Spécial législatives libanaises 2018

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Législatives libanaises : des centaines de violations de la loi électorale relevées

Liban

La LADE dénonce le "scandaleux manque de respect du silence électoral" et les "pressions directes" exercées par les délégués de partis. 

C.G. | OLJ
06/05/2018

Les différentes organisations chargées de surveiller le scrutin législatif libanais de dimanche et plusieurs électeurs cités par nos envoyés spéciaux sur le terrain ont relevé au cours de la journée des centaines de violations de la loi électorale et d'irrégularités, notamment en ce qui concerne l'encadrement des personnes à mobilité réduite et l'obligation pour les candidats et les médias de respecter le silence électoral. 

L’Association pour la démocratie des élections (LADE) a notamment dénoncé dans un rapport "le scandaleux manque de respect du silence électoral, de la part de la majorité des candidats et des médias".

Premier des responsables à voter dimanche, le ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk, a également été le premier d'une longue liste de candidats à enfreindre la règle du silence électoral, stipulée dans la loi électorale, et qui interdit aux candidats de faire des déclarations de l'intérieur des bureaux de vote. La LADE a également reproché au président de la République, Michel Aoun, d'avoir annoncé publiquement, quoique de manière implicite, la liste pour laquelle il a voté. 

Le président de la commission de supervision des élections, le juge Nadim Abdelmalak, a lui aussi critiqué le manque de respect du silence électoral par de nombreux candidats. Il a indiqué que la commission "fait assumer la responsabilité de ces violations aux médias qui n'ont pas respecté les consignes qui leur avait été envoyées par la commission", ajoutant que les médias ayant enfreint les directives seront jugés devant le tribunal des imprimés. 

Mais la LADE a critiqué la commission. "Nous avons été surpris que la commission de supervision des élections ait publié ce matin une note dans laquelle elle affirme qu'il est autorisé d'interviewer les candidats tant qu'il ne font pas d'appels au vote, indique-telle. La LADE considère que ce genre de couverture est une publicité pour les candidats et donc constitue une violation du silence électoral".  

Pour la première fois depuis l'indépendance du Liban, les élections se déroulent selon le mode de scrutin proportionnel. Les électeurs ont le choix entre plusieurs listes fermées. Ils ne peuvent voter que pour une seule liste, au sein de laquelle ils pourront accorder un seul vote préférentiel à un candidat se présentant au sein de leur caza.

En plus de la LADE, qui a dépêché près de 1.300 observateurs sur l'ensemble du territoire et reçoit les plaintes des électeurs sur une application mobile dédiée, et de la commission de supervision des élections (nommée par le gouvernement), 132 observateurs ont été dépêchés par l'Union européenne afin de surveiller le bon déroulement du scrutin. "Nous faisons une évaluation très positive jusqu'à maintenant, pas de grave incident, un bon déroulement de la journée", s'est félicitée la chef de la mission d'observation de l'UE, Elena Valenciano, citée par l'AFP.


(Lire aussi : Législatives libanaises : tension et débordements sur l'ensemble du territoire)


"Pression directe"
Un autre problème relevé par des électeurs et la LADE est l'accompagnement non autorisé par des délégués des partis, des électeurs âgés et à mobilité réduite afin de pouvoir voter, alors que la loi électorale stipule que toute personne en difficulté ne peut être accompagnée que par une personne officiellement enregistrée comme "accompagnateur".  
Photos et vidéos à l'appui, la LADE a rapporté de nombreux cas d'infractions dans plusieurs circonscriptions, des représentants des machines électorales de partis se bousculant pour "venir en aide" à des personnes à mobilité réduite vers les bureaux de vote, de même que des délégués les accompagnant jusque dans l'isoloir. 


"L'association considère ces pratiques comme des formes de pression directe exercées sur les électeurs", a indiqué la LADE, publiant des vidéos de ces irrégularités dans deux bureaux de vote de la région de Nabatiyé (Liban-Sud III). "Les présidents des bureaux de vote sont tenus responsables de ces violations de la loi", a ajouté l'association. La LADE a en outre dénoncé le fait que rien n'ait été prévu pour les personnes analphabètes, ou ayant des difficultés à lire le bulletin de vote. 


Ce genre d'infractions ont notamment été relevées à Bécharré (circonscription du Liban-Nord III), où le responsable au sein du bureau de vote a signalé à notre envoyée sur place le fait que certaines personnes insistent à accompagner les électeurs âgés jusque dans l’isoloir. "Les personnes âgées ne peuvent être accompagnées que si elles sont handicapées", a-t-il insisté.
A Meyrouba, dans le caza du Kesrouan (circonscription du Mont-Liban I), le scrutin a été interrompu pendant une trentaine de minutes en raison d'un scandale causé par l'accompagnement d'une personne âgée derrière l'isoloir, a rapporté notre envoyée sur place. 

Interpellé à son arrivée au bureau de vote par un groupe de personnes âgées et à mobilité réduite au sujet des difficultés de voter rencontrées par les personnes handicapées, le Premier ministre, Saad Hariri, a affirmé que "toutes les dispositions nécessaires seront mises en place lors des prochaines élections". "Nous mettrons en place toutes les dispositions nécessaires pour que vous puissiez le faire", a répondu M. Hariri, protégé par plusieurs agents de sécurité puis chaleureusement applaudi par des partisans. 
Le ministre de l'Intérieur a pour sa part "regretté ce qui s'est passé avec les personnes à mobilité réduite". 


(Témoignages : Paroles d'électeurs libanais : "Nous sommes heureux de pouvoir exercer enfin notre droit de vote")    


Secret du vote compromis
Plusieurs électeurs, à travers le Liban, se sont en outre plaints de la disposition des isoloirs dans les bureaux de vote, de simples pupitres dont l'avant est surélevé, critiquant le fait que certains sont placés de manière à compromettre le secret du vote. 

"Le processus de vote, grosso modo, s'est bien passé. Mais la disposition des isoloirs pose problème. Dans le bureau dans lequel j'ai voté, l'isoloir était disposé de telle manière que n'importe qui placé derrière l'électeur, peut voir ce qu'il place dans l'enveloppe", a expliqué Adonis Amine, un électeur de Rachéine, dans le caza de Zghorta (Liban-Nord III), à notre envoyée sur place. Des remarques concernant le placement des isoloirs dans plusieurs bureaux de vote de la Békaa ont également été soulevées par des sources ayant requis l'anonymat. 

Dans la circonscription de la Békaa III (Baalbeck-Hermel), notre envoyée sur place a observé à plusieurs reprises que des électeurs sont accompagnés derrière l'isoloir et jusqu'au dépôt de leur bulletin dans l'urne. "A Laboué, le président du bureau de vote intervient parfois personnellement pour modifier le vote de certains électeurs", a-t-elle relevé. A une remarque sur "sa place privilégiée" auprès des votants, le responsable a répondu sèchement : "Pensez-vous que j'ai le temps de regarder tous les votes ?"

Sur une photo prise par l'AFP à Tripoli, l'on voit également deux femmes, ensemble, derrière l'isoloir. Ce qui pose également question en ce qui concerne le secret du vote.


A Tripoli, dans un bureau de vote. AFP/Ibrahim Chalhoub


La LADE a appelé le ministère de l'Intérieur à prendre des mesures immédiates pour protéger le secret du vote. 

Par ailleurs, la LADE a annoncé la suspension du vote dans un bureau de vote de Ras el-Nabeh (circonscription de Beyrouth II), en raison de l'envoi d'une liasse de bulletins de vote ne correspondant pas à la bonne circonscription par le ministère de l'Intérieur. 



Délégués mis dehors
Sur un autre plan, des délégués de partis, et majoritairement de la société civile, ont été refusés à l'intérieur de plusieurs bureaux de vote, notamment dans la circonscription de Beyrouth I, les autorisations en leur possession ayant été émises au nom de leur liste, et non au nom des candidats.
Cette disposition concernant les documents d'autorisation d'entrée dans les bureaux de vote des délégués de formations politiques a fait l'objet d'une circulaire du ministère de l'Intérieur, publiée dans la nuit de samedi à dimanche. 

Dans un bureau de vote de la localité de Srebbine, dans le caza de Bint Jbeil (circonscription du Liban-Sud III), les délégués de la liste de la société civile Koullouna Watani ont été violemment mis dehors par les délégués du Hezbollah et du mouvement Amal. 



La LADE a en outre critiqué les pressions effectuées par les délégués des partis, qui vont jusqu'à suivre les électeurs à l'intérieur des bureaux de vote. 

Les observateurs de la LADE ont par ailleurs relevé que des urnes, qui doivent normalement être scellées, étaient restées ouvertes pendant le scrutin dans deux bureaux de vote au Akkar (circonscription du Liban-Nord I).

Enfin, la LADE a révélé que dans la région reculée du Akkar (Liban-Nord), "un homme a menacé de répudier son épouse parce qu'il voulait l'accompagner jusqu'à l'isoloir", mais que "le chef du bureau l'en a interdit". 

De son côté, la commission de supervision des élections a relevé de nombreux cas d'électeurs entrant dans le bureau de vote avec leur téléphone portable, ce qui est interdit par la loi électorale.
Un électeur, partisan du député sortant de Zahlé Nicolas Fattouche, a par ailleurs été arrêté par les forces de l'ordre pour avoir utilisé un stylo avec caméra dans un bureau de vote. 

L'ancien député Mahmoud Awad a pour sa part critiqué "l'absence de procès-verbal à signer" par le président du bureau de vote et les délégués à Almate, dans le caza de Jbeil (circonscription du Mont-Liban I). "Il s'agit d'une violation qui sera rapportée à la commission de supervision", a-t-il dit, appelant les responsables à agir rapidement pour régler ce problème, dont il craint qu'"il ne mène à des falsifications" du vote. 


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Diaporama
Législatives libanaises : la journée de vote, en images


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Saliba Nouhad

Ceci montre à quel point dans la plupart des régions du Liban, à des degrés divers, le primitivisme, la mentalité tribale ainsi que le manque d’éducation et de civisme sont prédominants: vous me parlez de sens démocratique?
Rien n’a changé dans les mentalités qui demeurent celles d’une société encore sous-développée où d’une république bananière.
On n’a que le gouvernement qu’on mérite, et peut-être il faut arrêter de s’en plaindre car ça ne va pas changer de sitôt!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LIBRES ET DEMOCRATIQUES... YIA 3AYNÉ !

Le Faucon Pèlerin

Depuis que j'ai eu l'honneur et la fierté d'obtenir la nationalité française, soit depuis 41 ans, j'ai participé à toutes les élections, présidentielles, législatives, municipales, européennes, je n'ai jamais vu ou entendu que le Président de la République ait annoncé publiquement le nom ou la liste pour lesquels il avait voté. Sauf au Liban.
Que Dieu préserve le Liban jusqu'à la fin des temps.

Législatives libanaises : des centaines de violations de la loi électorale relevées

06/05/2018

Un observateur de l'Association libanaise pour la démocratie des élections (LADE) au siège de l'ONG, le 6 mai 2018. Capture d'écran du compte Twitter de l'association

Liban

La LADE dénonce le "scandaleux manque de respect du silence électoral" et les "pressions directes" exercées par les délégués de partis. 

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On n’a que le gouvernement qu’on mérite, et peut-être il faut arrêter de s’en plaindre car ça ne va pas changer de sitôt!

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