Des Saoudiennes passent rapidement, sans s’arrêter, devant une vitrine de chocolatier ornée, malgré l’interdiction faite par la police religieuse, de roses rouges. Fayez Nureldine/AFP
Les fleuristes cachent les roses rouges dans leur arrière-boutique, les chocolats en forme de cœur se vendent sous le manteau : malgré l'interdiction de la police religieuse, de jeunes Saoudiens sont déterminés à fêter la Saint-Valentin.
Dans sa vitrine, Hussein, un fleuriste d'un quartier de Riyad, a mis des bouquets de roses blanches, des iris oranges, des hortensias violets. « J'ai caché tout ce qui est de couleur rouge, et lorsqu'une patrouille de la police religieuse est venue, elle n'a rien trouvé à redire », dit-il. Hussein montre les roses rouges qui s'entassent dans son arrière-boutique. « J'ai vendu au moins 350 roses rouges, à vingt riyals l'unité (5,5 dollars) », dit-il. « Beaucoup de femmes nous appellent au téléphone pour commander des roses, de peur de la police religieuse », ajoute le jeune homme.
Une « luxure »...
Les patrouilles de la redoutable police religieuse, chargée de veiller au respect de la morale islamique, ont commencé mercredi. Ses hommes sont entrés méthodiquement chez les fleuristes, les confiseries et vendeurs de souvenirs, pour les mettre en garde contre la vente de tout article de couleur rouge ou en forme de cœur, lié à « une célébration commémorée par les infidèles ». L'un des prédicateurs les plus populaires, Mohammad al-Oreifi, qui revendique des centaines de milliers d'abonnés sur Twitter, a écrit sur son compte que ceux qui fêtent la Saint-Valentin « veulent imiter les infidèles » et a dénoncé « cette luxure ».
Kumar, un autre fleuriste, a pris peur après le passage des hommes de la Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice (police religieuse). Il montre dans son arrière-boutique les bouquets rouges : « Nous allons les vendre à un magasin de chocolats », dit-il.
Les chocolatiers se sont eux aussi abstenus de mettre dans leur vitrine des chocolats rouges ou en forme de cœur. « Nous en avons, mais la police religieuse est passée et nous a mis en garde. Nous les avons retirés, nous ne voulons pas de problèmes », dit en souriant le propriétaire d'un magasin qui ne veut pas donner son nom. Mais il n'hésite pas à vendre discrètement les chocolats de circonstance qu'il a cachés. Un employé égyptien d'un autre magasin situé dans un centre commercial indique que « la police religieuse nous a forcés à retirer les chocolats en forme de cœur ou enveloppés de papier rouge ». « Pourquoi les interdisent-ils ? Ce n'est que du chocolat ! » s'emporte un client, mais un vieux Saoudien lui jette un regard noir.
À Djeddah, ville portuaire plus libérale située dans l'ouest du royaume, certains fleuristes ont cependant ouvertement vendu des roses rouges cette année. « La police religieuse n'est pas venue. Et nous ne faisons d'ailleurs rien de mal », dit Abou Zakaria, un fleuriste d'un quartier nord de la ville.
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