Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Berry délimite son territoire et Geagea met ses conditions

Politique

La querelle sur le droit acquis des chiites au portefeuille des Finances repart de plus belle.

11/05/2018

Sitôt l’effervescence de la victoire proclamée par les uns et les autres calmée, place au réalisme et au prémarchandage en amont de l’élection prochaine du chef du Parlement et de la constitution du gouvernement.

Dès l’annonce des résultats préliminaires, le président de la Chambre, Nabih Berry, s’est hâté de donner le ton et de poser ses marques en annonçant son souhait de voir Ali Hassan Khalil réinvesti au ministère des Finances, un peu comme s’il réservait d’ores et déjà la place. M. Berry est même allé plus loin, en affirmant que ce portefeuille revenait de droit à la communauté chiite, alléguant une répartition équitable du pouvoir entre communautés. Une position immédiatement avalisée par son partenaire politique, le Hezbollah, qui a clairement laissé entendre qu’« il ne renoncera pas (lui aussi) à la consécration du portefeuille des Finances » à sa communauté, évoquant, à l’instar de M. Berry, une « coutume bien établie ».

Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, n’a pas tardé à délimiter, lui aussi, son territoire politique. Dans une intervention à la chaîne MTV dans le cadre du programme de Walid Abboud, le chef des FL a défini une véritable feuille de route comprenant sa vision de la période à venir en termes de priorités et ses rapports avec les principaux pôles en présence, dont le Premier ministre sortant, Saad Hariri, le chef du CPL, Gebran Bassil, et M. Berry.

Se posant en véritable vainqueur dans la mesure où son parti vient de rafler le double des sièges qu’il avait jusque-là, 16 en tout, M. Geagea a placé, à son tour, ses conditions.  À M. Berry, il va exprimer toute son « affection », soulignant que personnellement il aurait voté pour lui à la tête de l’hémicycle s’il le pouvait, mais qu’une telle décision doit indubitablement passer par le comité exécutif du parti. Une position « tout à fait sincère », fera valoir un responsable au sein des FL, rappelant qu’en 2005 et 2009, les FL n’ont pas voté en faveur du leader d’Amal. Cela dit, il reste à voir comment les FL, qui se disent convaincues de la « légitimité dont jouit M. Berry au sein de sa communauté », et qui ont souvent rejoint (ou l’inverse) le bloc berryste sur certains dossiers conflictuels tels que leur opposition aux navires-centrales pour la production de l’électricité, pourront justifier un vote de désaveu à l’égard du président de l’Assemblée.


(Lire aussi : Urne fois de plus, le billet de Gaby NASR)


Un soutien de principe à la candidature de M. Berry ne sera pas suivi d’une position similaire au sujet du ministère des Finances, Ali Hassan Khalil, M. Geagea ayant clairement laissé entendre qu’il refuse toute consécration d’une communauté à tel ou tel poste. À la nuance près toutefois que si la candidature de Ali Hassan Khalil devait s’avérer incontournable pour une raison ou une autre, les FL n’y feraient pas opposition, « à condition qu’elle s’inscrive dans la logique des portefeuilles rotatifs », comme le souligne une source proche du parti.

L’attribution systématique de ce portefeuille à la communauté chiite a été motivée par le tandem chiite sur la base de la logique selon laquelle la communauté chiite « a droit » à un contreseing dans la procédure qui prévoit notamment la signature incontournable du chef de l’État (chrétien), du Premier ministre (sunnite) et du ministre des Finances. D’où la nécessité que le portefeuille des Finances revienne aux chiites. Une décision que contestent nombre de constitutionnalistes, dont l’ancien chef du Parlement, Hussein Husseini, l’homme de Taëf par excellence, celui qui garde jalousement à ce jour les procès-verbaux de la réunion qui avait eu lieu dans la ville saoudienne.

Dans un entretien accordé à la LBCI, ce dernier a évoqué une attribution « provisoire » du portefeuille des Finances à un chiite, soulignant qu’il s’agissait à l’époque d’une mesure convenue jusqu’à ce que l’on parvienne à la mise en place de la commission chargée de l’abolition du confessionnalisme politique, laquelle est bel et bien prévue dans la Loi fondamentale. Également prévue, note l’ancien responsable, la procédure selon laquelle « c’est le Premier ministre qui choisit son équipe ». Ce n’est qu’un avant-goût de la querelle constitutionnelle à venir, la même qui s’est produite lors de la formation du gouvernement sortant.


(Lire aussi : Anatomie du vote à Beyrouth I)


Quant à la seconde ligne rouge tracée par les FL, elle consiste dans le respect du principe de la distanciation qui, selon leur entendement, doit être effective et non de l’ordre des slogans creux, d’autant que nous vivons une période délicate sur le plan régional où « le Liban risque d’être happé par le tourbillon », comme l’a rappelé hier Samir Geagea à l’issue d’une réunion de son nouveau bloc. Ce dernier, qui avait laissé entendre la veille que le moment n’est pas à la stratégie de défense, mais plutôt à des dossiers plus prioritaires comme celui des déchets et celui de l’électricité, est revenu hier à la charge pour souligner que « la cohabitation avec un mini-État » (celui du Hezbollah) « est provisoire » et ne saurait durer longtemps. Entre-temps, le nouveau gouvernement devrait prioritairement centraliser entre ses mains toute question relative à l’utilisation des armes par le parti chiite, a insisté le chef des FL.

M. Geagea a enfin défini sa relation avec le CPL qui doit s’élever au rang d’un véritable partenariat, notamment par le biais de la consolidation de l’accord de Meerab. Ainsi, la logique de la concurrence électorale qui a prévalu durant les législatives n’est plus celle qui va commander la période postélectorale. « Cela fait partie de la politique de compromis que nous voulons réussir », commente une source proche des FL, en admettant que cette volonté ne saurait être placée hors du contexte des pourparlers en vue de la formation du gouvernement.

Il reste à voir comment les FL pourront reconstruire ce partenariat et jusqu’où elles iront. Car, tout en exprimant son souhait de consolider les relations avec le sexennat, M. Geagea a clairement laissé entendre que cela ne veut pas dire pour autant qu’il accordera à son ou ses partenaire(s) « un blanc-seing ». Comprendre aussi qu’il négociera au prix fort sa représentation au sein du prochain gouvernement, à pied d’égalité avec le CPL, sachant qu’il n’acceptera pas cette fois-ci qu’une « part » des portefeuilles soit octroyée au président de la République, comme il l’a bien précisé.



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ROUH ya kbir ... ON CONTINUE et ce malgré le pronostique de certaines personnes qui prophétisais votre défaite, malgré le fait que des I vous traite d'acheteurs de voix .. malgré malgré malgré .. vous avez réussis a avoir 16 deputes et le meilleur est a venir

Irene Said

Et si nos responsables libanais, au lieu de se chamailler du matin au soir pour des broutilles commme des gamins, mettaient enfin en route des projets sérieux pour leur pays ?
Mais cela demande une certaine dose de conscience morale, de travail et...de suite dans les idées...que malheureusement ils n'utilisent que pour leurs propres intérêts personnels.
Dommage pour le petit peuple qui en subit les conséquences désastreuses.
Irène Saïd

C.K

Quand les animaux délimitent leur territoire il urinent autour,lol.

RE-MARK-ABLE

Sethrida Geagea epouse de geagix , désormais députée à vie .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ETERNEL SERRURIER DE LA GROTTE EXPRIME DES CHOIX QU,IL ACCOMPAGNE DE CONDITIONS ILLOGIQUES ! LE HAKIM S,EXPRIME CLAIREMENT AUX OREILLES SOURDES POUR QU,ELLES ENTENDENT ET COMPRENNENT !

Antoine Sabbagha

Non seulement nous sommes un pays tribal, mais on a des chefs dictateurs qui s'approprient des ministères à vie au nom de la confession. Vraiment dégoûtant.

Cadige William

Je te tiens tu me tiens par la barbichette !
A quoi auraient donc servi ces dernieres elections “ democratiques “ parlementaires si ce n ‘est pour renouveler la mainmise et le feodalisme de certains sur toute les institutions. Le laxisme et l’indifference des electeurs devant tant d’irregularites n’est plus a plaindre.

Le Faucon Pèlerin

Nabih Berry, président du Parlement, à vie.
Ali Hassan Khalil, ministre des Finances à vie.
Gébran Bassil, ministre des Affaires étrangères à vie.
Akhwet Chanay, président de la Asfouriyé à vie...

Irene Said

Les comportements d'une dictature qui s'affirme !
Le Liban...pays démocratique ?
Irène Saïd

Berry délimite son territoire et Geagea met ses conditions

11/05/2018

Geagea présidant la première réunion du nouveau bloc parlementaire. Photo ANI

Politique

La querelle sur le droit acquis des chiites au portefeuille des Finances repart de plus belle.

Jeanine JALKH | OLJ

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Et si nos responsables libanais, au lieu de se chamailler du matin au soir pour des broutilles commme des gamins, mettaient enfin en route des projets sérieux pour leur pays ?
Mais cela demande une certaine dose de conscience morale, de travail et...de suite dans les idées...que malheureusement ils n'utilisent que pour leurs propres intérêts personnels.
Dommage pour le petit peuple qui en subit les conséquences désastreuses.
Irène Saïd

C.K

Quand les animaux délimitent leur territoire il urinent autour,lol.

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Antoine Sabbagha

Non seulement nous sommes un pays tribal, mais on a des chefs dictateurs qui s'approprient des ministères à vie au nom de la confession. Vraiment dégoûtant.

Cadige William

Je te tiens tu me tiens par la barbichette !
A quoi auraient donc servi ces dernieres elections “ democratiques “ parlementaires si ce n ‘est pour renouveler la mainmise et le feodalisme de certains sur toute les institutions. Le laxisme et l’indifference des electeurs devant tant d’irregularites n’est plus a plaindre.

Le Faucon Pèlerin

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