Tout d'abord un mot d'introduction pour présenter l'auteure de The Literature of the Lebanese Diaspora. Jumana Bayeh est conférencière et enseignante supérieure dans plus d'une université – Macquarie (Australie), Edimburg, Copenhague et LAU –, spécialisée en histoire moderne, politiques et relations internationales.
Oui, la littérature peut beaucoup. C'est Sartre qui le dit et le clame. La littérature est action, vie, solidarité, témoignage, rêve, refuge, dénonciation. Et une littérature venue d'une patrie quittée (avec rancœur ou loin de toute gaieté de cœur!) est toujours une sonde, un baromètre, une aune de mesure pour un pays, pour des citoyens.
C'est dans cette optique positive que l'on aborde cet essai, plus universitaire et intellectuellement rigoureux qu'un simple roman de fiction ou un poème au lyrisme pompeux.
Une plume analytique et une pensée investigatrice parmi les nombreux écrits (surtout romans et essais laissant de côté théâtre, poésie et même films, probablement objet de questionnement et d'exploration pour un opus ultérieur) qui ont vu le jour à l'étranger, de la part des Libanais émigrés. Bien entendu, l'émigration libanaise n'est pas un phénomène nouveau et date depuis des générations.
Mais ce qu'il y a de neuf dans l'entreprise de Jumana Bayeh – loin de s'entretenir d'une certaine «Nahda» ou des écrits de Gibran à New York et des cercles d'intellectuels libanais en exil, quoique effleurés, mais plus proche du cratère qui a secoué ce pays d'encens, de miel (et de fiel!) et d'alphabet qui a étonné le monde –, c'est de cerner l'époque.
Il s'agit de cette période de guerre et post-guerre, d'une charnière tourmentée et houleuse, qui va de 1975 à 1990. Et les Libanais fuyant obus et malheur ont eu à dire leur mot, crier leur désarroi, tenter de comprendre leur identité, témoigner de l'injustice qui leur a été faite, s'accrocher ferme à l'espoir. Et, malgré blessures et plaies, refaire surface. Comme toujours. L'écriture est un des moyens les plus utilisés pour clarifier situation et vie.
Explorant les relations complexes entre les lieux, les déplacements et la notion de propriété, usant des expériences vécues des migrants des rives côtières et du Liban profond, l'essayiste – en combinant histoire, politique du Moyen-Orient et sociologie – jette les assises d'une réflexion pour trouver les po(i)nts communs du verbe de ces écrivains qui veulent garder l'essence de leur pays tout en s'intégrant déjà dans les milieux où ils ont jeté l'(e)ancre !
Si la littérature arabe de la diaspora libanaise ainsi que celle francophone (seul Amin Maalouf avec Les Échelles du Levant est cité, considéré à juste titre comme un géant de la littérature car ses livres sont aussi bien lus par des francophones que des anglophones) sont absentes de ces pages, c'est que la priorité est donnée à la langue anglophone. Afin de toucher surtout le lectorat des pays de l'Occident. «Pour ce qui est de l'analyse des œuvres en français ou en arabe, dit Jumana Bayeh dans une réponse courrier électronique, l'approche doit être différente.»
En poursuivant une correspondance par e-mails interposés, l'auteure a ces propos concernant les écrivains qui ont ses préférences – ou sont même les plus représentatifs – dans cette optique d'investigation littéraire: «C'est une question bien difficile, écrit-elle. On serait bien tenté de dire, par exemple, Khalil Gibran car son œuvre est si reconnue qu'il demeure comme la figure-clef pour l'émigration. Mais pour les écrivains contemporains, c'est Amin Maalouf qui est l'auteur majeur tout en notant que son audience est bien plus grande en territoire francophone qu'en frontière anglophone. Il y a aussi Rabih Alammeddine qui continue à faire des œuvres étonnantes, ainsi que Rawi Hage qui écrit en anglais (son premier livre a obtenu le prix de l'Impac) quoiqu'il vive au Canada (Montréal) français! En Australie, il y a Loubna Haikal, auteure du retentissant Seducing Mr Maclean, qui a écrit là un livre qui capte l'essence d'être libanaise (chrétienne) et australienne. Je ne sais pas si ce sont les plus représentatifs, mais pour moi ces écrivains sont merveilleux et disent
beaucoup...»
Un ouvrage majeur pour recenser les lieux et les états d'esprit depuis qu'en 1975 un bus, criblé de balles, a totalement fait basculer la vie des Libanais.
« The Literature of the Lebanese Diaspora » de Jumana Bayeh (édition I. B. Tauris, 277 pages) est en vente à la librairie al-Bourj.

