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Moyen-Orient - Reportage

Au Yémen, un ramadan austère à l'ombre de la guerre et des attaques en mer Rouge

La hausse des coûts de transport des marchandises importées contribue à l'inflation déjà galopante dans le pays, en raison de la crise économique engendrée par le conflit et de la hausse de la demande durant le mois sacré.

Des enfants yéménites réunis pour une leçon sur le Coran à Sanaa, capitale du Yémen, pendant le ramadan, le 14 mars 2024. Photo AFP / MOHAMMED HUWAIS

« Je n'ai pu rien acheter », regrette Amine Ghaleb en sortant d'une épicerie à Taëz, dans le sud du Yémen. Comme une majorité de Yéménites, il s’apprête à passer un ramadan austère à l'ombre de la guerre et des attaques des rebelles houthis au large du pays. « Les prix ont doublé », soupire-t-il, en remettant quelques billets dans sa poche. « Comment suis-je sensé payer le loyer, l'électricité, le gaz, l'eau, les repas et les vêtements pour les enfants ? »

Pour ce fonctionnaire, père de cinq enfants, dont le salaire ne représente pas plus de 35 dollars par mois, le ramadan ne sera pas synonyme de repas festifs en famille après les longues heures de jeûne, comme ailleurs dans la région.

Une femme portant des aides alimentaires, notamment des paquets de dattes et une bouteille d'huile, offertes par une ONG, à Sanaa, le 14 mars 2024. Photo REUTERS/Khaled Abdullah

Plongé dans l'une des pires crises humanitaires au monde, le Yémen souffre depuis près d'une décennie du conflit opposant le gouvernement aux rebelles houthis, qui contrôlent de larges pans du territoire, et s'en prennent depuis novembre aux navires en mer Rouge et dans le golfe d'Aden. Ces attaques, que les insurgés disent mener « en solidarité » avec les Palestiniens de Gaza, perturbent le commerce mondial, mais aussi le quotidien des quelques 33 millions d'habitants du pays le plus pauvre de la péninsule arabique.

Hausse des prix
La hausse des coûts de transport des marchandises importées, due aux tensions en mer Rouge contribue à l'inflation déjà galopante au Yémen, en raison de la crise économique engendrée par le conflit et de la hausse de la demande durant le mois sacré, souligne l'expert Mohammad Al-Basha, du groupe de recherche Navanti, basé aux États-Unis. « Les prix des produits de base ont augmenté dans les régions contrôlées par le gouvernement comme Taëz », affirme-t-il.


Un petit garçon yéménite vendant des chapelets dans une rue de Sanaa, le 14 mars 2024. Photo MOHAMMED HUWAIS / AFP

Sur le marché de la ville encerclée par les houthis depuis des années, les commerçants déplorent une activité au ralenti, inhabituelle durant le ramadan. « Certains de nos produits sont en train de pourrir », dit Youssef Abdeljalil, derrière ses étals de légumes, d'herbes et de céréales.

La poursuite des attaques des houthis fait également craindre des pénuries à terme dans le pays qui importe 90% de ses besoins alimentaires. « Les ports yéménites pourraient cesser de recevoir des marchandises en raison du risque élevé », s'inquiète un habitant de Taëz, Abdelwase al-Fatki.

Pêche à haut risque 
Plus au nord, dans la ville portuaire de Hodeida, aux mains des rebelles, le marché fait également triste mine. « Il n'y a pas de pouvoir d'achat », affirme le commerçant Abdelrahmane Salam. Et « si la crise s'aggrave, les prix vont encore augmenter ».

Cette ville sur la mer Rouge a été la cible de plusieurs frappes menées depuis janvier par les États-Unis et la Grande-Bretagne visant des positions des rebelles, en réponse à leurs attaques. Une coalition maritime internationale a également été déployée dans la zone pour intercepter les tirs de missiles et drones contre les navires.

Depuis, les pêcheurs de la région risquent leurs vies pour subvenir à leur besoin. Moussa Kulaim, 50 ans et père de deux enfants, pêche depuis l'âge de 12 ans. « C'est la seule source de revenus pour moi et mes enfants ». Ses sorties en mer, qui peuvent lui rapporter l'équivalent de 4 à 40 dollars, sont désormais plus limitées à cause des risques encourus. Mais, « malgré les problèmes que nous rencontrons en mer, nous continuons à y aller pour assurer notre subsistance et celle de nos enfants », dit-il.

« Je n'ai pu rien acheter », regrette Amine Ghaleb en sortant d'une épicerie à Taëz, dans le sud du Yémen. Comme une majorité de Yéménites, il s’apprête à passer un ramadan austère à l'ombre de la guerre et des attaques des rebelles houthis au large du pays. « Les prix ont doublé », soupire-t-il, en remettant quelques billets dans sa poche. « Comment suis-je...
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