Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Machnouk promet les résultats complets des législatives « dans les 36 à 48 heures »

Intérieur
OLJ
08/05/2018

Après des heures d’attente, le ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, a annoncé hier soir les résultats officiels et définitifs des élections législatives de dimanche, pour toutes les circonscriptions, à l’exception de celle du Liban-Nord I (Akkar), le décompte n’y étant toujours pas terminé. Selon le ministre, qui n’a pas précisé le nombre de voix remportées par chaque candidat, « d’ici 36 à 48 heures, tous les résultats finaux et officiels seront disponibles sur le site du ministère ».

« Nous avons eu besoin de 24 heures » pour effectuer le décompte, a expliqué le ministre, lors d’une conférence de presse à 20h30. « Maintenant nous annonçons les résultats, mais ceux-ci ne sont pas officiels ni complets. Car tous les cazas, à l’exception du Akkar, ont fourni les résultats. Ceux du Akkar seront disponibles dans quelques heures. Certains bulletins sont dépouillés manuellement, en raison d’une contestation entre délégués. Cela arrive », a ajouté M. Machnouk. « Nous enverrons demain tous les résultats officiels au président du Parlement et au président du Conseil constitutionnel », a-t-il fait savoir.


(Lire aussi : Législatives libanaises : les violations à la pelle seront soumises au Conseil constitutionnel)


« Nous sommes entrés dans une nouvelle ère politique. Cela est encourageant. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu d’infractions. Mais il s’agit d’une nouvelle loi électorale », s’est félicité le ministre.
« Les Libanais ont réussi, après neuf ans et malgré les difficultés de la nouvelle loi, à désigner leurs représentants, et cela est positif et contribue à raviver la démocratie. Je ne veux pas parler d’exploit, mais il s’agit d’un succès, car les élections se sont bien déroulées, et les résultats, à l’exception de ceux du Akkar, ont été annoncés », a-t-il ajouté.
Lors de l’annonce des résultats, M. Machnouk a confirmé la victoire du candidat Antoine Pano (Courant patriotique libre), ce qui implique la défaite de Joumana Haddad (liste Koullouna Watani dans la circonscription Beyrouth I, au siège des minorités), donnée gagnante selon les résultats préliminaires.


(Lire aussi : Démonstration de force symbolique du Hezbollah à Beyrouth)


Commentant le cas de Joumana Haddad, M. Machnouk a affirmé que les machines électorales des candidats ne sont pas une source officielle en matière de résultats.
Ce revirement de dernière minute a provoqué la colère des partisans de Mme Haddad qui ont manifesté leur mécontentement devant le siège du ministère de l’Intérieur. La candidate et ses soutiens dénoncent une falsification des résultats.
Le ministre de l’Intérieur a enfin évoqué un incident lié au décompte des voix à Baalbeck. « Il y a eu un différend à l’intérieur du sérail de Baalbeck entre membres de la commission chargée du décompte des voix. Mais le calme est revenu et les membres de cette commission sont tombés d’accord finalement sur les résultats », a-t-il expliqué.
M. Machnouk a enfin reconnu qu’il y a un « manque au niveau de la formation des observateurs » du scrutin.


(Lire aussi : Derrière l’abstention aux législatives libanaises, deux coupables : le rejet de la loi et le découragement)


Les résultats
Voici le bilan, après la diffusion par le ministre de l’Intérieur des résultats définitifs, sans chiffres, du vote dans 14 des 15 circonscriptions :

Beyrouth I
« La mère des batailles » dans la rue chrétienne s’est soldée par une victoire de la liste CPL-Tachnag contre celle de l’alliance FL-Kataëb-Michel Pharaon. Le CPL parvient à faire élire ses deux candidats, Nicolas Sehnaoui (grec-catholique, CPL, qui bat le ministre d’État sortant à la Planification, Michel Pharaon) et Antoine Pano (minorités, CPL), et le Tachnag ses deux candidats arméniens-orthodoxes, Hagop Terzian et Alexandre Matossian. La liste opposée remporte trois sièges : Nadim Gemayel (maronite, Kataëb), Imad Wakim (grec-orthodoxe, FL) et Jean Talouzian (arménien-catholique, indépendant appuyé par les FL et Antoun Sehnaoui). Mais le fait marquant dans cette circonscription, en plus du faible taux de participation (33,13 %), est la percée d’une candidate issue de la société civile, Paula Yacoubian (arménienne-orthodoxe, Sabaa). Annoncée comme gagnante dimanche soir par les diverses machines électorales partisanes, Joumana Haddad (minorités, Li Baladi) n’est finalement pas élue.


(Lire aussi : Remaniement des votes au Baalbeck-Hermel : chercher le courant du Futur ?)

Beyrouth II
Dans cette circonscription, la liste conduite par le Premier ministre sortant Saad Hariri a été sévèrement chahutée, remportant 6 sièges sur 11 avec M. Hariri, le ministre sortant de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, l’ancien Premier ministre Tammam Salam, Roula Tabch Jaroudi (sunnites), Fayçal Sayegh (druze) et Nazih Najm (grec-orthodoxe). La liste soutenue par le Hezbollah et ses alliés rafle quatre sièges, les deux chiites Amine Cherri (Hezbollah) et Mohammad Khawaja (Amal), Adnane Traboulsi (sunnite, Ahbache) et Edgar Traboulsi (protestant, proche du CPL). Fouad Makhzoumi remporte le dernier siège sunnite.

Mont-Liban I (Kesrouan-Jbeil)
Un net rééquilibre des forces s’est opéré dans cette circonscription. À Jbeil, le candidat soutenu par les FL, Ziad Hawat, est passé devant le député sortant CPL, Simon Abiramia. Les deux candidats remportent les deux sièges maronites. Le candidat du Hezbollah pour le siège chiite, Hussein Zeaïter, est éliminé, échouant à franchir le seuil électoral à l’avantage de Moustapha Husseini, chiite indépendant sur la liste Kataëb/Farès Souhaid/Farid Haykal el-Khazen. Le député sortant Walid Khoury (CPL, maronite) et l’ancien coordinateur général du 14 Mars Farès Souhaid (indépendant, maronite) sont battus. Dans le Kesrouan, la liste du CPL obtient trois sièges maronites sur cinq avec l’industriel Neemat Frem, le général à la retraite et gendre du président Michel Aoun, Chamel Roukoz, et Roger Azar. Les deux autres sièges sont attribués à Chawki Daccache (FL) et Farid Haykal el-Khazen (indépendant).

Mont-Liban II (Metn)
Le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel (maronite), l’emporte confortablement dans sa circonscription et parvient à faire élire l’un de ses colistiers, Élias Hankache (maronite, Kataëb). Les FL obtiennent pour la première fois un siège avec Eddy Abillama (maronite). L’ancien ministre Michel Murr (grec-orthodoxe) déjoue tous les pronostics et parvient à garantir sa réélection. Le bloc CPL-Tachnag vacille et n’emporte donc que quatre sièges : Ibrahim Kanaan (maronite, CPL), Élias Bou Saab (grec-orthodoxe, CPL et mouvance PSNS), Eddy Maalouf (grec-catholique, CPL) et Hagop Pakradounian (arménien-orthodoxe, Tachnag).


(Lire aussi : Les partisans de Joumana Haddad contestent les résultats des législatives)



Mont-Liban III (Baabda)
Le ministre sortant des Affaires sociales, Pierre Bou Assi (maronite, FL), crée la surprise en s’imposant dans une circonscription dominée par le tandem CPL-Hezbollah depuis 2005. La liste formée par le CPL et le tandem chiite remporte, elle, quatre sièges sur six : Alain Aoun et Hikmat Dib (maronites, CPL), Ali Ammar (chiite, Hezbollah) et Fadi Alamé (chiite, Amal). Hadi Abou el-Hosn (PSP) parvient à s’imposer au niveau du siège druze.

Mont-Liban IV (Chouf-Aley)
La puissante liste formée par le PSP, le courant du Futur et les FL a remporté neuf des treize sièges en jeu, avec, pour le Chouf, Teymour Joumblatt (druze, PSP), Marwan Hamadé (druze, proche du PSP), Bilal Abdallah (sunnite, PSP), Georges Adwan (maronite, FL), Mohammad Hajjar (sunnite, courant du Futur) et, pour Aley, Akram Chehayeb (druze, PSP), Henri Hélou (maronite, proche du PSP) et Anis Nassar (grec-orthodoxe, FL). Le ministre sortant de la Culture, Ghattas Khoury (maronite, courant du Futur) est battu. Sur la liste adverse, CPL-Parti démocratique, à Aley, Talal Arslane (Parti démocratique) remporte un siège druze laissé vacant pour lui, et le ministre sortant de l’Énergie, César Abi Khalil (maronite, CPL) parvient à se faire élire pour la première fois, de même que deux candidats de la liste du CPL au Chouf, Farid Boustani (maronite) et Mario Aoun (maronite).


(Lire aussi : « Je suis imbattable », affirme Hariri)


Liban-Nord I (Akkar)
Les résultats dans cette circonscription ne sont pas définitifs, le décompte n’étant toujours pas terminé. Le litige serait autour du siège alaouite. Dans ce fief haririen traditionnel, le courant du Futur raflerait la mise en emportant cinq sièges sur sept avec Walid Baarini, Mohammad Sleiman et Tarek Merhebi (sunnites), Hadi Hobeiche (maronite) et Khodr Habib (alaouite). Le candidat FL Wehbé Katicha, membre de la liste du Futur, remporterait l’un des deux sièges grecs-orthodoxes. Le second reviendrait à Assaad Dergham, candidat sur la liste du CPL.

Liban-Nord II (Tripoli, Minié-Denniyé)
À Tripoli, la bataille des « premiers ministrables » s’est soldée par une nette défaite du parti de M. Hariri face à Nagib Mikati. La liste du Futur n’obtient que trois sièges sur huit dans ce caza, avec Mohammad Kabbara, Samir Jisr et Dima Jamali (sunnites). Face à cette liste, celle de l’ancien chef de gouvernement remporte quatre sièges avec M. Mikati (sunnite), Jean Obeid (maronite), Nicolas Nahas (grec-orthodoxe) et Ali Darwiche (alaouite). L’ancien ministre Fayçal Karamé (sunnite), qui conduisait sa liste, réussit également à se faire élire. En revanche, l’ancien ministre Achraf Rifi (sunnite) échoue dans cette entreprise. À Minié, le candidat du Futur Osman Alameddine remporte le siège sunnite, et à Denniyé, Sami Ahmad Fatfat (courant du Futur) et Jihad el-Samad, membre de la liste de M. Karamé, remportent les deux sièges sunnites.

Liban-Nord III (Batroun, Koura, Zghorta, Bécharré)
À Batroun, le chef du CPL Gebran Bassil (maronite) réussit enfin à accéder au Parlement, notamment grâce à l’apport de voix du courant du Futur. La surprise vient de la défaite de Boutros Harb, qui s’était allié au leader des Marada, Sleiman Frangié. M. Harb a été coiffé sur le poteau par le candidat FL, Fady Saad (maronite). Dans le Koura, le Futur et les FL, qui occupaient les trois sièges grecs-orthodoxes, ont été balayés. Fayez Ghosn (Marada) et Salim Saadé (PSNS), candidats sur la liste Frangié, remportent deux des trois sièges, le troisième revenant au candidat du CPL, Georges Atallah. À Zghorta, les Marada ont gardé deux de leurs trois sièges maronites avec Tony Sleiman Frangié et Estephan Doueihy. En face, le chef du Mouvement de l’indépendance, Michel Moawad, allié au CPL, accède enfin à l’hémicycle pour la première fois. À Bécharré, les FL gardent le contrôle de leur fief avec la victoire de la députée sortante Sethrida Geagea et celle de Joseph Ishak.


(Lire aussi : Nasrallah : « Beyrouth est et restera la capitale de la résistance »)


Békaa I (Zahlé)
Dans cette circonscription disputée, l’alliance FL-Kataëb remporte deux sièges avec Georges Okaïs (grec-catholique, FL) et César (Kayssar) Maalouf (grec-orthodoxe, proche des FL). La liste CPL-Futur remporte, elle, trois sièges avec Assem Araji (sunnite, courant du Futur), Salim Aoun (maronite, CPL) et Michel Daher (grec-catholique, proche du CPL). Quant à la liste du Hezbollah, elle parvient à s’assurer deux sièges : Anouar Jomaa (chiite) et Eddy Demerdjian (arménien-orthodoxe). À noter les défaites de deux barons de cette région : le député sortant Nicolas Fattouche et la chef du Bloc populaire Myriam Tok Skaff, ainsi que l’ancien ministre Élie Marouni (Kataëb).

Békaa II (Békaa-Ouest-Rachaya)
Dans cette circonscription, la liste composée de personnalités proches du régime syrien et celle formée par le Futur et le PSP se sont partagé les six sièges en jeu. Ainsi, Abdel Rahim Mrad (sunnite), Mohammad Nasrallah (Amal, chiite) et Élie Ferzli (grec-orthodoxe, soutenu par Michel Aoun) ont été élus. En face, Waël Bou Faour (druze, PSP), Mohammad Karaaoui (sunnite, Futur) et Henri Chedid (maronite) raflent l’autre moitié des sièges. Le député sortant Ziad Kadri (sunnite, Futur) est battu.
 
Békaa III (Baalbeck-Hermel)
Le tandem chiite Hezbollah-Amal a minimisé les pertes avec les victoires de l’ancien directeur de la Sûreté générale Jamil Sayyed (chiite, soutenu par le Hezbollah), Hussein Hajj Hassan (chiite, Hezbollah), Ali Mokdad (chiite, Hezbollah), Ihab Hamadé (chiite, Hezbollah), Ibrahim Moussawi (chiite, Hezbollah), du ministre sortant Ghazi Zeaïter (chiite, Amal) et d’Albert Mansour (grec-catholique, PSNS). Membres de la liste du tandem chiite, Younès Rifaï (sunnite, Ahbache) et Émile Rahmé (maronite, mouvance Hezbollah) ont été respectivement battus par Bakr Hojeiri (sunnite, Futur) et Antoine Habchi (maronite, FL).


(Lire aussi : Le « merci » des FL)


Liban-Sud I (Saïda-Jezzine)
Dans cette circonscription, les résultats sont conformes aux pronostics. À Saïda, la candidate du Futur, Bahia Hariri, et le chef de l’Organisation populaire nassérienne, Oussama Saad, remportent les deux sièges sunnites. À Jezzine, le CPL remporte deux sièges avec Ziad Assouad (maronite) et Salim Khoury (grec-catholique). Ibrahim Azar, indépendant soutenu par le mouvement Amal, rafle le second siège maronite.

Liban-Sud II (Tyr-Zahrani)
Carton plein pour le tandem Amal-Hezbollah qui rafle sans surprises les sept sièges de cette circonscription avec le président de la Chambre, Nabih Berry (Amal, chiite), la ministre sortante pour le Développement administratif, Inaya Ezzeddine (Amal, chiite), Ali Khreiss (Amal, chiite), Ali Osseirane (Amal, chiite), Nawaf Moussaoui (Hezbollah, chiite), Hussein Jechi (Hezbollah, chiite) et Michel Moussa (Amal, grec-catholique).

Liban-Sud III (Bint Jbeil, Nabatiyé, Marjeyoun-Hasbaya)
Triomphe total pour le duopole chiite qui remporte les 11 sièges de cette circonscription avec Ali Bazzi (chiite, Amal), le ministre sortant des Finances, Ali Hassan Khalil (chiite, Amal), Anouar el-Khalil (druze, Amal), Ayoub Hmayed (chiite, Amal), Hani Kobeissi (chiite, Amal), Yassine Jaber (chiite, Amal), Kassem Hachem (sunnite, Amal), Hassan Fadlallah (chiite, Hezbollah), Mohammad Raad (chiite, Hezbollah), Ali Fayad (chiite, Hezbollah) et Assaad Hardane (grec-orthodoxe, PSNS).


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"...je ne dis pas qu'il n'y a pas eu d'infractions. Mais il s'agit d'une nouvelle loi électorale..."
Ces infractions, sont-elles dues à la nouvelle loi électorale...ou à l'indiscipline de certains électeurs ou même planifiées pour des raisons évidentes de fraude ?
Irène Saïd

Machnouk promet les résultats complets des législatives « dans les 36 à 48 heures »

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Nouhad Machnouk, hier, lors de sa conférence de presse. Photo Ani.

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