L’attentat-kamikaze de Nabi Osman a fait quatre tués. Photo al-Manar
Avec l'attentat-suicide à Nabi Osman, le reflux de combattants jihadistes de Yabroud vers Ersal et les flambées homicides de Tripoli, c'est bien entendu la question de la sécurité qui occupe presque tout le champ de l'actualité, en ce début de semaine, sans que la question du vote de confiance ne soit totalement éclipsée, puisqu'il y va de la nature du gouvernement qui doit assurer la transition d'un mandat présidentiel à l'autre.
Avant même l'attentat de Nabi Osman, la gravité de la situation sécuritaire a été jugée telle que le chef du gouvernement, Tammam Salam, et le commandant de l'armée, le général Jean Kahwagi, ont décidé de réunir aujourd'hui le Conseil central de sécurité. Objectif : empêcher la situation de dégénérer, aussi bien dans l'Est libanais, avec l'afflux de combattants jihadistes, que dans le chef-lieu du Liban-Nord.
L'urgence est d'autant plus justifiée que l'attentat-suicide a été directement lié, dans un communiqué du Front al-Nosra, à la déroute de Yabroud et se promet de transformer l'intérieur du Liban en un autre enfer.
Par ailleurs, l'invitation à la vigilance est d'autant plus nécessaire que la bataille de Yabroud n'est pas tout à fait terminée et que le reflux des combattants vers Ersal pourrait encore s'accentuer. Ce reflux, pensent les stratèges, est de nature à transformer cette ville en un véritable sanctuaire pour les groupes jihadistes, ce qui, tôt ou tard, pourrait conduire à une situation analogue à celle qui s'était créée à Abra, près de Saïda, et qui n'a finalement été réglée que par la force.
Notons au passage que l'attentat de Nabi Osman a été revendiqué par un autre groupuscule, Les sunnites libres à Baalbeck, ce qui laisse penser qu'il existe une rivalité interne entre les groupes jihadistes. Comme de juste, le Front al-Nosra a accusé hier le groupuscule de Baalbeck d'être noyauté par les services de renseignements. C'est dire.
À Tripoli
À Tripoli, la situation est différente, mais tout aussi critique. Les combattants qui y sévissent, de part et d'autre, prennent prétexte de l'inaction de l'État pour justifier chacun ses propres excès. Mais il est évident qu'à Tripoli, le problème comporte un volet judiciaire qu'il n'a pas à Ersal.
L'un des blocages de la situation vient en effet de l'inaboutissement d'une action en justice lancée contre Ali Eid, le chef du Parti arabe démocratique (PAD), accusé d'être l'un des cerveaux de l'attentat contre les deux mosquées sunnites, en août dernier, représailles présumées venues de Syrie contre un attentat perpétré dans la banlieue sud. En outre, à Tripoli, une solution purement sécuritaire est impossible dans la mesure où des députés et ministres appuient activement certains des groupes armés et qu'une répression unilatérale pourrait conduire à une radicalisation encore plus grande des groupes sunnites engagés dans les combats.
Consciente de ces enjeux, l'armée semble avoir décidé de mener des actions de commando pour neutraliser certaines des têtes brûlées.
L'urgence sécuritaire et, avant elle, l'urgence constitutionnelle vont-elles faciliter le vote de confiance, jeudi prochain ? Difficile à dire. Ce vote devrait intervenir, jeudi, au terme d'un débat de deux jours prévu par M. Berry. Mais la formule mise au point est tout à fait bâtarde. Elle consacre le « droit » de la résistance à prendre des initiatives indépendamment de l'État, dont il est dit, pourtant, selon la version intégrale de la déclaration ministérielle publiée par le quotidien al-Moustaqbal, qu'il est « l'instance de recours exclusive de toutes les décisions politiques à portée nationale ». On le voit, la cohérence interne n'est pas le fort de la déclaration approuvée. Ce qui est somme toute en harmonie avec la réalité du pays. La controverse oppose en fait deux philosophies politiques différentes, celle du 14 Mars, pour laquelle le seul droit véritable est le droit positif tel qu'incarné par la Constitution et les lois libanaises, et celui du Hezbollah, pour lequel il existe un « droit naturel » antérieur au droit positif, et qui est plus proche de la sphère morale que de celle du droit, et implique pour ainsi dire un « devoir moral ». On comprend bien que ces deux visions sont difficilement conciliables, surtout si elles sont sous-tendues par un enjeu de pouvoir, comme le prouve l'engagement du Hezbollah en Syrie.
En tout état de cause, le patriarche Béchara Raï s'est rangé hier aux côtés des Kataëb en réclamant des amendements au texte de la déclaration ministérielle. Il se pourrait cependant que les impératifs constitutionnels et la nécessité d'élire un président prévalent en fin de compte, d'autant plus que l'opinion est lasse d'une polémique dont elle ne saisit pas les termes.
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Bahreïn soutient Joseph Aoun et rejette toute ingérence étrangère au Liban
CORRECTION ! Merci : ".... ce pays redevenu enfin Sain se mettre en Mouvement vers la Démocratie et la Liberté !".
20 h 25, le 17 mars 2014