Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Békaa II : Pour les formations politiques, des « territoires » partisans bien définis

Békaa II / Reportage

Dans la Békaa-Ouest et Rachaya, un combat intersunnite féroce, aucune compétition chez les druzes et une affluence généralement basse chez les chrétiens.

07/05/2018

Peut-être que la circonscription de Békaa II, soit la Békaa-Ouest et Rachaya, montre clairement les premiers effets de la nouvelle loi électorale au terme de la journée électorale du 6 mai : une « territorialité » partisane et communautaire évidente. Dans cette région pourtant pluriconfessionnelle, les couleurs des partis, leurs affiches et même l’affiliation des délégués changent radicalement d’un village à l’autre, comme s’ils concentraient leurs efforts sur des localités choisies. Dans le village de Saghbine (maronite avec minorité grecque-orthodoxe), quasiment désert le matin, les partis chrétiens, notamment le Courant patriotique libre (CPL) mais aussi les Forces libanaises (FL), sont présents en force.

À l’approche de Machghara, où il existe pourtant une minorité de diverses communautés chrétiennes, la présence du tandem chiite domine le paysage, tant et si bien que dans les bureaux, la vaste majorité des délégués sont de ces deux seuls partis. Dans la localité de Jeb Jennine, à majorité sunnite, outre une présence limitée du CPL, le terrain semble happé par des dizaines de délégués du courant du Futur et du candidat Abdel-Rahim Mrad (tête de la liste appuyée par Amal et le Hezbollah), et les efforts du Futur pour barrer la route à cette figure prosyrienne par un vote massif pour un candidat sunnite de leur liste étaient visibles sur le terrain. Enfin, à Rachaya, à majorité druze, comme le dit un délégué du Parti socialiste progressiste, « nous aurions aimé qu’il y ait une ambiance électorale, mais la reconduction du député Waël Bou Faour ne fait pratiquement pas de doute ».

Dans cette grande et belle circonscription aux 140 800 inscrits, la bataille visait à pourvoir six sièges parlementaires, deux sunnites, un druze, un chiite, un grec-orthodoxe et un maronite. Trois listes se disputaient ces sièges : l’une née de l’alliance courant du Futur/PSP (le candidat Henri Chedid est appuyé par les FL), la deuxième présidée par Abdel-Rahim Mrad, ancien député, avec un candidat Amal et l’ancien député Élie Ferzli, soutenu par le CPL (qui n’a pu imposer un candidat du parti sur cette liste). La troisième liste, issue de la société civile, avait très peu de présence sur le terrain hier.

L’ancien député Antoine Saad, dont la candidature sur la liste du PSP n’a pas été retenue en raison de son remplacement par un candidat soutenu par le Futur, Ghassan Skaff, estime que cette lutte intersunnite, de la part du parti de Saad Hariri, vise à garder les deux sièges de la communauté, en répartissant ses votes préférentiels dans les villages sur ses deux candidats, Mohammad Qaraaoui et Ziad Kadri. M. Saad a fait toutefois remarquer que Abdel-Rahim Mrad a pleinement profité des voix des naturalisés venus d’au-delà des frontières, prédisant le retour au Parlement de plusieurs figures de l’ère syrienne. Selon lui, le retrait de sa propre candidature favoriserait la victoire d’Élie Ferzli.


(Lire aussi : Législatives libanaises 2018 : Les leçons à retenir du scrutin)



« Déçue par la loi »
L’affluence générale dans la circonscription était hier l’une des plus élevées du pays, 63,31 %, même si, sur le terrain, elle paraissait inégale d’un endroit à l’autre, s’avérant nettement plus élevée dans les bureaux de vote où des partis sont présents en force et où les enjeux sont cruciaux pour ces formations. Les partisans purs et durs étaient nombreux, comme le montrent certaines réactions recueillies sur le terrain. À Machghara, Youssef Kassem, 25 ans, qui votait pour la première fois, a déclaré le faire « parce que sayyed Hassan Nasrallah l’a demandé ». Pour lui, la priorité est de renforcer « ceux qui protègent le pays », le développement « n’étant pas son affaire ». À Jeb Jennine, où les bureaux réservés aux femmes étaient les seuls à être bondés, la jeune Fatmé Sultan, 22 ans, est venue avec toute la famille, au moins une trentaine de personnes, « voter pour la même liste ». À Rachaya, Rabih Zaki, 37 ans, a voté comme l’a recommandé le PSP, tout en se prévalant d’exprimer son opinion qui est en accord avec le député-candidat favori de ce caza.


(Lire aussi : Les lenteurs du vote ont-elles fait ombrage à la liberté des législatives ?)


Les candidats indépendants n’étaient toutefois pas introuvables, même s’ils sont plus ou moins désillusionnés. À Machghara, Sanaa, rentrée du Canada pour le vote, se dit « déçue par cette loi qui perpétue, et même accentue, le confessionnalisme ». Ghada, pour sa part, pense que « cette loi a finalement ouvert la possibilité aux percées, il faut en profiter et exercer son droit ».
De manière générale, l’ambiance électorale était bon enfant dans tous les bureaux de vote de la circonscription, qui était hier l’une des plus calmes du pays, puisque aucun incident notable n’y a été enregistré. Certaines remarques peuvent cependant être faites à l’issue d’une tournée dans cette région : malgré les nouveaux isoloirs assez ouverts, certaines personnes ont pu bénéficier d’un accompagnement dans le vote, parfois même de la part de délégués. Un seul chef de bureau de vote a précisé que si une personne avait besoin d’assistance, il n’acceptait que celle d’un membre de sa famille, après son accord. Autre remarque : les isoloirs tournés de manière à exposer le votant aux regards des chefs de bureau de vote ou même des délégués. L’explication donnée par un responsable : c’est pour s’assurer que des caméras ne sont pas introduites derrière l’isoloir, ce qui est interdit par la loi…


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Békaa II : Pour les formations politiques, des « territoires » partisans bien définis

07/05/2018

Des couloirs bondés de monde et des files interminables dans les bureaux de vote des femmes à Jeb Jennine.

Des rues embouteillées devant un bureau de vote à Machghara.

Békaa II / Reportage

Dans la Békaa-Ouest et Rachaya, un combat intersunnite féroce, aucune compétition chez les druzes et une affluence généralement basse chez les chrétiens.

Suzanne BAAKLINI | OLJ

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