Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Législatives 2018 : Anatomie du vote au Metn

Circonscriptions
16/05/2018
C’est une compétition électorale particulièrement fiévreuse qui a eu lieu dans la circonscription du Mont-Liban II, c’est-à-dire au Metn, où la bataille s’est déroulée entre diverses forces politiques hostiles au pouvoir en place et celles qui le composent. 

Aussi bien les Kataëb que le Courant patriotique libre considèrent cette circonscription comme leur propre fief. Mais pour certains analystes, la bataille électorale n’a pas opposé « le pouvoir » à « l’opposition », dans la mesure où les formations représentées au sein du gouvernement ont mené leurs batailles séparément, de même que les opposants. Avec plus ou moins de succès pour tout le monde. Car contrairement aux attentes, le « patriarche » Michel Murr a été réélu à l’un des deux sièges grecs-orthodoxes de la circonscription après avoir peiné à former une liste incomplète. Il s’agissait de pourvoir à huit sièges au total : quatre maronites, deux grecs-orthodoxes, un grec-catholique et un arménien-orthodoxe. 

Le CPL (qui s’est présenté côte à côte avec le Tachnag et le Parti syrien national social), les Forces libanaises et les Kataëb ont également formé leurs propres listes. Un échiquier sur lequel s’est greffée la société civile qui s’est engagée dans la bataille sous le label Koullouna Watani.  Samy Gemayel, chef des Kataëb, a gagné son pari de se présenter en tant que fer de lance de l’opposition. D’autant qu’il est en tête des scores individuels, suivi de Michel Murr. Mais ce sont surtout les FL qui ont créé la surprise en raflant un des quatre sièges maronites du Metn, une première pour le parti de Samir Geagea. Autre surprise : en dépit de son alliance avec la formation dirigée par Gebran Bassil, le PSNS n’a pu remporter aucun siège. 


Les chiffres officiels
183 740 électeurs devaient prendre part au scrutin du 6 mai. Sauf que seules 92 446 personnes ont voté et l’on compte 2 044 bulletins annulés. Les suffrages exprimés s’élèvent donc à 90 402 répartis comme suit : 558 bulletins blancs, 38 897 pour la liste « Le Metn fort » née de l’alliance tripartite CPL-Tachnag-PSNS, 19 003 pour la liste « le pouls du Metn » parrainée par les Kataëb, 13 779 pour « La fidélité metniote » appuyée par Michel elMurr. À ces chiffres s’ajoutent 13 138 voix accordées à la liste des FL baptisée « Le Metn au cœur du Liban », et 5 027 pour le label Koullouna Watani. Le coefficient électoral, qui n’est autre que le seuil d’éligibilité, est de 11 300. Koullouna Watani n’ayant pas atteint ce chiffre n’a emporté aucun siège.

Après l’élimination de cette liste, le nouveau coefficient électoral tombe à 10 672. C’est à partir de ce chiffre que l’on peut répartir les sièges entre les listes qualifiées. La liste « Le Metn fort » a obtenu 3,64, soit trois sièges, contre 1,78 pour « Le pouls du Metn » qui obtient donc un siège, tout comme « Le     Metn au cœur du Liban », avec 1,23, et « La fidélité metniote » de Michel Murr qui a obtenu 1,29. Les deux sièges restants sont attribués aux listes ayant obtenu les décimales les plus élevées, à savoir celles des Kataëb et du CPL (avec alliés). Le parti de Samy Gemayel a donc raflé deux sièges et les aounistes-Tachnag en ont quatre.



Le vote préférentiel
C’est à ce stade qu’on l’on détermine l’identité des gagnants grâce au vote préférentiel. Les élus sont Samy Gemayel avec 13 968 voix et son colistier Élias Hankache (maronite, Kataëb) avec 2 583 voix. Michel Murr recueille 11 945 voix, alors que le cadre FL Eddy Abillamaa est crédité de 8 922 suffrages.
Quant aux aounistes, et en dépit de l’éparpillement de leurs voix du fait de la multitude de candidatures, ils ont mené Ibrahim Kanaan (maronite) à l’hémicycle pour un troisième mandat parlementaire avec 7 179 voix. L’ancien ministre de l’Éducation Élias Bou Saab (grec-orthodoxe) et Edgar Maalouf font leur entrée à l’hémicycle avec 7 299 et 5 961 voix respectivement. Sur la même liste, Hagop Pakradounian (arménien-orthodoxe, Tachnag) est reconduit pour un nouveau mandat parlementaire, après avoir obtenu 7 182 votes préférentiels.

S’il est vrai que le CPL s’est vu contraint à opter pour un partage de voix pour tenter de mener le plus grand nombre de candidats au Parlement, il reste que dans la circonscription qu’il considère comme un de ses plus grands fiefs, il n’a obtenu que 20 429 voix, à l’heure où les deux candidats Kataëb ont obtenu 16 551 voix. L’écart n’est donc que de 3 878 voix. Si l’on ajoute aux résultats Kataëb ceux du député élu FL Eddy Abillamaa, dans la mesure où Saïfi et Meerab convergent sur les grandes orientations politiques en dépit de quelques divergences ponctuelles, le chiffre de la mouvance 14 Mars devient de 25 473 voix.




Abstention élevée
Sauf que ces chiffres n’éclipsent aucunement un taux élevé d’abstention qui atteint 49,7 %. Un chiffre interprété, dans certains milieux, comme une manifestation de rejet populaire de la classe politique. D’où la nécessité pour les partis de réviser leur positionnement et tenter de tirer les bonnes conclusions du scrutin. C’est en tout cas ce que feront les Kataëb dans les prochains jours, selon Élias Hankache, interrogé par L’Orient-Le Jour. Commentant les résultats, M. Hankache souligne que son parti est parvenu, seul, à mener deux de ses candidats à l’hémicycle dans cette circonscription, alors même qu’il « faisait face à des abus de pouvoir et des pressions matérielles », affirme-t-il. Le nouveau parlementaire évoque aussi « les pressions exercées sur les électeurs », notant que le nouveau code électoral y est, lui aussi, pour quelque chose.

À une question portant sur une éventuelle modification du positionnement Kataëb, au vu des résultats des législatives, M. Hankache confie que le parti étudiera les résultats, mais que la formation ne pouvait prendre des positions différentes au sujet des mesures fiscales du gouvernement sortant, et encore moins sur sa prestation dans le dossier des déchets ou sur l’article 49 du budget (invalidé mardi par le Conseil constitutionnel à la faveur d’un recours parrainé par Samy Gemayel).

À son tour, Élias Bou Saab explique à L’OLJ le résultat des élections par la faiblesse du taux de participation, mais aussi par la nouvelle loi, estimant que c’est celle-ci qui a permis aux FL d’emporter un siège au Metn. « La faible participation est un signe de mécontentement », dit-il, insistant sur le caractère « stratégique » de l’alliance CPL-Tachnag.

Du côté de Meerab, Eddy Abillamaa souligne que son parti a remporté la bataille grâce à la discipline de ses partisans. « Il y a aussi la satisfaction populaire à l’égard de l’action des ministres FL au sein du cabinet Hariri », ajoute-t-il, estimant que « l’abstention est une autre forme d’opposition ». « Les FL sont désormais présentes au Metn. Personne ne peut donc en monopoliser la représentation », conclut Eddy Abillamaa.

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