour les citoyens des républiques bananières, plus nombreuses celles-là qu'on ne croit. Et puis il y a ceux, heureusement qu'ils sont légion, qui rappellent le vieil adage latin : nemo est supraleges (nul n'est au-dessus des lois), « pour souligner que Nicolas Sarkozy est redevenu un justiciable comme un autre ».
Soit, mais sans aller jusqu'à parler, comme certains, d'acharnement politico-juridique, il existe tout de même des sujets d'étonnement, la mise sur écoute dès le 3 septembre 2013 des téléphones de l'ancien chef d'État, dont le portable enregistré sous le pseudonyme de « Paul Bizmuth » n'étant pas le moindre, sur lesquels certains ont tenté de jeter le voile de la discrétion, aidés en cela, l'espace d'un court instant, par Christiane Taubira et son incroyable mensonge. Il reste que le poisson ramené dans leurs filets par les juges financiers Serge Tournaire et René Grouman est de taille, que le traitement de l'affaire n'a pas son équivalent dans les annales de la Ve République, enfin qu'en politique plus encore que dans d'autres domaines, deux adverbes sont à proscrire du vocabulaire : toujours et jamais. En d'autres termes, la baudruche pourrait éclater un jour proche ou lointain qu'il ne faudrait pas s'étonner outre mesure car ce diable d'homme (c'est en Satan que le croquent les dessinateurs du Canard enchaîné) n'est jamais aussi bon que lorsqu'il est dans les cordes, tout comme un certain Jacques Chirac d'ailleurs, auquel il déteste être comparé.
Ce qui est bien vite devenu une affaire d'État serait plutôt des tas d'affaires qui se superposent mais sans aller jusqu'à s'emboîter pour former un puzzle. Pour peu que l'on ne soit pas malade de la mémoire, les cas d'emplois fictifs pullulaient dans un passé récent et aussi les manipulations, les détournements – et pas seulement des règles –, les arrangements entre amis ou même entre adversaires politiques. À côté d'un Bérégovoy stoïque jusqu'à sa fin tragique face aux « chiens » qui en voulaient à son honneur, disait à l'époque François Mitterrand, il ne faudrait pas oublier, un cas parmi tant d'autres, le scandale de l'étrange Bernard Tapie, d'abord ministre puis que l'on retrouve au centre d'une prétendue magouille dont on avait accusé le même Nicolas Sarkozy et sa ministre des Finances de l'époque, Christine Lagarde.
Établir un rapport entre le présent maelström judiciaire et la guerre acharnée déclenchée par le prédécesseur de François Hollande, qui voulait supprimer la fonction de magistrat instructeur, serait abusif, les « petits pois » ne pouvant se permettre de faire fi d'une manière aussi cavalière des multiples barrages mis en place pour justement normaliser le cours de la justice. D'un autre côté, ignorer qu'il y a du politique aussi dans cette chasse au scandale relève d'une forme de tartufferie, il est vrai courante dans le landernau moderne. Le personnage principal de la pièce qui se joue sous nos yeux pourrait, mutatis mutandi, reprendre à son compte la phrase prononcée par Dominique de Villepin au plus fort de l'affaire Clearstream, un certain 21 septembre 2009, alors qu'il était sur le point d'affronter ses juges : « Je suis ici par la volonté d'un homme, par l'acharnement d'un homme, Nicolas Sarkozy... »
Au sein de l'UMP et du gouvernement on multiplie les appels à la nécessité de tenir compte de la présomption d'innocence et de faire toute la lumière, le plus vite possible, sur des dossiers, Bettencourt, Kadhafi, Bygmalion, etc., qui menacent d'empoisonner la vie politique. Il n'en reste pas moins que, dans leur hâte à voir le rideau tomber sur la scène finale, les uns et les autres cherchent à donner l'impression que « la pièce est jouée ». Cela plairait tant à ceux qui lorgnent la place du vizir. Serait-ce faire preuve d'indécence que de dire que Nicolas Sarkozy gênait son monde ? Lui dans la course en 2017, le Parti socialiste était assuré de ramasser la gamelle dans la prochaine élection (facile à prévoir pour peu que l'on veuille tenir compte des sondages depuis 2012). Lui sur la touche et c'est, lors du second tour, l'union sacrée, comme en 2002, contre le Front national, quand Jacques Chirac l'emportait avec 82,1 pour cent des voix, un record, contre 17,9 pour cent à Jean-Marie Le Pen.
La justice se positionnant en arbitre, voire en acteur de la vie politique : voilà qui est pour le moins inédit. Souhaitable ? C'est une autre affaire – encore une...
Moyen Orient et Monde - Le Point
Les Bygmillions, comme un boomerang
OLJ / Par Christian Merville, le 03 juillet 2014 à 00h00


Bahreïn soutient Joseph Aoun et rejette toute ingérence étrangère au Liban
"Lui dans la course en 2017, le Parti socialiste était assuré de ramasser la gamelle dans la prochaine élection (facile à prévoir pour peu que l'on veuille tenir compte des sondages depuis 2012)." ! En êtes vous si sûr ? Alors que les premiers qui ne voteront plus jamais pour lui, sont bien ces mêmes électeurs du Front National, sans oublier ceux du Centre surtout !
11 h 29, le 03 juillet 2014