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Économie - Analyse

Les ratés de sa politique économique mettent Pékin au pied du mur

Essoufflement de l'activité économique, débâcle boursière, dévaluation-choc du yuan et statistiques contestées : la Chine déstabilise les marchés financiers mondiaux et Pékin apparaît de plus en plus impuissant à surmonter la défiance générale.
Malgré de nouvelles assurances des autorités, la Bourse de Shanghaï a encore piqué du nez hier, plongeant de presque 8,5 %. Et ce, à un moment où s'intensifient les inquiétudes sur la vigueur de l'économie chinoise : un cocktail fatal qui a contribué à faire décrocher de concert les marchés financiers mondiaux.
De l'avis général, la crédibilité même du gouvernement chinois se trouve désormais écornée. Pékin vante depuis deux ans un « rééquilibrage » vers un modèle de croissance ralentie mais plus durable. L'idée étant de doper la consommation intérieure et l'essor du secteur privé pour prendre le relais d'exportations déclinantes et d'un secteur industriel en sévères surcapacités, tout en faisant le ménage dans des groupes étatiques obsolètes et peu rentables.
Mais la transition s'avère plus douloureuse qu'escompté, et les autorités se sont finalement vues contraintes de multiplier les mesures de relance et les assouplissements monétaires (quatre baisses des taux d'intérêt depuis novembre !) pour stimuler l'activité.
Sans grand succès : les indicateurs moroses continuent de se succéder.
Le gouvernement s'est, en outre, avéré incapable d'enrayer la récente déroute des Bourses, en dépit d'interventions répétées et d'achats massifs de titres par des organes publics ces deux derniers mois.
« Ils n'ont plus le choix, il faut qu'ils affichent une meilleure gestion et une plus grande cohérence » pour retrouver la confiance perdue, souligne Christopher Balding, économiste de la HSBC Business School à l'université de Pékin. Pour cela, des baisses des taux d'intérêt « plus volontaristes » s'imposent, notamment pour enrayer la déflation persistante des prix à la production, juge-t-il.
De l'avis général, le « rééquilibrage » visé par Pékin est bienvenu, mais prendra beaucoup de temps.
Pour Andy Xie, économiste indépendant basé à Shanghaï, la Chine devrait idéalement adopter des réductions d'impôts équivalant à 2 000 milliards de yuans (274 milliards d'euros) sur plusieurs années. « Ce serait un moyen extrêmement puissant de stimuler la consommation », a-t-il indiqué à l'AFP.
En 2011 encore, la Chine enregistrait une croissance économique à deux chiffres (+10,6 %). Depuis, le ralentissement a été drastique : après +7,4 % l'an dernier, Pékin vise pour 2015 une croissance de 7 %. Mais nombre d'analystes doutent même que le géant asiatique y parvienne – à moins de nouvelles vigoureuses mesures de soutien. Une croissance de tout juste 7 % a certes été annoncée pour le 2e trimestre – à la grande surprise des marchés – et en dépit d'une avalanche de statistiques décevantes. Mais le tableau n'a cessé ensuite de s'assombrir : en juillet, les exportations ont plongé de 8,3 % sur un an et, selon un indicateur PMI indépendant tombé au plus bas depuis six ans, l'activité manufacturière s'est violemment contractée en août.
Dans ce contexte, la soudaine dévaluation du yuan – largement perçue comme un effort désespéré de Pékin pour soutenir la compétitivité de ses exportations – n'a fait qu'inquiéter davantage.
« Il ne faut pas voir les chaotiques Bourses chinoises comme un bon baromètre pour toute l'économie », avertissait cependant Brian Jackson, du cabinet IHS Economics. Selon lui, les autorités peuvent se féliciter de quelques succès, comme le sursaut de la demande immobilière et la stabilisation du secteur de la construction.
Mais pour la plupart des experts, Pékin est condamné à revoir sa copie. « C'est extrêmement bizarre (...). Ils mènent une politique monétaire plaquée sur les manuels d'économie » et qui reste inefficace, commente Liu Li-Gang, économiste de la banque ANZ.
Les assouplissements monétaires répétés – baisses des taux d'intérêts, réductions des ratios de réserves obligatoires des banques pour les inciter à prêter davantage – étaient censés doper l'activité. En fait, « les liquidités se sont accumulées dans l'économie virtuelle (alimentant en particulier les marchés boursiers) plutôt que dans l'économie réelle », ce n'est « vraiment pas judicieux », explique-t-il. D'où cette impression que « la politique actuelle est menée par une bande de gens inexpérimentés », poursuit M. Liu.

Kelly OLSEN / AFP

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