Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Liban-Sud I : Le calme de Saïda contraste avec l’effervescence de Jezzine

Liban-Sud I / Reportage

Dans la capitale du Liban-Sud, le courant du Futur domine sur le terrain, alors que dans le caza à dominante chrétienne, les partisans du CPL et des FL marquent fortement leur présence, malgré une faible participation.

07/05/2018

Saïda se réveille tranquillement. Les klaxons sont rares dans cette ville normalement bouillonnante. Les chants patriotiques sont à peine présents et les électeurs se font timides dans certains bureaux de vote. La ville est relativement sereine. Le résultat des élections dans la première circonscription du Liban-Sud est en partie évident pour la majorité des électeurs interrogés. Bahia Hariri, candidate à sa propre succession au siège sunnite du caza, est considérée d’office comme étant gagnante.

L’incertitude porte cependant sur le deuxième siège sunnite. Face à la liste de la présumée gagnante, trois autres listes se disputent le siège sunnite. La liste « Saïda et Jezzine ensemble », qui représente le Courant patriotique libre (CPL) et la Jamaa islamiya, la liste des Kataëb et des Forces libanaises (FL), « Capacité de changement », ainsi que la liste « Pour tout le monde », soutenue par les chiites et certains indépendants.


À Jezzine, l’ambiance est moins sereine et la compétition plus accentuée. CPL et FL se font face, les drapeaux se hissent et les cortèges de voitures s’entremêlent avec les slogans et les chants partisans. Cette présence massive est fortement trompeuse, vu le taux de participation très bas à Jezzine. Les électeurs semblent peu convaincus et ne se sentent pas représentés par ces candidats et par la politique libanaise en général. Tel est en tout cas l’avis d’une bonne partie des citoyens.


La liste « Pour tout le monde » se manifeste aussi sur la place principale de Jezzine avec la présence de jeunes assoiffés de changement. L’un d’eux, Boulos Haddad, diplômé de l’ESIB, pointe du doigt « les problèmes du secteur des services à Jezzine, notamment concernant la santé ». Il soutient Ibrahim Azar, vainqueur présumé d’ailleurs, en déclarant que « la liste de Azar est indépendante mais soutenue par Amal, car les chiites aussi peuvent être représentés par ce candidat indépendant ».


La liste du courant du Futur est moins apparente dans la région de Jezzine qu’à Saïda, où elle est dominante. Abdel Rahman el-Zaatari, étudiant en droit à l’USJ, responsable des « données » auprès de cette liste à Saïda, évoque le fait que « ces élections constituent une expérience très importante » pour lui et qu’il a l’ambition de faire de la politique après ses études. Il poursuit en affirmant que « le courant du Futur a déjà fait ses preuves en appliquant 65 % de son programme électoral précédent à Saïda et qu’il faudrait continuer à croire en ce parti qui tient ses promesses ».


Du côté de la liste « Pour tout le monde » à Saïda, un groupe de jeunes partisans vante les qualités de ses candidats en assurant que ceux-ci « font partie du peuple et travaillent avec le peuple et pour le peuple sans même être députés ». D’après eux, cette liste est, comme son nom l’indique, représentative « de toutes les classes sociales ».


(Lire aussi : Législatives libanaises 2018 : Les leçons à retenir du scrutin)


Bassil à Jezzine
Mais à part toutes les listes présentes dans cette région du Sud, on remarque l’absence de la société civile. Selon Amine Rizk, candidat maronite à Jezzine, les zones rurales sont moins touchées par les idées de la société civile que les zones urbaines, notamment Beyrouth. Fils d’Edmond Rizk, il se déclare indépendant et justifie son alliance avec la liste du courant du Futur en affirmant que celle-ci a « des idéaux réformateurs et modernes qui seront bénéfiques à l’économie et à la politique ». La liste du courant du Futur à Saïda et Jezzine est, d’après lui, « en majorité composée de candidats indépendants » et il explique l’alliance avec ce parti en soulignant que « la loi électorale est contraignante ». « Les alliances telles que celle-ci sont un passage obligé car nous ne pouvons rien faire tout seuls, mais cela ne veut pas dire que je ferai nécessairement partie de leur bloc parlementaire au cas où je suis élu », a affirmé M. Rizk.


(Lire aussi : Les lenteurs du vote ont-elles fait ombrage à la liberté des législatives ?)



Du côté du CPL, l’arrivée à Jezzine du chef du parti, Gebran Bassil, a été assez remarquée en fin d’après-midi. Ce déplacement était dû à la propagation d’une rumeur selon laquelle Ziad Assouad se serait retiré de la campagne électorale. M. Bassil y a apporté un démenti catégorique, affirmant que M. Assouad est un pilier de la campagne aouniste. Les partisans du CPL sont quant à eux très enthousiastes à l’idée de voir, en plus d’un président, un grand bloc parlementaire issu de leur parti qui représente leurs idéaux. Cet enthousiasme s’est toutefois transformé en mouvement de panique générale une heure avant la fermeture des urnes, en raison du faible taux de participation, à tel point que le président du parti a appelé à une mobilisation massive des électeurs et que les partisans se sont activés afin de rameuter un maximum de votants jusqu’à la dernière minute.


De manière générale, l’impression générale qui se dégage est que Jezzine et Saïda ont été témoins d’une élection législative orchestrée par les partis traditionnels, malgré la présence importante de candidats indépendants. Les électeurs sont satisfaits pour la plupart, mais cela n’empêche pas certains de souligner leur mécontentement à plusieurs niveaux. « Ces élections ne sont pas utiles, déclare un homme âgé issu d’un milieu défavorisé, rien ne va changer et tout va mal. » Pour d’autres, l’enjeu majeur du scrutin est l’amélioration de la situation économique à Saïda.
Ces enjeux revêtent une telle importance que certains partis semblaient abuser de l’ignorance de citoyens peu éduqués ou de l’incapacité des personnes âgées ou handicapées pour les inciter à voter en faveur de leurs candidats, sans vraiment comprendre pourquoi ils devaient le faire.



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07/05/2018

L’ancien Premier ministre et ancien député de la ville, Fouad Siniora, votant hier à Saïda. Photo Ahmad Mantache

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Antoine ABDEL WAHED | OLJ

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