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Économie - Splendeurs et misères économiques

Quelque chose doit craquer

Né à Beyrouth, Michel Santi est un macroéconomiste franco-suisse qui conseille des banques centrales et des fonds souverains. Il est notamment l’auteur de « L’Europe, chroniques d’un fiasco économique et politique » et de « Misère et opulence ».

La stagnation séculaire qui infecte nos économies porte en elle les germes de l'instabilité et des tourmentes financières. Alors que les taux d'intérêt et la création monétaire sont les seules armes des institutions publiques disposant encore de quelques pouvoirs dans notre monde moderne, leur activation en vue de renflouer nos économies ne fait en réalité qu'exacerber les problèmes. C'est tout un schéma de Ponzi qui se met en effet en place dans un tel contexte de taux nuls et négatifs, qui pousse littéralement investisseurs et spéculateurs à plus de risques dans l'unique but d'y générer un différentiel favorable en termes de rentabilité.
Nous nous retrouvons donc dans une situation paradoxale où – bien que mues par un objectif louable consistant à redresser la croissance –, les banques centrales créent une hydre qui crache bulles spéculatives et crises financières. Autrement dit, parvenue au stade actuel des taux négatifs et des baisses de taux quantitatives, la politique monétaire des banques centrales serait finalement nocive pour la croissance, pour l'emploi et pour la production. Nous voilà donc dans un environnement où le processus de formation/implosion de bulles se multiplie à une cadence endiablée depuis le milieu des années 1980, soit depuis que les taux d'intérêt ont entamé leur baisse, d'un pic historique supérieur à 21 % en 1981 pour sombrer sous le plancher de verre du zéro aujourd'hui ! Du crash de 1987 aux subprimes de 2007, en passant par les mégabulles immobilières espagnoles et irlandaises ayant implosé à partir de 2008/2009, le constat semble limpide (et décourageant pour les banques centrales), à savoir que les taux d'intérêt très bas favorisent toute une série de comportements à risques.
Pour autant, ces mêmes établissements ne disposent pas du pouvoir qui leur est prêté. En d'autres termes, le niveau actuel des taux réels infimes (voire négatifs) leur est imposé par une conjugaison de facteurs échappant à leur contrôle et que ces établissements doivent à présent subir. C'est d'une part la démographie qui tire vers le bas les taux d'intérêt, comme c'est le cas au Japon et en Allemagne. C'est par ailleurs les besoins déclinants en capitaux de la part des entreprises high-tech qui exercent une pression intense à la baisse sur le loyer de l'argent. C'est l'accentuation des inégalités qui concentre le gros des richesses en quelques mains privilégiées qui épargnent bien plus qu'elles ne dépensent qui achève finalement de comprimer les taux d'intérêt.
Cet enrichissement supplémentaire des riches induit en outre une spirale malsaine car l'effondrement des taux gonfle et enfle davantage les valorisations boursières qui, à leur tour, ne profitent qu'à quelques privilégiés, lequel phénomène agit en réduisant davantage le taux d'intérêt réel du fait de l'accroissement de l'épargne. Les seules qui étaient encore à même de faire usage d'un certain levier pour amoindrir les chocs – les banques centrales –, se retrouvent désormais quasi impuissantes.
Le système pourrit donc depuis l'intérieur.

La stagnation séculaire qui infecte nos économies porte en elle les germes de l'instabilité et des tourmentes financières. Alors que les taux d'intérêt et la création monétaire sont les seules armes des institutions publiques disposant encore de quelques pouvoirs dans notre monde moderne, leur activation en vue de renflouer nos économies ne fait en réalité qu'exacerber les problèmes....

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