Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Anatomie du vote à Beyrouth II : Hariri s'en sort à bon compte

Législatives 2018

Saad Hariri réduit la casse et s’en sort à bon compte.

15/05/2018

Si l’on devait résumer au mieux les résultats à Beyrouth II, avec trois listes gagnantes sur les 9 en lice, on pourrait dire que c’est au final l’establishment qui a raflé la mise si l’on excepte la percée faite par Fouad Makhzoumi, un habitué de la scène politique. Le bras de fer a donc bien eu lieu principalement entre deux listes du pouvoir – principalement représentées par la liste parrainée par le Premier ministre sortant, Saad Hariri (le Futur pour Beyrouth, 62 970 voix) et la liste de l’Unité de Beyrouth (47 087 voix), concoctée et soutenue par le Hezbollah et le camp du 8 Mars, la troisième n’ayant engrangé que 15 773 voix.

Au final, la liste du Futur a réussi à obtenir 6 sièges sur les 11 que compte la circonscription (6 sunnites, 2 chiites, un grec-orthodoxe, un protestant et un druze). M. Hariri a obtenu à lui seul un total de 20 751 voix, soit moins que le candidat chiite sur la liste rivale du 8 Mars, Amine Cherri (Hezbollah), qui a cumulé 22 961 voix, un phénomène qui surprend a priori mais que l’on explique aisément par l’apport en bloc des voix des chiites (estimées à 37 000, soit 50 % des inscrits), qui ont versé en majorité leurs voix en faveur de M. Cherri, moins près de 2 000 voix qu’ils ont accordées à Adnane Traboulsi, le candidat des Ahbache, et un millier de voix octroyées à Mohammad Khawaja, le candidat du mouvement Amal.

Selon une première lecture, plusieurs remarques peuvent être déduites de ces résultats : tout d’abord, l’évaluation de l’ampleur de la victoire des deux listes principales, celles du Futur et du Hezbollah. En second lieu, le constat d’échec des listes dites indépendantes ou formées de candidats issus de la société civile, que nombreux tentent d’expliquer par la participation relativement faible aux élections, 41,8 %, alors qu’elle était de l’ordre de 40,5 % en 2009, et par les maigres moyens dont disposaient ces listes par rapport aux lourdes machines de l’establishment. Troisième remarque enfin, les accusations de fraude qui ont fusé dès les premières heures qui ont suivi la clôture des bureaux de vote, avec de nombreux témoignages de familles entières qui ont voté et dont les voix n’ont pas figuré lors du décompte et d’une multitude d’urnes non scellées qui se baladaient dans la nature, ou disparaissaient pour réapparaître le lendemain.


(Lire aussi : Anatomie du vote à Beyrouth I)


En termes de listes et de candidats victorieux, nombreux sont ceux qui ont estimé que la liste du Futur ainsi que son parrain, Saad Hariri, n’ont pas marqué de bons scores d’où, arguent les tenants de cet avis, la purge qu’il vient d’effectuer au sein de sa machine, partiellement ou en grande partie justifiée par un échec relatif présumé aux élections. Ceux qui adhèrent à cette thèse évoquent la campagne « maladroite » menée par le courant du Futur, fondée sur la « peur et la défiance » suscitée au sein de l’électorat sunnite et tablant sur « l’invasion » de la capitale projetée par le Hezbollah, comme le relève le coordinateur de la liste de la société civile, Kelna Beyrouth, Karim Mufti. Le recours à cet « épouvantail » était d’autant plus aberrant, estiment certains, que les composantes du Futur avaient depuis un certain temps avalisé un modus vivendi avec le Hezbollah, au nom du compromis convenu dans le cadre du régime.

« Pour nombre d’électeurs, ce revirement politique dans le discours a fait déchanter plus d’un », commente à son tour Salah Salam, journaliste et candidat sur la liste indépendante de Beyrouth la patrie. M. Salam estime en outre que les électeurs sunnites n’étaient pas suffisamment motivés, seuls 37 % d’entre eux ayant voté.

Pour d’autres, la liste de M. Hariri n’a pas reculé de manière notoire, si l’on compare ses scores avec les résultats de 2009. C’est l’avis de l’expert électoral Kamal Feghali, qui rappelle que les haririens avaient obtenu 7 sièges contre 4 pour la liste du 8 Mars en 2009. « Aujourd’hui, l’équation est de 6 contre 5, soit une perte d’un siège en faveur du camp adverse. » L’expert fait également valoir le score obtenu conjointement par MM. Hariri et Makhzoumi aux municipales de 2016, soit 49 % de l’ensemble des voix, « alors que la liste de M. Hariri a marqué le même score à elle seule cette fois-ci ».


(Lire aussi : Anatomie du vote à Zahlé)


On pourrait s’étonner du résultat relativement faible marqué par le ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk (6 411 voix), par rapport notamment à la candidate de la même communauté, Roula Tabch Jaroudi (6 637 voix), relativement inconnue du public, ou encore par rapport à l’ancien chef de gouvernement, Tammam Salam (9 599 voix), un score relativement acceptable sachant que d’une part, M. Salam a une influence politique certaine dans la capitale, et que, d’autre part, il a été relativement désavantagé par rapport à son colistier, M. Machnouk. Selon Salah Salam, le ministre de l’Intérieur, moins populaire et manquant de charisme, a tout fait pour écarter Tammam Salam de la campagne, l’affichage de ses photos ayant été réduit au strict minimum. « À tel point que M. Hariri a dû intervenir pour lui assurer une exposition médiatique lors d’une conférence de presse conjointe », relève le journaliste.

L’élément qui a par ailleurs joué en faveur de la liste du Futur est la discipline relative à laquelle se sont astreints les électeurs haririens pour faire élire un grand nombre de candidats. « Si M. Hariri n’avait pas donné de consignes à ses électeurs, il n’aurait pas obtenu plus de sièges », analyse pour L’Orient-Le Jour M. Mufti.

Quant aux indépendants, qui mettent en exergue l’ampleur des fraudes constatées, ils se disent généralement « réalistes », « déçus mais pas mécontents ». Mais ils continuent de s’interroger sur la marge d’impact qu’aurait eue la manipulation des urnes sur leurs résultats respectifs. Salah Salam, qui rappelle que le candidat de la Jamaa islamiya Imad el-Hout, qui comptait sur 9 000 voix dans les milieux islamistes, n’en a obtenu au final que 3 938. Avec un score de près de 6 200 voix au total, les candidats de Kelna Beyrouth affichent leur satisfaction d’avoir au moins arraché des « votes d’adhésion » à leur projet politique, « là où aucune autre liste n’en avait ».



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HARIRI... PLUS FAIBLE QUE JAMAIS ! ET LA GANGRENE S,ETEND ET RONGE...

Antoine Sabbagha

Bref oublions fraudes et statistiques et regardons le Futur avec un large sourire .

LA TABLE RONDE

Tant mieux pour la nouvelle cartologie du Liban .

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Jeanine JALKH | OLJ

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