À Simféropol, capitale de la Crimée, plusieurs dizaines d'hommes armés s'étaient emparés du siège du Parlement et du gouvernement locaux, sur lesquels ils ont hissé le drapeau russe. Viktor Drachev/AFP
Le Parlement ukrainien a désigné hier à l'unanimité le pro-européen Arseni Iatseniouk comme Premier ministre du gouvernement de transition. Le leader a ainsi pris les rênes d'une Ukraine au bord du gouffre et a lancé devant les députés « l'Ukraine voit son avenir en Europe, en tant que membre de l'Union européenne ». À 39 ans, cet ancien ministre de l'Économie et des Affaires étrangères va diriger le gouvernement d'union nationale jusqu'à l'élection présidentielle anticipée prévue le 25 mai, à laquelle il a déclaré ne pas être candidat.
M. Iatseniouk n'a pas fait mystère de la gravité de la situation dans laquelle se trouve le pays sur tous les fronts. « L'intégrité territoriale est menacée, on assiste à des manifestations de séparatisme en Crimée. » Sur le plan économique, « les comptes publics sont vides, tout a été volé. Je ne promets pas d'amélioration, ni aujourd'hui ni demain. Notre objectif principal est de stabiliser la situation ». Selon lui, la dette publique s'élève à 75 milliards de dollars maintenant, soit le double de son niveau de « 2010, quand Ianoukovitch est arrivé au pouvoir ». « Les réserves d'or et de devises s'élèvent à 15 milliards de dollars, contre 37 il y a trois ans », a-t-il dit. « Nous n'avons pas d'autre solution que de prendre des mesures impopulaires », a-t-il lancé. Le Fonds monétaire international (FMI) a reçu hier une demande d'aide officielle de l'Ukraine et est « prêt à y répondre », a indiqué sa directrice générale Christine Lagarde. L'Ukraine avait auparavant indiqué avoir besoin d'une aide de 35 milliards de dollars dans les deux années à venir.
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« Le plan de Moscou »
Les événements se sont aussi accélérés dans la République autonome de Crimée, péninsule russophone du sud de l'Ukraine, provoquant une vive inquiétude chez les Occidentaux. À Simféropol, capitale de la Crimée, le Parlement local, contrôlé par un commando prorusse depuis le début de la journée, a voté hier la tenue le 25 mai d'un référendum pour plus d'autonomie. Il a également limogé le gouvernement local à l'issue d'un vote à huis clos, dont la presse a été tenue à l'écart. Tôt hier, plusieurs dizaines d'hommes armés s'étaient emparés du siège du Parlement et du gouvernement locaux, sur lesquels ils ont hissé le drapeau russe. L'action du groupe armé a été qualifiée de « dangereuse et irresponsable » par le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen. Il s'est déclaré « extrêmement inquiet des évolutions les plus récentes en Crimée » et a exhorté la Russie à éviter « toute action pouvant provoquer une escalade » dans la crise ukrainienne. Le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a lui aussi déclaré « attendre de la Russie qu'elle soit transparente à propos de ses actions et (l'exhorter) à ne pas faire de pas qui pourraient être mal interprétés ou mener à des erreurs ».
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Pour Refat Tchoubarov, président du Medjlis, l'assemblée représentant les Tatars de Crimée, « le plan actuellement mis en œuvre en Crimée, c'est le plan de Moscou ».
Le ministre ukrainien de l'Intérieur par intérim, Arsen Avakov, a annoncé la mise en alerte de l'ensemble de la police et des forces spéciales afin d'éviter « un bain de sang parmi la population civile » et « l'évolution de la situation en affrontements armés ».
Au Parlement, le président par intérim Olexandre Tourtchinov a mis en garde Moscou contre la tentation de faire intervenir sa flotte, basée dans le port de Sébastopol. « Tout mouvement de troupe armé sera considéré comme une agression militaire », a-t-il déclaré. La Russie a répliqué hier qu'elle respectait les accords signés avec l'Ukraine.
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